lundi 20 octobre 2014

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°59

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Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°59.
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dimanche 19 octobre 2014

samedi 18 octobre 2014

Échos céliniens...

> L'Indicateur des Flandres s'est fait l'écho de la conférence donnée par Pierre-Marie Miroux le 3 octobre 2014 à Hazebrouck. Un article à lire ici. La société historique du Comité flamand de France publiera dans le tome 68 de ses Annales (octobre 2014) « Céline à Hazebrouck » de Pierre-Marie Miroux. 30 € franco à Comité Flamand de France, BP 30203, 59524 Hazebrouck Cedex. Un texte disponible dans le recueil Céline : plein Nord (bientôt épuisé !).

> La médiathèque Pierre Amalric d'Albi organisera le 18 novembre 2014 à 17h une conférence de Georges Mailhos, agrégé de Lettres Classiques et ancien président de l'Université de Toulouse-le-Mirail, « Louis-Ferdinand Céline et Voyage au bout de la nuit ». http://mediatheques.grand-albigeois.fr.

>  Ce dimanche 9 novembre 2014, dans le cadre des "Parlantes et cetera" et des commémorations de la Grande Guerre, Frédéric Saenen lira l'intégralité du premier pan de Voyage, soit l'errance du soldat Bardamu jusqu'au moment où il décide de s'embarquer pour l'Afrique. De 14 à 18h. La lecture sera ponctuée de suspensions musicales choisies par Frédéric  Saenen. http://lesparlantes.blogspot.fr.

> Marcel Jouannaud jouera Voyage au bout de la nuit le 31 octobre 2014 à la librairie Yil (4, rue de la gare, Le Juch). www.yil-edition.com.

> Frank Braley, directeur de l'orchestre royal de chambre de Wallonie évoque Céline lors de l'émission "Le Plan Culte" diffusée sur la RTBF le 16 octobre 2014 : www.youtube.com.

> Le 23 octobre 2014 à 21h, Didier Carrette lira Voyage au bout de la nuit dans le cadre du cycle de lectures organisé par la Cave-Poésie de Toulouse. www.cave-poesie.com.

> Archives : Une habitude de style, le rappel chez Céline de Léo Spitzer, paru dans Le Français Moderne de 1935 est disponible ici.

>  L'atelier des mille feuillets propose deux beaux volumes « plein veau teinté avec empreintes et mosaïques » de Guignol's band et Nord. http://lesmillefeuillet.canalblog.com/

dimanche 5 octobre 2014

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°58

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samedi 4 octobre 2014

Colloque 2014 de la Société des Professeurs français et francophones d’Amérique

Le colloque 2014 de la Société des Professeurs français et francophones d'Amérique (SPFFA) se tiendra à New-York les 24 et 25 octobre 2014. Il aura pour thème « Création et réalité d'expression française et francophone & guerre et conflits ». Cinq intervenants évoqueront Céline :

- Marius Conceatuc (DePauw Univ.), « Écrire la mort : le mal comme principe du plaisir chez Proust et Céline »
- Bianca Boularand (Stanford University), « Représentations symboliques de la guerre dans Voyage au bout de la nuit de Céline »
- Tonia Tinsley (Missouri State University), « Les prémices d’une synthèse : les échos de la guerre dans l’écriture du féminin célinien »
- Hervé G. Picherit (University of Texas at Austin), « Ces drôles d’enfants du paradis : Céline, Arletty et le pouvoir de l’Idole féminine face à la guerre »
- Pascal Ifri (Washington University), « Céline et Louis Destouches face à la grande guerre ».





Colloque 2014 de la Société des Professeurs français et francophones d’Amérique (SPFFA)
Les 24 et 25 octobre 2014
New York University, Kimmel Center
(60 Washington Square South, New York)

S P F F A
1001, Avenue of the Americas
11th Floor
New York, NY 10018
1 (212) 719-7568
sopffam@gmail.com

vendredi 3 octobre 2014

« La correctrice de Céline » par André Panchaud - Trait d'Union n°201/3 (2014)

Trait d'Union, le Bulletin de l'Association romande des correctrices et correcteurs d'imprimerie et de l'Association suisse des typographes, a consacré dans son numéro 201/3 (2014) un article à la correctrice de Céline, Marie Canavaggia, sous la signature d'André Panchaud. www.arci.ch




CÉLINE : « des yeux clairs, très bleus, petits et pleins de méditation » par Robert de Saint-Jean (1933)

22 février 1933. Hier, après dîner, vu Céline chez Daniel Halévy. Bâti comme un « compagnon », lourdes pattes, la tête très grosse comme Bardamu, avec un front volumineux et des cheveux en désordre, des yeux clairs, très bleus, petits et pleins de méditation, des yeux « sérieux » d'homme qui a couru beaucoup de dangers, pris des responsabilités, etc., des yeux de marin (il est breton) ou de psychiatre (il est docteur). Simplicité apparente. Complet marron, sportif. Il sait l'anglais, dit-il, admire l'Angleterre, Shakespeare bien entendu...
Dans un coin, Madeleine, qui a entendu qu'on parlait « d'une Renaissance », soupire : 
- Depuis des mois je suis hantée par cette idée de Renaissance !
Lucien Daudet est là aussi, muet devant « l'ouvrier des lettres » qui est devenu l'homme du jour. Céline voit beaucoup de communistes à Clichy, nous dit-il, et il constate que les membres du parti, en général, ne comprennent rien aux théories marxistes même si on les leur traduit par un : « La maison du riche est à toi, prends-la. » Ils ne se laissent mener que par leurs passions. A la mairie, livres de Marx jamais lus ; La Garçonne usée et noircie, au contraire. Des files de quémandeurs. Besoin du peuple français de demander des faveurs, des miettes, des privilèges, même à un député communiste. Byzantinisme des décrets de Moscou. Au fond l'U.R.S.S. reste lointaine, n'est ni aimée ni comprise. Céline croit que la révolution russe n'est pas pour l'usage externe et que, sans cela, plusieurs pays d'Europe centrale, où sévissent chômage et misère, seraient déjà passés au communisme.
 

Robert de Saint-Jean (1901-1987) Journal d'un journaliste, Grasset, 1974.
Disponible sur Amazon.

jeudi 2 octobre 2014

Le Bulletin célinien n°367 - octobre 2014

Vient de paraître : Le Bulletin célinien n°367. Au sommaire :

- Marc Laudelout : Bloc-notes [Jean Bricmont : « La République des censeurs »]
- M. L. : Poelkapelle, il y a cent ans…
- M. L. : « Rue Saint-Jacques ». Un livre de Philippe Alméras
- M. L. : Céline en bonne compagnie [Patrick Roegiers : « La Traversée des plaisirs »]
- Philippe Alméras : Céline sur manuscrit. Quelques observations sur la guerre
- Renaud Matignon : « Une chanson de geste hallucinée (Voyage au bout de la nuit) (1986)
- Un inédit de Céline : « On a les maîtres qu’on mérite » (1924)
- Robert Le Blanc : La première biographie de François Brigneau
- M. L. : Émile Boelens est mort

Le Bulletin célinien, c/o Marc Laudelout, Bureau Saint-Lambert, B. P. 77, BE 1200 Bruxelles. 
Abonnement annuel : 55 € (onze numéros). Courriel : bulletinlfc@gmail.com

CÉLINE et SADE par Michel ONFRAY (2014)

Mais alors : que faire de la vie de Sade qui fut le contraire d'une fiction et qui coïncide exactement avec la définition du sadisme : le plaisir pris à la souffrance infligée à autrui ? Ou bien encore : pourquoi jeter l'anathème sur la littérature d'un Brasillach ou les pamphlets antisémites de Céline, interdits de réédition, et porter au pinacle des éditions Gallimard les œuvres du marquis ? Si la littérature n'a rien à voir avec la vie, alors pourquoi Bagatelles pour un massacre ne se trouve pas édité en Pléiade ? Ni L'École des cadavres ? Danger de la littérature antisémite de Céline, mais innocuité de la littérature de Sade ? Je tiens pour ma part d'une même dangerosité des livres qui jouissent du mal et y invitent.

Michel ONFRAY, La passion de la méchanceté, Éd. Autrement, 2014.
Disponible sur Amazon.

dimanche 28 septembre 2014

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°57

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samedi 27 septembre 2014

Échos céliniens...

Lettre de Céline à Théophile Briant du 9 août 1939
 > Gaël Richard vient d'exhumer trois articles médicaux inédits du Dr Destouches. Le premier paru dans Le Progrès médical du 5 avril 1930, « est le prolongement des réflexions du Dr Destouches sur les questions d'immunité et de vaccination déjà présentes en juin 1929 dans la contribution à Paris médical consacrée aux travaux de Besredka (Cahiers Céline 3, p . 101) ; le second, paru le 26 juillet 1930 dans le même Paris médical se rattache aux questions d'organisation de la médecine et de la pharmacie », le troisième, du 14 septembre 1935, à destination des professionnels, vise à prescrire de la Kidoline. Toujours dans le domaine médical, un nouvel article vient apporter de précieux éclairages sur La Quinine en thérapeutique ; enfin, Gaël Richard nous propose un voyage à Nice en compagnie de Céline avec de nouveaux documents d'archives : http://celiniana.monsite-orange.fr/

> La galerie Vincent Thomas met en vente pour 2400 € une lettre de Céline à Théophile Briant du 9 août 1939, référencée dans le volume des Lettres en Pléiade (39-34), « avec en-tête du Docteur Malouvier, enveloppe manuscrite de Céline jointe (mais d’une autre date) ». www.galeriethomasvincent.fr :

« Mon jeune et vieux poète,
Veux-tu m’envoyer les deux titres des livres ‘occultes’ dont tu m’as parlé ? Avec les éditeurs ?
Icy – vie ouvrière médicale, intermède un peu nourrissant, 3 semaines ! Et puis Paris ! Ou plutôt St Germain – et encore une autre machination funambulesque pour gagner sa vie.
Ce doit être la 30 ou 35e depuis 33 ans que je la gagne. Le feu sacré n’y est plus – Je te prie de le croire ! Que devient ton pensum à l’
Ouest Eclair ? T’es du bois que je connais, de ceux qu’on vire infailliblement tôt ou tard, tôt plutôt ! On ne se refait pas. On ne revit pas. Heureusement même !
A toi bien amical. Destouches
».

> 15 000 € : C'est le prix que propose la librairie du Feu Follet pour un exemplaire relié du Voyage dédicacé à Abel Gance : www.edition-originale.com.

> La médiathèque de la ville de Vichy proposera une lecture croisée du Sigmaringen de Pierre Assouline et de D'un château l'autre de Céline pour son Cercle de lecture du mardi 9 décembre 2014. www.ville-vichy.fr.

> L'Express Histoire n°26 (septembre-octobre 2014) est consacré aux Poilus. Un article évoque les écrivains du front.

> Promenade littéraire au Havre : Sonia Anton et la ville du Havre se sont associées afin de créer "La Promenade Littéraire". Cette exposition pérenne est matérialisée par l'installation de 20 bancs répartis dans les rues de la ville. Ces bancs sont placés sur des sites évoqués par des écrivains, et des extraits de textes vous invitent à contempler le paysage environnant à travers leurs regards. Cette promenade inclut un banc "littéraire" consacré à Céline, installé à l'emplacement de l'ancien hôtel Frascati où Céline a séjourné alors qu'il rédigeait Mort à crédit. La Promenade littéraire se présente également sous la forme d'un site internet : www.promenadelitteraire-lehavre.fr. La page consacrée à Céline est à découvrir ici. Des extraits de Voyou Paul. Brave Virginie et Mort à crédit sont lus par Jean-Pierre Guiner.

> Marie Robin lira des extraits de Céline secret de Véronique Robert et Lucette Destouches pour l'émission « Au fil des pages » de Radio Parole de vie en rediffusion dimanche 28 septembre à 9h10 et 21h40 sur www.radio-paroledevie.com.

> Sur http://bastienbastienbd.blogspot.fr, quelques illustrations inspirées de Voyage au bout de la nuit.

> Jeudi 9 octobre 2014 (14h30) à la médiathèque de Hyères-les-Palmiers, Yves Stalloni, professeur de chaire supérieure (lettres), membre de l'Académie du Var donnera une conférence sur le thème « Littérature et histoire contemporaine (1) : Louis-Ferdinand Céline, "Voyage au bout de la nuit" ». Auditorium Maurice Périsset. La seconde conférence (jeudi 20 novembre 2014) sera consacrée à Drieu la Rochelle pour son Gilles. www.hyeres.fr.

>  Après Paris Céline, Patrick Buisson et Guillaume Laidet signent Si je mourais là-bas, un film documentaire sur les écrivains combattants de la Grande Guerre diffusé sur la chaîne Histoire le 10 novembre 2014 à 20h40. Avec les voix de Jeannette Bougrab, Stanislas de la Tousche et Jean-Louis Cassarino. www.histoire.fr

> Dimitri de Larocque évoque Céline dans l'émission PAF diffusée sur TVFil78 : www.youtube.com

> Vincent Tchamy Kouajie publie aux éditions Peter Lang Langage et Narration dans Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit de Louis-Ferdinand Céline. (297 pages, 59,95 €) www.peterlang.com.

jeudi 25 septembre 2014

Marcel AYMÉ - « Une vie, une oeuvre » (1991)

Marcel AYMÉ (1902-1967) débarque à Paris en 1923 pour suivre des études de médecine et exerce plusieurs métiers. Ses débuts de romancier en 1926 (Brûlebois) lui valent quelques succès jusqu'à se voir décerner le prix Renaudot en 1929 pour La Table-aux-crevés, et le prix Blumenthal de littérature l'année suivante.
Il s'installe à Montmartre en 1930 et ne quittera plus le quartier. C'est probablement vers 1934 chez Gen Paul qu'il fera la connaissance de Céline. L'atelier du peintre est décrit dans Avenue Junot (Je suis partout, 1943), nouvelle mettant en scène Céline, déjà évoqué dans La Carte, publiée dans La Gerbe le 2 avril 1942, en personnage grincheux et antisémite. De ce traitement, qu'il interprétera d'abord comme une manoeuvre de Marcel Aymé pour se dédouaner, Céline garda quelques ressentiment. [...] Marcel Aymé prit probablement l'initiative d'entamer des relations épistolaires avec l'exilé début mars 1947, dont on n'a retrouvé que la première réponse de Céline (14 mars) et témoigna à décharge dans l'enquête du Libertaire comme lors du procès. Marcel Aymé séjourna à Klarskovgaard du 8 au 11 mars 1951. « Marc Empième », le maître du chat Alphonse, honoré dans Féerie, sera un des rares écrivains, selon Céline, à figurer dans les dictionnaires dans deux ou trois siècles. Les deux amis se revirent fréquemment route des Gardes et au Gros-Rouvre chez Marcel Aymé, qui assista aux obsèques de Céline au cimetière de Meudon. [...] Source : Dictionnaire de la correspondance, Du Lérot, 2012.

Marcel AYMÉ, « Une vie, une oeuvre » (1991) :

Une émission proposée par Pascale CHARPENTIER qui retrace à travers une série d'interviews, d'archives et de lectures, la vie et l'oeuvre de l'écrivain. Avec les romanciers, Jacques LAURENT et Alphonse BOUDARD, le metteur en scène Georges WILSON, l'écrivain et petit-fis de Louis-Ferdinand Céline Jean-Marie TURPIN, le professeur d'histoire Pascal ORY et Michel LECUREUR, professeur et biographe. Avec les voix de Marcel AYME, Gen PAUL, Antoine BLONDIN et ARLETTY.




dimanche 21 septembre 2014

CÉLINIANA : la nouvelle ressource célinienne sur Internet

Les sites internet entièrement consacré à Céline et toujours actifs sont aujourd'hui peu nombreux. Et ceux offrant un contenu original encore moins. La dernière production de Gaël Richard, auteur de nombreux articles et de plusieurs livres sur Céline qui font référence, vient, une nouvelle fois, assouvir le plaisir des amateurs de Céline les plus avertis. 

Sous la forme d'un dictionnaire, Gaël Richard vient de créer ce qui deviendra sans aucun doute un incontournable des recherches céliniennes. Du A d'Almansor, la femme de Louis Destouches et de sa généalogie, jusqu'au Z de Zoologie appliquée, matière étudiée en supplément de la préparation de Céline au certificat d'études Physiques, chimiques et naturelles (P.C.N.), préalable à l'entrée à l'école de médecine, vous parcourez sur ce site la biographie célinienne sous un jour nouveau.
Textes, documents et archives (c'est la spécialité de l'auteur) viennent éclaircir l'histoire familiale des Destouches, comme l'engagement militaire du père et de l'oncle de Céline, ou encore les déclarations de succession des parents de l'écrivain, et de la biographie de Céline lui-même, toujours mise en relation  avec ses romans et sa correspondance.

Une multitude de découvertes, des plus sérieuses aux plus originales, sont à consulter sur ces précieuses pages qui sont là, selon son auteur, pour « recueillir les traces d'une vie essaimées dans les archives, tenter de faire la part de la transposition autobiographique dans l'œuvre », « de livrer aux chercheurs et aux curieux quelques unes de ces pièces d'archives éparses, inédites ou oubliées, qui se rattachent à la geste célinienne, ces "Céliniana" ».
Une adresse à venir consulter régulièrement puisqu'elle devrait être alimenter « au rythme des trouvailles et selon la fantaisie ». MG


« Céliniana », Petit dictionnaire à l'usage des exégètes de l'œuvre de Louis-Ferdinand Céline

jeudi 18 septembre 2014

Louis-Ferdinand CÉLINE : « avec vergues, voiles, nuages, tempêtes ! »

Céline par  Frederico Penteado (2011)
Alors faut l'avouer quelque chose ! les navires à travers les âges... vraiment du grisant comme choix... de tous les siècles et pavillons... des draggars jusqu'aux longs-courriers, clippers, paquebots mixtes et frégates, galions et corvettes... tous les bourreurs de l'océan par tous les temps et parages... plats bleu d'azur, mers de plomb, ouragans d'écumes !... C'était tentant comme emplette, autre chose que les courses étoupe... le réassortiment des fontes... Ah ! j'en aurais pris des navires, une collection, un vrai choix, j'en aurais mis plein les murs, plein l'escalier du colonel, plein notre chambre avec Sosthène, un caprice une rage tout d'un coup, deux trois beaux trois-mâts par exemple, et puis cinq six mixtes à vapeur ?...
« Chiche ! qu'elle me défie la gosse.
- Chiche alors ! go ! la douzaine ! »
Et les plus beaux en couleurs, et puis encore douze ! avec vergues, voiles, nuages, tempêtes ! perroquets tendus ! les vents d'ouragan plein les drisses ! je lésine en rien. Je m'en colle pour quarante-sept livres ! Lorgnon il en louche quand même quand je lui allonge quarante-sept fafs... Il m'avait jamais rien vendu... Ça me faisait un très fort rouleau en plus de ma quincaille mes fontes... Et que c'était moi le colletineur !... enfin je m'étais passé l'envie... Il était plus temps de se dédire... Bien sûr c'était peu raisonnable... encore sur le pèze au colon ! Y avait plus de limites !... j'y ai fait bien remarquer à la petite... qu'elle était fautive comme moi... qu'elle m'avait dit chiche... ça y était égal inconsciente... c'est des histoires qu'elle voulait... que je commente encore les batailles, les autres tableaux du magasin. J'ai dit où c'était : Wardour Street... deux pas après le Palladium... Il en avait bien d'autres Binocle, des cartes anciennes de toute beauté... les batailles célèbres, Lépante, les galères tonnantes... en plus des monstres marins !... baleines poustouflantes des naseaux... furieuses à la lame... en pleine charge contre les frégates ! les caravelles d'Armada en pleine bourrasque atlantique debout à crever l'océan, éclatantes de mousse et poudre... des sujets formidables !... et puis tout un rayon d'atlas, tous les grands tracés du long cours... les distances d'émeraude : Pernambouc 3 000 milles... Yokohama 10 100... Tahiti 14... et puis d'autres semis au vent... tout au bout du monde... aux antipodes, plus loin encore... l'embarras du choix...

Louis-Ferdinand Céline, Guignol's band II, Pléiade, p. 453-454.
Disponible sur Amazon.fr.

lundi 15 septembre 2014

Denis LAVANT & Ivan MORANE sur Radio Libertaire (2012)

Ivan MORANE et Denis LAVANT étaient les invités de l'émission "Deux sous de scène" sur Radio Libertaire le 31 Mars 2012, pour y évoquer le spectacle "Faire danser les alligators sur la flûte de pan". Une adaptation d'Emile BRAMI qui sera de nouveau présentée au public du 20 novembre 2014 au 11 janvier 2015 au théâtre de l'Oeuvre à Paris.


vendredi 12 septembre 2014

« QUE PENSEZ-VOUS DU PROCÈS CÉLINE ? » - Le Libertaire - Janvier 1950

A 100 km de Copenhague, L.-F. Céline contemple ses juges, Radar n°56, 5 mars 1950.

QUE PENSEZ-VOUS DU PROCÈS CÉLINE ?

Une sélection des principales réponses parues dans Le Libertaire  n° 211, 212 et 213 des 13, 20 et 27 janvier 1950, in Cahiers Céline VII, Céline et l'actualité littéraire, 1933-1961, Gallimard, 1986.


MARCEL AYMÉ

 

Ses ennemis auront beau mettre en jeu contre lui toutes les ressources d'une haine ingénieuse, Louis-Ferdinand Céline n'en est pas moins le plus grand écrivain français actuel et peut-être le plus grand lyrique que nous ayons jamais eu. Le fait est que la jeune littérature procède de lui sans oser s'en réclamer. La IVè République ne s'honore pas en tenant en exil un homme de cette envergure. Elle ne se montre pas non plus très habile, car un Céline exilé pourrait un jour écrire des Châtiments que tous les Français liraient avec plaisir.

RENÉ BARJAVEL

 

Céline est le plus grand génie lyrique que la France ait connu depuis Villon. Ferdinand et François sont des frères presque jumeaux. Les frontières et les régimes politiques changeront, et Céline demeurera. Les étudiants des siècles futurs réciteront La mort de la vieille bignole après La ballade des pendus, scruteront pierre à pierre les inépuisables richesses de Mort à Crédit, cette cathédrale, et s'étonneront d'un procès ridicule, Céline n'est pas à notre mesure. Vouloir le juger, c'est mesurer une montagne avec un mètre de couturière. Ses juges devront se résigner à entrer dans l'histoire avec un visage de caricature.

ALBERT BÉGUIN

 

Je tiens le Voyage au bout de la Nuit pour l'un des quelques livres indispensables de notre temps, parce que c'est un livre vrai, comme il n'y en a pas beaucoup. À mon sens, cela n'a rien à voir avec le procès Céline, dont je ne sais pas grand-chose et qui ne sera pas tranché selon le talent de l'accusé, je suppose. Il n'est pas inutile d'ajouter qu'après le Voyage, Céline n'a plus écrit une ligne valable. Tout le reste est divagation d'un cerveau malade ou ignoble explosion de bassesse. Tout antisémitisme est répugnant, mais celui de Céline, gluant de bave rageuse est digne d'un chien servile. Aussi être cet écrivain et finir par aboyer : telle est la vraie tragédie de cet homme, à quoi sa condamnation ou son acquittement ne changeront rien, ni les contre jappements de ses ennemis, ni les lamentos de ses laudateurs, apologistes et correspondants.

André Breton vers 1950

ANDRÉ BRETON

          Cher Camarade,
Mon admiration ne va qu'à des hommes dont les dons (d'artiste, entre autres)  sont en rapport avec le caractère. C'est vous dire que je n'admire pas plus M. Céline que M. Claudel, par exemple. Avec Céline l'écœurement pour moi est venu vite : il ne m'a pas été nécessaire de dépasser le premier tiers du Voyage au bout de la nuit, où j'achoppai contre je ne sais plus quelle flatteuse présentation d'un sous-officier d'infanterie coloniale. Il me parut y avoir là l'ébauche d'une ligne sordide. Aux approches de la guerre, on m'a mis sous les yeux d'autres textes de lui qui justifiaient amplement mes préventions. Horreur de cette littérature à effet qui très vite doit en passer par la calomnie et la souillure, faire appel à ce qu'il y a de plus bas au monde. L'antisémitisme de Céline, le soi-disant « nationalisme intégral » de Maurras, sous la forme ultra-agressive qu'ils leur ont donnée, ne sont pas seulement des observations, mais le germe des pires fléaux. A ma connaissance Céline ne court aucun risque au Danemark. Je ne vois donc aucune raison de créer un mouvement d'opinion en sa faveur.

ALBERT CAMUS

 

La justice politique me répugne. C'est pourquoi je suis d'avis d'arrêter ce procès et de laisser Céline tranquille. Mais vous ne m'en voudrez pas d'ajouter que l'antisémitisme, et particulièrement l'antisémitisme des années 40, me répugne au moins autant. C'est pourquoi je suis d'avis, lorsque Céline aura obtenu ce qu'il veut, qu'on nous laisse tranquilles avec son « cas ».

JEAN-GABRIEL DARAGNÈS

 

Il n'y a plus de place dans notre société pour ceux qui ne veulent pas jouer au jeu que notre civilisation nous impose. C'est pourquoi Céline, qui n'a pas voulu et ne veut pas prendre place dans ce concert absurde s'est heurté à une justice qui rebondit sur un dossier vide, mais ne veut pas tolérer tant d'indépendance. Il est certain qu'un des plus grands écrivains actuels, peut-être le plus grand depuis Proust est menacé dans sa santé, dans sa vie, dans son œuvre pour avoir été en rébellion contre une époque qui ne tolère pas la liberté de penser. Quels remords pour ceux qui auront frappé un homme accablé sous les plus abominables menaces.


JEAN DUBUFFET

Peintre
C'est bien contrariant que dans cette nation qui est la nôtre existent des lois qui interdisent à ses ressortissants de penser librement et d'exprimer clairement ce qu'ils pensent. On voudrait que, dans un pays où le mot théorique de liberté est si souvent prononcé, cette dernière miette de liberté – celle d'opinion – soit effectivement sauvegardée. Je ne sais si Céline ressent ou non de la méfiance pour les Juifs et de l'estime pour les Allemands (il ne serait pas le seul) ni si telles opinions se trouvent dans ses écrits – ses très admirables écrits – clairement énoncées. Je voudrais qu'on ait, dans notre pays, quand on éprouve de la méfiance ou de l'estime pour qui que ce soit, le droit de le dire, Céline est un des plus merveilleux poètes de notre temps. L'exil très pénible auquel l'ont obligé depuis tant d'années des factions françaises est tout à fait affligeant. Il faut y mettre fin. Il faut l'absoudre complètement, lui ouvrir grands tous les bras, l'honorer et le fêter comme un de nos plus grand artistes et un des plus fiers et incorruptibles types de chez nous. Nous n'en avons plus tant.

JEAN GALTIER-BOISSIÈRE

Directeur du Crapouillot

Céline est sans nul doute l'écrivain le plus important de l'entre-deux-guerres. Même si l'on n'est pas d'accord avec la conclusion de ses pamphlets, on ne peut que s'incliner devant la puissance et l'originalité de son œuvre romancée. Reprocher aujourd'hui à Céline son attitude d'avant guerre est aussi absurde que d'avoir reproché à Henri Béraud en 1914 son pamphlet « Faut-il réduire l'Angleterre en esclavage? », publié huit ans plus tôt ! Céline a prouvé qu'il n'avait jamais joui d'aucun avantage pendant l'occupation du fait des Allemands et qu'il n'avait jamais collaboré à aucun de leurs journaux; ce sont ses amis collaborationnistes qui se sont ingéniés à le compromettre en montant en épingle des passages de lettres privées et il est évident que dans le climat de l'époque, il lui était assez difficile d'élever une protestation. Que Céline puisse être poursuivi cinq ans après la Libération prouve l'hypocrisie de la Justice contemporaine : elle s'acharne sur un écrivain parfaitement désintéressé, alors que tous les gros industriels, coupables de collaboration économique et qui ont gagné des milliards avec l'occupant, n'ont, pour la plupart, jamais été inquiétés.

MORVAN LEBESQUE

Rédacteur en chef de Carrefour

Ma réponse, comme dit l'autre, sera brève. Je n'ai pas à connaître de la carrière politique de Louis-F. Céline, le domaine politique m'étant totalement étranger. Je considère Louis-F. Céline comme le plus grand romancier vivant avec Faulkner et le seul écrivain français de ce siècle qui ait comblé le fossé entre la littérature et le peuple. Je propose donc qu'on le fasse revenir en France avec les égards qui lui sont dus.

PAUL LÉVY

Directeur de Aux Écoutes

Céline est une personnalité puissante, qui a toujours eu besoin de se « ventiler ». À ce point de vue, on peut le rapprocher de Bernanos. Si on ne voit pas d'abord en lui l'écrivain, et j'ajouterai le poète, car il est un grand poète lyrique, on pourrait être tenté de le juger sévèrement. Mais, malgré les apparences, Céline a toujours été et est encore au-dessus de la mêlée. Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.

 
Le Libertaire (1950)
Le Libertaire (1950)

ALBERT PARAZ

 

Le fait nouveau qui me paraît le plus scandaleux c'est que les éditions Denoël ont été acquittées et que les attendus du jugement portent d'une façon tout à fait catégorique : « non » à la majorité. « La Société n'a pas, entre 40 et la libération, publié des livres en faveur de l'ennemi. » Mieux que cela, Céline avait été renvoyé devant un tribunal où il n'était plus passible que de l'indignité nationale et devait être pratiquement acquitté. Au dernier moment quelqu'un en haut lieu excité par une campagne d' « Action », d'ailleurs extrêmement courte, complètement absurde et anonyme, l'a fait renvoyer de nouveau devant une cour. Ces cours devaient être supprimées le 31 décembre, mais vous voyez qu'elles n'en finiront jamais. Bien amicalement.

ALBERT PARAZ

Auteur du Gala des Vaches

Je revendique l'honneur de contresigner tout ce que Céline a pu écrire. S'il est condamné je dois être condamné aussi et demande à partager son sort, comme Garry Davis l'a fait pour Moreau. Il y en a d'autres que moi qui se feront connaître. Ceux à qui Céline a tout donné. C'est bien peu de chose que nous pouvons faire pour lui et nous nous sentirons trop récompensés s'il nous accepte pour ses amis. Autre chose. Vous n'avez pas le droit de publier dans cette enquête les tartuferies du décromate tréchien Béguin. Ce pharisien crée un doute pour accabler un homme crucifié dans sa chair. Si c'est ce genre de bourrique qu'on est exposé à rencontrer au détour d'un bénitier à la veille de l'année sainte, ce n'est pas demain qu'on me verra hanter les églises. Il n'a jamais été question d'antisémitisme dans l'art. 83, mais d'actes de nature à nuire au moral de la Nation, c'est-à-dire, en gros, de démoralisation de l'armée. Quelle armée ? L'armée allemande ? C'est un procès en sorcellerie, les Cauchons frétillent. Ce joli Béguin s'est jeté sur le cadavre de Bernanos, qui se flattait d'avoir Drumont pour maître et qu'il exploite en publiant les lettres de celui-ci. Or, Bernanos m'a promis dix fois de témoigner en faveur de Céline. Vivant il serait venu à la barre. J'ai ses lettres. Je ne les ai pas envoyées au Béguin qui me les demandait gentiment. Une intuition...

AIMÉ PATRI

Directeur de la Revue littéraire Paru

J'ai pour l'auteur du Voyage au bout de la nuit l'admiration qui lui est due en tant qu'écrivain. Il a donné un des livres qui resteront le plus sûrement comme témoin de notre époque, bien que ce ne soit pas l'honneur de ladite époque d'avoir pu l'inspirer. Je n'apprécie pas du tout la foule de ses petits imitateurs maintenant spécialisés dans la littérature noire. De cette nuit, il faudra bien sortir puisqu'on est allé jusqu'au bout et l'on ne pouvait vraiment y aller qu'une fois.Le jugement à porter sur l'homme ne saurait évidemment pas être confondu avec celui qui concerne l'écrivain. Il risque d'interférer dangereusement dans le cas d'un livre comme Bagatelles pour un massacre au titre sinistrement prophétique. Mais je me souviens aussi qu'au temps de ma première lecture, je m'attendais à trouver à la dernière ligne la révélation que Céline lui-même pour avoir écrit une chose pareille ne pouvait être que juif. Je doute donc qu'il ait réellement servi la cause de l'antisémitisme. Il demeure enfin que je réprouve toutes les persécutions.

LOUIS PAUWELS

 

Je crois savoir que Céline ne viendra pas. J'aurais aimé qu'il se présente devant ses « juges ». Il ne risque pas grand-chose. Ce sont les juges qui risquent. Ils s'exposent à un immense ridicule. Ils s'exposent aussi, ils continuent de s'exposer à notre dégoût depuis l'assassinat de Brasillach. Mais si Céline ne vient pas, c'est qu'il ne reconnaît pas à ces « juges » le droit d'agir au nom de la justice. En ce sens, il nous donne, encore une fois, un exemple et une leçon.

BENJAMIN PÉRET

 

                 Cher Camarade,
L'intérêt soudain que Le Libertaire porte au nommé Céline me surprend profondément. Je ne peux pas oublier, en effet, que Céline a joué, avant et pendant la guerre, un râle tout à fait néfaste. Toute son oeuvre constitue une véritable provocation à la délation et, de ce fait, devient indéfendable à quelque point de vue qu'on se place car la poésie ne passe pas quoi qu'en disent ses thuriféraires par la bassesse et l'ordure. Or, l'œuvre de Céline se situe tout entière dans un égout où, par définition, la poésie est absente. Et l'on voudrait en soulever la plaque pour nous faire respirer les émanations méphitiques qui s'en dégagent ! Non, qu'il reste au Danemark où il ne risque rien s'il n'ose pas se présenter devant un tribunal dont il n'a guère à attendre qu'une condamnation de principe. C'est toute une campagne de « blanchiement » des éléments fascistes et antisémites qui se développe sous nos yeux. Hier, Georges Claude était remis en circulation. Demain ce seront Béraud, Céline, Maurras, Pétain et compagnie. Quand toute cette racaille tiendra de nouveau le haut du pavé, qu'auront gagné les anarchistes et révolutionnaires en général ? Pas de donquichottisme ! Réservons notre solidarité – et celle-ci totale – pour les victimes de notre capitalisme, de Franco, Staline et autres dictateurs qui souillent aujourd'hui la surface du globe.

Charles Plisnier

CHARLES PLISNIER

 

Céline est à mes yeux, l'un des plus authentiques génies littéraires de ce temps. C'est aussi, hélas ! l'un des plus grands pourrisseurs de la conscience libre. Pas plus dans la guerre que dans la paix, nous ne nous sommes trouvés « du même côté ». Je ne sais de quoi on l'accuse exactement. On me dit qu'il s'est, cet homme « libre », mis au service du totalitarisme nazi. Je puis à peine croire à une telle aberration. Quoi qu'il en soit, qu'on le condamne ou non, l'homme est à terre. J'aurais honte de l'accabler.

PAUL RASSINIER

(ex-concentrationnaire)

Je suis mal placé pour en parler étant donné que je suis à fond, à 150 % pour lui. D'une manière générale, je déteste le procès politique qui ne signifie rien : on condamne des hommes comme traîtres à la Patrie et on les hisse sur un piédestal parce qu'ils trahissent l'humanité... Ces choses me dépassent. Mon opinion est :
1° Que le procès que l'on fait à Céline est une saloperie. 
2° Que le sort qui lui est fait est inhumain.
3° Que les deux choses servant des intérêts de classe, notamment les gens qui le frustrent de ses droits d'auteur et l'État français qui lui a supprimé sa pension après avoir confisqué ses livres.
4° Que c'est le procès des bénéficiaires de l'opération qu'il faut faire.

ALAIN SERGENT

 

Pour bien connaître, en tant qu'ancien prisonnier politique, la mentalité des « juges républicains », je trouve que Céline a parfaitement raison de ne pas rentrer tant qu'il courra un risque, sachant sans doute trop bien ce que couvre le mot de justice. Les principes n'ont rien à voir en l'occurrence, c'est une simple question de rapport de forces sur le plan politique. On a envoyé Brasillach au poteau parce que Russes et Américains vivaient à ce moment leur lune de miel, aujourd'hui on le condamnerait à quelques années de prison. Dans une situation nouvelle, la plupart des « juges » seront prêts à condamner ceux qu'ils servent aujourd'hui, et à filer doux devant un Doriot quelconque. Il faut croire, d'ailleurs, que ce phénomène n'est pas nouveau puisque La Fontaine disait : « Suivant que vous serez puissant ou misérable... » Il reste que votre enquête est des plus édifiantes, car elle oblige chacun à prendre position. En outre, elle devient un élément du rapport de forces dont j'ai parlé en incitant pas mal de gens à réfléchir.

jeudi 11 septembre 2014

Lettres et éditions originales le 7 octobre 2014 à Paris...

En association avec Sotheby's, l'étude Binoche & Giquello mettra aux enchères le 7 octobre 2014 à Paris la quatrième partie de la bibliothèque de Bernard Lolié, libraire parisien. Parmi les quelques deux cent lots proposés, quelques lettres et éditions originales de Céline. 

Extrait d'une lettre de Céline à André Dézarrois du 24 avril 1947
CORRESPONDANCE 
Pour commencer, une lettre à André Dézarrois (1), « haut fonctionnaire et notable, [que Céline] connaissait depuis 1934 et avait été son hôte à Saint-Malo » (2), daté par l'expert de la vente du 24 avril 1947 et estimée entre 3 000 et 4 000 €. Une lettre d'exil dans laquelle Céline évoque ses souffrances, son admiration pour sa femme Lucette et dresse un très beau portrait de son chat Bébert, « admirable bête » :

« j'ai été bien étrillé ! martyrisé par tous les bouts… Le martyr comporte l'outrage et le glaviot des imbéciles. J'ai été gâté. Et puis 17 mois de cellule. J'en sors enfin. J'en émerge rompu. J'ai perdu 47 kilos. Et puis 2 ans de travail perdus ! On m'a tout brûlé à Paris. Et puis l'Allemagne. On ne peut plus être malheureux. Plus malchanceux… Je végète à l'hôpital. Mais traqué ici même par la presse communiste… »

« Ma femme Lucette est admirable. … C'est de plus une magnifique artiste. Il n'y a pas 3 danseuses comme elle en Europe. Elle réussirait ça à l'Opéra à merveille… »

« Quant à Bébert ex-chat de Le Vigan, c'est le seul bien que nous ayons conservé de tout notre naufrage. Il nous a été fidèle loyal et si mignon et si profondément intuitif et intelligent. Une admirable bête. Mieux, une âme - une poésie - notre seule douceur pour 3 années de supplice. Il vient d'être opéré. Mais il va mieux. Il a passé avec nous entre les 4 armées furieuses en pleine bataille, dans le plus grand cataclysme imaginable, sans jamais se plaindre ni avoir peur comme un chien. Mieux qu'un chien. Sans manger sans boire sans uriner pendant 17 JOURS dans un sac et puis trottinant. D'ailleurs il a fini par apprendre à parler... [...] Bébert est né à la Samaritaine. Lucette dans l'île Saint-Louis. Moi à Courbevoie. Et tous trois si loin si misérables... » 

Deux correspondants déjà connus viennent ensuite au catalogue de cette vente : Théophile Briant, avec une lettre adressée par Céline de Copenhague du 30 mai 1947 estimée entre 3 000 et 4 000 € ; et J. H. Rosny, avec une lettre du 4 novembre 1932 (3) sur papier à en tête des Services Municipaux d’Hygiène et d’Assistance Sociale de la Ville de Clichy : 
 « Maître,
Je n’ai d’autre titre à être reçu par vous qu’en qualité de candidat au Goncourt de cette année avec un gros roman « Voyage au bout de la Nuit » que vous avez peut-être eu la bienveillance de parcourir. Dans le cas où vous auriez le désir d’être mieux renseigné sur ma personne, j’aurais l’honneur de me présenter à vous au jour et à l’heure que vous choisirez.
Déjà je peux vous dire que je suis né à Courbevoie (Seine) le 27 Mai 1894 - médaillé militaire, et médecin de ce dispensaire, le tout avec un grand choix de métiers, d’écoles communales et de simples - ou compliquées aventures. Pendant bien longtemps je n’ai connu que deux livres “La Guerre du Feu” et “Sans Famille”, à vrai dire il n’y en avait pas d’autres à la maison. Et j’ai longtemps crû [sic] qu’il n’en existait pas d’autres. Souvent encore je pense que c’était suffisant. Leur style a dû me demeurer… » 

ÉDITIONS ORIGINALES

Un des 100 exemplaires sur Alfa de Voyage au bout de la nuit (reliure Paul Bonnet)
La curiosité de cette vente : un volume de Lettres de prison publié clandestinement en 1984 suivi d’un synopsis de ballet inédit. Daté de 1945 à Copenhague, il est estimé entre 3 000 et 4 000 € ; Il s'agit d'un des 3 premiers exemplaires sur Japon nacré d'une édition originale tirée à 53 exemplaires, contenant chacun une lettre autographe de Céline, celle-ci, signée Destouches, est datée du mercredi 27 février 1946, et adressée à Bente Johansen.

Plus courant en salle des ventes, La Vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweiss, la thèse de médecine de Louis Destouches avec un envoi à Henri Coutière (1869-1952), « membre de l’Académie de médecine et professeur à l’École supérieure de pharmacie de Paris, que Céline a probablement rencontré lors de ses séjours à Rennes entre 1919 et et 1925 » devrait s'arracher entre 4000 et 6000 €.

Un des rares exemplaires sur Arches de Voyage au bout de la nuit, d'un tirage estimé à 20 exemplaires selon l'expert, celui-ci hors commerce, avec envoi à Mme Lucien Descaves, et pour lequel vous devrez débourser entre 80 000 et 100 000 €.

Un des 100 exemplaires sur Alfa de Voyage au bout de la nuit, reliure mosaïquée Paul Bonnet (photo ci-contre) ; auquel a été ajouté 11 feuillets autographes portant chacun un extrait du texte recopié par Céline, coûtera entre 30 000 et 40 000 € au riche amateur souhaitant ajouter à sa bibliothèque ce volume agrémenté d'un envoi autographe : « A l’enfant rare/et retrouvé !/et reperdu !/L F Céline ».

Non coupé, un des 22 premiers exemplaires sur Japon Impérial hors commerce de Mort à crédit, non censuré, imprimé spécialement pour Mme Robert Denoël. 60 000 € - 80 000 €. Il porte cet envoi autographe (photo ci-contre). 
Pour les bourses plus modestes, des exemplaires de D'un château l'autre, Nord et Rigodon, exemplaires sur Hollande avec de belles reliures Semet et Plumelle et Danielle Mitterrand ne devraient pas dépasser les 4 500 € par volume.
M.G. 

Mardi 07 octobre à 14h30
Galerie Charpentier
76, rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 Paris



Notes
1 - Lettre attribuée à René Héron de Villefosse dans Lettres (Pléiade, (2009) 
2 - Portrait détaillé dans le Dictionnaire de la correspondance, vol. I, Du Lérot, 2012.
3 - Lettre datée du 11 novembre 1932 dans le volume des Lettres (Pléiade, (2009) 


lundi 1 septembre 2014

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°56

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Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°56.
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samedi 30 août 2014

Au plus fort de la bataille : le premier roman de Jean-François ROSEAU

Nos lecteurs les plus fidèles connaissent déjà son nom. Il nous a offert plusieurs articles sur Céline (voir les références ci-dessous). Jean-François Roseau publie aux éditions Pierre-Guillaume de Roux son premier roman, Au plus fort de la bataille, qui vous replongera dans l'univers du premier épisode de Voyage au bout de la nuit, la Première Guerre mondiale.


Jean-François Roseau, Au plus fort de la bataille, P.-G. de Roux, 2014.
Disponible sur Amazon.fr.


Présentation de l'éditeur
« Tout était bon à mettre au compte de Poincaré. Le manque d’obus et l’épuisement d’acide sulfurique pour la fabrication des poudres.
– Vous l’avez vu habillé pour le front ?
– Un peu qu’on l’a vu, le Raymond ! Sa casquette de chauffeur. Son costume de cycliste prêt pour le Tour de France...
– Les poilus ont dû se marrer. On leur annonce un président, et ils voient arriver un chauffeur de taxi aussi éloquent qu’une huître !
– Il paraît qu’il reste muet devant les soldats. La larme à l’œil en les saluant droit dans ses bottes. »
Quand l’hypermédiatisation des conflits, source de notre indifférence à l’horreur, s’estompe tout à coup sous une trouvaille exceptionnelle – des lettres de poilus découvertes au gré d’une promenade dans les rues de Montmartre -, l’Histoire redevient vivante. Et le souffle des épistoliers, liés par l’amour, le remords et l’exil, peut, à nouveau, nous communiquer un peu de cette indicible expérience de 14-18….
À travers cette tragédie aux ardeurs mêlées, Jean-François Roseau nous fait redécouvrir la Grande Guerre du haut de ses vingt-trois ans, et signe un tout premier roman décapant.





A lire :
Du chevalier au cuirassier Destouches : l'art du pamphlet comme un art de la guerre
> Les tribulations strasbourgeoises du plaidoyer célinien
> Céline, le « collabo » dans la presse d’après-guerre
> Céline et le Cercle européen
> Céline aux archives

Le Bulletin célinien n°366 - septembre 2014

Vient de paraître : Le Bulletin célinien n°366. Au sommaire :

- Marc Laudelout : Bloc-notes (Hostilité envers Céline)
- Émeric Cian-Grangé : Je me suis réconcilié avec Henri Godard...
- Éric Mazet : Henri Godard et Henri Mahé
- Éric Mazet : Lucienne Delforge et Louis Destouches
- Benoît Le Roux : Neuf lettres inédites à Mme Bailles
- Jean-Paul Louis : Présentation de « L’Année Céline 2013 »

Le Bulletin célinien, c/o Marc Laudelout, Bureau Saint-Lambert, B. P. 77, BE 1200 Bruxelles.
Abonnement annuel : 55 € (onze numéros). Courriel : bulletinlfc@gmail.com

vendredi 29 août 2014

En kiosque : Spécial Céline n°14 - Les secrets d'un visionnaire

Le trimestriel Spécial Céline sort son quatorzième numéro (septembre, octobre, novembre 2014). En vente en kiosque, 19,50 €.

Au sommaire :


Étude
Céline en son temps ou Céline avant Céline 1927-1929, par Éric Mazet 
Étude
Ferdinand, un chevalier des Temps Modernes, par Serge Kanony
Extrait
Louis-Ferdinand Céline à Sigmaringen, par Christine Sautermeister  
Lecture
Poésie et vérité, par Luc-Olivier d'Algange


> Consulter le sommaire des anciens numéros.

mercredi 6 août 2014

« Le dernier voyage de CÉLINE » par Valère-Marie MARCHAND (Plume, 2013)

Dos et premier plat de la reliure du manuscrit de Nord, avec la signature "Docteur Destouches"
Cinquante-trois ans après sa sortie en librairie, redécouvrons la petite et grande histoire du manuscrit de Nord, qui fut, d'après Roger Nimier, le « plus beau livre de Céline depuis Voyage au bout de la nuit ». Ultime roman publié du vivant de Céline, ce texte unique en son genre a fait date parmi les bibliophiles et les amateurs de documents autographes.

On a tout dit au sujet de Céline. On s'est bien évidemment indigné - le mot est à la mode - de ses coups de gueule mémorable, de ses invectives légendaires, de sa misanthropie, de sa paranoïa et de sa méfiance maladive envers son prochain. On a dénoncé haut et fort tout ce que lui-même ne prenait pas la peine de cacher. Louis-Ferdinand Céline était un cas à part parmi les écrivains. Polémiste à ses heures, ce franc-tireur n'avait ni langue ni plume dans sa poche lorsqu'il fallait déboulonner quelques idées reçues. Sa verve pamphlétaire, son lyrisme au vitriol et inappétence manifeste au politiquement correct n'ont pas facilité, loin de là, son éventuel retour en grâce...
Certains, comme Léon Trotsky, se félicitèrent d'abord de son indifférence à l'académisme ; d'autres, comme Paul Nizan, virent dans Voyage au bout de la nuit un pied de nez plutôt réussi « aux romans des petits chiens savants », mais beaucoup comme Marcel Jouhandeau, André Malraux ou Roger Ikor (pour ne citer qu'eux) ne savaient comment traiter cet objet littéraire non identifié... Antisémitisme, Céline l'était assurément, mais il était aussi anticapitaliste, antimilitariste, anticlérical, antibourgeois, anticommuniste, anticolonialiste, anticonformiste, antisocial, antiparlementaire, en un mot, anti-tout ce que l'on voudra... Récidiviste en son âme et conscience, Céline n'était pas non plus un homme à se taire ou à se laisser bâillonner par le premier venu. Du coup, on a eu un peu trop tendance à reléguer le phénomène célinien à un négativisme absolu et à oublier que son oeuvre ne serait pas ce qu'elle est, sans l'incroyable vitalité de ses phrases, sans ce souffle qui réanime une langue jusqu'alors un peu moribonde. Car Céline, on ne le dira jamais assez, était – comme Rabelais le fut aussi en son temps – autant médecin qu'écrivain. Il avait l'oeil d'un clinicien. Rien ne l'arrêtait dans ses voyages au bout de l'enfer et rien, bien évidemment, n'était passé sous silence dans ses autopsies sans ordonnance. De la première à la dernière page, Céline décortiquait, analysait, auscultait la condition humaine sous tous ses angles. Quitte à forcer le trait, quitte à jouer les Cassandre, quitte à extrapoler plus qu'il n'en fallait, Céline semblait éprouver un malin plaisir à se lancer dans les plus sombres diagnostics et à faire cavalier seul. Si nul n'écrivait comme lui, c'est qu'il n'écrivait comme personne. Et s'il aimait autant les points de suspension, c'est que l'idée du point final lui était totalement étrangère. Même après guerre, alors qu'il avait tout perdu et qu'il n'était plus que l'ombre de lui-même, il n'était pas en panne d'inspiration. En 1957, il venait même de déclarer à son ami Roger Nimier qu'il avait hâte de boucler sa « trilogie allemande ». Inauguré avec D'un château l'autre, ce vaste projet qu'il entendait poursuivre avec Nord, sonnerait le dernier round d'une vie bien remplie. En attendant, il lui faudra écrire près de 2500 pages pour ne garder que 1565 feuillets... Un travail monumental, fait de lectures et de relectures, de rectificatifs, de corrections et d'ajustements de dernière minute, dont ce marathonien de l'écriture se disait coutumier. Cette fois, cependant, le défi était de taille. En « coloriste des mots », Céline pressentait l'ampleur de sa tâche. S'il n'avait rien à prouver à son lecteur, son lecteur, lui, l'attendait toujours au tournant. C'était ainsi. Céline, même au bout du rouleau, serait toujours Céline. Il ne laisserait jamais personne indifférent.

Pages d'un chapitre manuscrit de Nord écrit entre 1957 et 1959.


D'un manuscrit l'autre
En 1959, Céline n'a plus que deux ans à vivre. Après-guerre, il s'est retiré à Meudon, route des Gardes, où il s'est installé avec sa compagne, la danseuse Lucette Almanzor, et avec ses chiens, ses chats, ses perruches et ses perroquets. Céline a toujours aimé la vie de bohème. Où qu'il aille, à Paris, à Clichy, à Londres, au Cameroun, en Allemagne ou au Danemark, Céline est un bourlingueur né. Toujours sur le départ, toujours prêt à plier bagage, il s'est habitué très tôt à se contenter de l'essentiel et à n'emporter avec lui que le strict nécessaire, en l'occurrence des liasses de feuillets qu'il se plaît à accrocher chez lui avec de grosses pinces à linge. Histoire de ne pas perdre de vue le travail accompli et de ne pas interrompre l'écriture en cours. Car, sous ses airs clochardisants, Céline est bien plus organisé qu'il n'y paraît. À Meudon, il s'est même réservé le rez-de-chaussée de sa nouvelle maison afin d'y aménager son atelier d'écriture. Un espace où comme l'observe Henri Godard, tout a été parfaitement pensé : « Céline, de son bureau en façade, avait la vue sur Paris par la haute fenêtre située sur la gauche. Sur la vaste table de travail presque carrée recouverte d'un tissu jusqu'au sol, il pouvait disposer, outre les feuillets sur lesquels il était en train d'écrire autant de versions antérieures qu'il voulait en consulter. »(1) C'est sans doute sur ce même bureau que, le 27 janvier 1959, il s'apprête à répondre à l'un de ses amis de la dernière heure, Roger Nimier, l'un des rares habitués de la NRF à oser lui rendre visite. « Si la NRF vous laisse une seconde pour penser à moi, voulez-vous songer à la Pléiade. [...] Je ne lâcherai pas mon prochain ours qu'ils ne m'y aient fait paraître... Et qu'il avance mon prochain ours ! qu'il est terminé qu'il me reste à le pourlécher pendant encore quelques mois... 2600 pages. » L'ours en question n'est autre que le manuscrit autographe de Nord, un document exceptionnel qui comme la plupart des textes de Céline, fera l'objet d'innombrables refontes. Pour Féerie pour une autre fois, Céline avait peaufiné son texte à partir du dactylogramme que sa fidèle correctrice et secrétaire, Marie Canavaggia, avait réalisé pour lui. Pour Nord, ce sera plus compliqué. Des maux de têtes et des vertiges incessants lui font craindre le pire... Aura t-il seulement la force d'achever son oeuvre ? Rien n'est moins sûr. Lucette qui le voit sans cesse consulter sa montre, ne l'a jamais connu aussi anxieux. Et les rares intimes qui lui rendent encore visite, ne peuvent que constater l'état de surmenage et de délabrement physique dans lequel il se trouve. En l'espace d'un an, pas moins de 5000 mots seront remplacés de la main même de Céline. Sans compter les paragraphes que l'auteur a déplacés au gré des circonstances et supprimés de la version définitive... Cette fois, Céline n'hésite pas à réécrire entièrement des passages entiers de son texte (voir notre encadré), à édulcorer les expressions trop excessives à ses yeux et à apporter plus de précisions à ses formulations de départ. En dernière lecture, l'adjectif « rigolo » devient ainsi « amusant », tandis que les « sadiques » se voient remplacés par des « monstres » tout aussi bien attentionnés... Au fil des relectures, le hameau de « Porcville » est d'abord rebaptisé « Petteville » puis « Niaquouéville » pour être finalement cité sous le seul nom de « Marcouville ». Si certains rectificatifs peuvent prêter à sourire, Céline sait néanmoins où il va, car, comme l'explique Henri Godard, ce qu'il appelle « polir son texte », consiste surtout à multiplier les effets de surprise de façon à ce que son texte vive « en faisant vivre au lecteur ces émotions dans son présent »(2) Autrement dit,
c'est avant tout sur le rythme, sur l'oralité de ses phrases et sur la scansion des mots, que se porte l'attention de Céline, rejoignant, en ce sens, ce qu'il a dit naguère à son ami Robert Carlier : « Je n'envoie pas de message au monde, moi, non ! Je me saoule pas de mots, ni de porto, ni des flatteries de la jeunesse. Je cogite pas pour la planète... Je suis qu'un petit inventeur, et que d'un petit truc qui passera pardi ! Comme le reste ! Ce que j'ai inventé, je viens de l'écrire dans la Nouvellerevuefrançaise (en un seul mot s'il vous plaît) : j'ai inventé l'émotion dans le langage écrit... » Et, comme il le dit lui-même, ce n'est pas une mince affaire...



Chronique d'une débâcle annoncée 
En attendant, le manuscrit de Nord prend forme. Céline y relate sa fuite à Baden-Baden, à Berlin, puis à Zorhnof, en présence de ses trois compagnons d'infortune : Lucette Almanzor, l'acteur Le Vigan (dit « La Vigue ») et l'inénarrable chat Bébert. Il y décrit une Europe à feu et à sang, des paysages dévastés par les bombardements et une « Allemagne de la débâcle comme Dante visitait les cercles de son enfer. » Il y dépeint l'effondrement du Reich et l'étrange déconfiture dans laquelle sombrent les armées d'Occupation. Et il déclare haut et fort qu'il est avant tout chroniqueur, qu'il en a fini avec le roman et qu'en sa qualité de médecin, il ne se lasse pas d'ausculter le genre humain. Au passage, les « alcooleux », les « demi-bistrotes », les « cul-de-jatte gâteux », les « sergents manchots », les « colonels congestionnés », les « bouseux prisonniers », les « conseillers hépatites », les « semi-lettons », les « râpeux boutiquiers », les « morphinomanes », les « rombières défaillantes et cardiaques », les « boches et les bochesses », les « gredins et gredines » de tous horizons en prennent bien évidemment pour leur grade. Fidèle à lui-même, Céline n'épargne rien ni personne. À ce rythme, il risque bel et bien de s'épuiser à la tâche, car depuis que sa main droite est à moitié paralysée (3), il lui est quasiment impossible d'avoir une écriture soignée. C'est donc sur de simples feuilles volantes qu'il note à la va-vite et au stylo-bille bleu les phrases qui lui viennent à l'esprit. En d'autres circonstances, il lui est arrivé de réécrire jusqu'à 7 fois certains de ses manuscrits (ce fut notamment le cas pour Voyage au bout de la nuit). Cette fois, le temps presse. Céline sait qu'il s'est lancé dans une ultime course contre la montre. Au final, il ne restera que 1565 pages sur les 2500 pages d'origine. En quelques mois, Céline a fait subir à son premier jet une sévère cure d'amaigrissement. Une prouesse dont il n'est pas peu fier. D'ailleurs, il se déclare plutôt « satisfait d'avoir bien payé pour avoir un sujet et un style ». Il l'a dit et redit. Un style n'a pas de prix. Selon lui, un grand écrivain est dans l'obligation de « mettre ses tripes sur la table » et doit, tôt ou tard, payer la rançon de la gloire. Lorsque le manuscrit de Nord est enfin mis au net, Céline est à bout de forces et presque à bout d'arguments lorsqu'il relate à Roger Nimier son passage en coup de vent aux éditions Gallimard. « Très discrètement et des plus rapides nous avons été Marie, moi, à la NRF, ce matin, porter l'ours à Festy. [...] Nous n'allions pas vous déranger ! Vu une minute Mme Laigle entre deux portes ! Mais ne voulez-vous avoir la bonté de rédiger le petit digest coutumier de la fin ? »(4) Quinze jours plus tard, toujours pas de nouvelles de Gallimard. Dans un second courrier à Roger Nimier, Céline ne cache plus son angoisse. « J'ai peur de l'avenir Roger... L'impression, vite ! » Nord paraît finalement au mois de juin 1960. Tirée à 14000 exemplaires, son édition originale remporte d'emblée tous les suffrages. « Tout, de votre génie lyrique et de votre art scrupuleux, me paraît revenu » lui écrit Henri Mondor. Si Céline se réjouit de cet accueil, il n'en est pas moins aux abois. Comme à son habitude, il craint de manquer d'argent et songe à vendre le manuscrit de Nord à un collectionneur. Or, Renée Cosima, la femme de Gwenn-Aël Bolloré, accompagne souvent sa fille aux cours de danse de Lucette Almanzor. Le futur acquéreur semble tout désigné... Il faudra tout l'entregent de Roger Nimier pour que les deux intéressés parviennent à s'entendre. En juin 1960, Renée Cosima Bolloré devient officiellement la propriétaire du manuscrit de Nord. En guise de remerciement, Céline signe sur la dernière page cet envoi autographe : « Hommage à Renée Cosima Bolloré [sic] maman d'Anne Meudon 6 juin 60 LF Céline. » Un an plus tard, les exemplaires de Nord seront retirés des librairies à la suite d'une plainte en diffamation de Mme Asta S., une Allemande qui se reconnaît dans le personnage d'Isis. Un épilogue dont Céline ne prendra pas connaissance, puisqu'il meurt le 1er juillet 1961 d'une rupture d'anévrisme. En 1970, Gwenn-Aël Bolloré fait relier par Mercher le dernier voyage de Louis-Ferdinand Céline. Sur le maroquin vert janséniste, des quatre volumes, in-4 (270x205 mm), on peut lire en lettres d'or un fragment de la mention vétérinaire qui figurait, dans Nord, dans le passeport du chat Bébert : « Docteur Destouches, 4 rue Girardon, ne nous a semblé atteint d'aucune affection transmissible. »(5) À bon entendeur, salut ! Après tout... le lecteur lambda n'est pas censé partager, cinq sur cinq, les idées de Céline. 

Valère-Marie MARCHAND 
Plume Magazine, n°65, juillet-août-septembre 2013. 

Un numéro toujours disponible, 5,90 €, sur www.plume-mag.com. 


Notes 
1 – Passage extrait de Céline d'Henri Godard, Éd. Gallimard, 2011, p. 483.
2 – Cest la formule qu'emploie Henri Godard dans Céline, Éd. Gallimard, 2011.
3 – C'est une séquelle de la guerre de 1914.
4 – Lettre du 23 décembre 1959, extraite des Lettres de Céline, édition établie par Henri Godard et Jean-Paul Louis, Éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2010.
5 – La formule originale qu'on peut lire dans le manuscrit de Nord était la suivante : « Le chat dit Bébert, propriétaire Docteur Destouches, 4 rue Girardon, ne nous a semblé atteint d'aucune affection transmissible » (pp. 122 et 123). En tronquant cette phrase, Gwenn-Aël Bolloré adresse un autre message au lecteur.