mardi 22 juillet 2014

« La Bretagne de Céline » : deux photographies de la commission Rockefeller par Gaël RICHARD

Autour de « La Bretagne de Céline » : deux photographies de la commission Rockefeller de lutte contre la tuberculose en France
par Gaël RICHARD

Le 18 juillet 1947, Céline recommandait dans une lettre à Milton Hindus, « un jour si vous voulez rigoler vous trouverez à la Bibliothèque de Washington – (Qui se flatte d’avoir tous les livres du monde !) une thèse de Doctorat en médecine – français de la faculté de médecine de Paris – d’un dénommé Dr Alexandre Bruno – vers 1920. Cette thèse a trait à la mission Rockefeller contre la tuberculose en France de 1917 à 1920… Dans les pages de cette thèse (que vous trouverez sans doute aussi à la Bibliothèque de la Fondation Rockefeller à New York) vous trouverez une photographie, un groupe où je figure en Officier américain ! Avec un ordre de mission de Pershy [Pershing] s’il vous plaît ! Toute la farce ! J’étais le chef de ce groupe de propagandistes, conférenciers etc. Du Charlie Chaplin ! Mais me reconnaîtrez-vous ? J’avais 22 ans ! » (1)

Ce cliché avait en effet été publié par Alexandre Bruno dans Contre la tuberculose, la mission Rockefeller en France et l’effort français (1925), mais dans un si petit format qu’il était impossible d’y reconnaître Louis Destouches, qui venait de débarquer à Rennes comme conférencier, le 10 mars 1918. Une épreuve originale mais mal légendée (2) de ce cliché vient d’être retrouvée aux archives municipales de Rennes, et publiée en grand format dans la revue Place Publique Rennes (n° 28, de mars-avril 2014, page 100) : elle permet pour la première fois d’identifier les traits des personnalités qui posèrent ce jour-là devant l’hôtel-de-ville… Soixante-quinze personnes posèrent : outre le Dr Follet, président du comité local de lutte contre la tuberculose, futur beau-père de Destouches, le général d’Amade, commandant la Xe Région militaire, le préfet Juillard et le docteur Léon Bernard de l’Association nationale d’assistance aux anciens militaires tuberculeux, toutes les principales notabilités de la ville étaient réunies : Perrin de La Touche (encore directeur de l’école de médecine), Desgrée du Lou (Ouest-Éclair), les docteurs Le Normand, Perrier, Huchet et Camuzet, etc... Certains membres de la Mission se reconnaissent par leurs uniformes américains comme les docteurs Selskar Gunn et Alexandre Bruno au premier rang ; l’on peut également voir les représentants de la Croix-Rouge américaine, Frances Elisabeth Crowell, les docteurs Wing et Bakler, et surtout à la place d’honneur, à la droite du maire, Jean Janvier, le président de l’université du Colorado et directeur de la mission, Livingstone Farrand, accompagné de son épouse. Mais, hélas ! difficile d’identifier clairement Louis Destouches dans ce groupe compact, dont quelques visages à l’arrière-plan sont
Céline en mars 1918 à Rennes ?
occultés par les chapeaux… tout au plus, devine-t-on la silhouette du complice de Louis, Albert Milon, en haut au centre… mais que penser de cet autre individu, un peu en retrait, à gauche, visiblement peu concerné par la solennité du moment, et le regard distrait ?

Rien de bien convaincant, certes, mais Louis Destouches se tenait sans doute là, peut-être en uniforme, comme sur cet autre cliché fort connu [voir ci-dessous], mais qui n’a pas été reproduit dans la thèse signalée par l’écrivain à Hindus, trente années plus tard, dans son exil danois…

La bibliothèque et les archives de la Fondation Rockefeller, à New-York, renferment encore nombre de clichés inédits, au milieu desquels un chercheur qui ne déclare jamais forfait aura peut-être le bonheur de retrouver le portrait de groupe que décrit Céline. Nos maigres moyens ne nous ont permis que d’analyser les documents numérisés par la Fondation, et notamment les collections mises en ligne en 2013 à l’occasion de son centenaire, « 100 Years, The Rockefeller Foundation »(3). À défaut d’un portrait inédit de Louis, on peut y admirer celui de son compagnon de route, le modèle du grand Courtial des Pereires de Mort à crédit : Henry de Graffigny lui-même, posant fièrement devant son Guignol, à Clermont-Ferrand, en 1919 !

Raoul MARQUIS en juillet 1919 (portrait inédit)
Raoul Marquis (1863-1934), alias Henry de Graffigny, qui dirigeait alors à Paris la revue Eurêka, modèle du Génitron, n’avait rejoint l’équipe n°2 de la commission de lutte contre la tuberculose sur les routes de Bretagne que bien après la cérémonie rennaise : début octobre 1918, il remplaça le chauffeur-opérateur cinématographiste et ne mit au point son « Guignol prophylactique » qu’en avril 1919, après le départ de Louis Destouches, qui avait donné sa dernière conférence à Nantes en décembre 1918 (4). La première séance à l’attention des enfants des écoles de Clermont-Ferrand date, selon le journal tenu par un membre de la commission américaine, du 14 avril 1919. (5)

Daté de juillet 1919, à l’usine Michelin de Clermont, ce portrait inédit est d’autant plus émouvant qu’il nous montre les traits de Graffigny à l’époque de ses premières déconfitures, après la mort d’un fils sur le front, après la fin de l’épopée d’Eurêka… au moment précis où Destouches le perdant de vue, va bientôt conseiller à leur ami commun Albert Milon de se défier de « cette vieille épave »… On sait que Céline, en décembre 1935, peu avant la parution de Mort à crédit, tenta de retrouver « ce vieux petit bonhomme pour lequel il a travaillé autrefois, auteur de petits manuels scientifiques », en demandant son adresse à Max Fischer, directeur littéraire chez Flammarion. Sans doute aurait-il aimé, alors, revoir le regard de celui qui avait accompagné ses premiers pas dans le cercle des petits inventeurs qui lui étaient si chers… En vain. Il ne trouva au cimetière de Septeuil que sa tombe : Raoul Marquis était mort et enterré, depuis août 1934…

Céline concluait dans une lettre adressée à Fischer le 7 janvier 1936 : 
« Il m’a donné de bien cocasses leçons de vivre et de ne pas vivre. Il était bas et universel, astronome et mesquin, inventif et désespérément maladroit. Il avait tout pour lui et tout contre lui. À présent c’est fini. » (6)
Quatre mois plus tard, avec le retour de Courtial des Pereires dans Mort à crédit, tout recommençait…


Gaël RICHARD
Le Petit Célinien, 22 juillet 2014. 


Louis DESTOUCHES & Raoul MARQUIS


Notes
1 - Cahier Céline, N.r.f., n°11, p. 80, cité par G. Richard, La Bretagne de L.-F. Céline, 2013, page 39.
2 - L’auteur de cette découverte, David Bensoussan, a daté par erreur ce précieux document du 29 octobre 1911, de l’inauguration de la statue célébrant l’union de la Bretagne à la France, alors qu’il s’agit bien de la cérémonie d’accueil de la commission américaine le 10 mars 1918, comme l’a signalé l’historienne rennaise Sophie Chmura dans le numéro suivant de Place publique Rennes (n° 29, mai-juin 2014, page 103) et dans son article « Patriotisme et hygiénisme, la carte postale outil de propagande », également dans Place publique Rennes (n° 30, page 35).
3 - RF War Relief Commission, “Michelin factory in the province of Auvergne,” 100 Years: The Rockefeller Foundation. http://rockefeller100.org/items/show/1980. Voir également le dossier consacré à Selskar M. Gunn, http://rockefeller100.org/biography/show/selskar-m--gunn.
4 - Voir G. Richard, « Henry de Graffigny », dans L’Année Céline 2009, et La Bretagne de Céline, 2013, pages 42-45.
5 - « About 300 school girls ; forceful lesson by Miss Villain ; Mr. Graffigny gave Guignol show. This was the first introduction of the Guignol into the educational program; made a great impression on the children ; emphasized each of the points brought out in the preceding lecture. Mr Milon held conference for boys ; the Guignol introduced again with great success ». Rockefeller Foundation records, officers' diaries, RG 12, Box 415, Reel M Ros 1, Frame 295. 
6 - Etudes céliniennes, n°8, printemps 2013, page 123.

dimanche 20 juillet 2014

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°55

Pour recevoir gratuitement par courriel à chaque parution notre lettre d'actualité, laissez-nous votre mail à l'adresse habituelle : lepetitcelinien@gmail.com.

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°55.
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Vient de paraître : L'Année Céline 2013

La dernière livraison de L'Année Céline vient de paraître aux Éditions du Lérot. Cette publication 2013 nous réserve à nouveau un copieux sommaire...

Jean-Paul Louis ouvre le numéro de cette année avec un hommage à Serge Perrault disparu le 13 mars dernier en nous proposant les notes inédites du danseur et ami de Céline qui viennent faire le point sur quelques évènements de la vie de l'écrivain, sa mort et de quelques « confidences de Lucette ». Vient ensuite la correspondance découverte ou passée en vente en 2013 et 2014, avec notamment des lettres à Jean-Gabriel Daragnès, Thorvald Mikkelsen et Mme Bailles. Ces lettres à Mme Bailles, vendues en juillet dernier, sont plus précisémment datées que ce que nous vous proposions alors et s'étaleraient de juin 1947 à 1950.

La rubrique des « Études » est cette année construite autour de deux textes. Dominique-René Simonot offre les bonnes feuilles d'un ouvrage à paraître avec un texte sur le thème de la couleur dans l'oeuvre de Céline. La première partie d'un article-fleuve sur Céline et le cinéma, « Céline et le septième art. Gros plans et flash-back », signé Éric Mazet, apporte de précieuses contributions historiques et biographiques sur les nombreux protagonistes croisés par Céline dans ses tentatives d'adaptation au cinéma de ses romans et scénarios.

Au delà des frontières hexagonales, c'est le Danemark qui est mis à l'honneur dans ce numéro avec trois articles de la presse danoise de 1949 et 1950 exhumés par Heinz Frellesen et ici traduits par François Marchetti, qui est aussi à l'origine de la traduction de plusieurs extraits du livre d'Ole Seyffart Sorensen, Le géant, le professeur - et l'enfant, monographie [uniquement disponible en danois] sur la rencontre entre Céline et l'universitaire américain Milton Hindus.

Revue de presse, actualités, adaptations théâtrales et éditions sont répertoriés en fin de volume, auquel vient s'ajouter un nouveau Complément au Dictionnaire de la correspondance, allongeant ainsi la liste des correspondants connus de l'écrivain. 
M.G.
Le Petit Célinien, 20 juillet 2014

L'Année Céline 2013, Éditions du Lérot, 224 pages, 2014.

Le volume 35 € franco à 
Du Lérot, éditeur
  Les Usines Réunies
16140 TUSSON
05.45.31.71.56 - www.dulerotediteur.fr
> Table des matières
> Retrouvez le sommaire des anciens numéros ici.

Le Petit Célinien dans la presse...

La presse nous a accordé cette année une petite place dans ses colonnes. L'Année Céline, dans son édition 2012 sortie en début d'année, a ouvert le bal en mentionnant nos productions ; la revue Lectures Françaises, « Revue de la politique française », se fait l'écho de nos activités dans son numéro 684 de juin 2014. Le Bulletin célinien évoque notre présentation d'A l'agité du bocal dans son article « Le retour de l'agité du bocal » paru dans son numéro de juin.
Enfin, vous trouverez dans les références internet retenues par Le Monde pour son numéro hors-série consacré à Céline (« Une vie, une oeuvre » n°22, juillet-août 2014) l'adresse de votre site préféré jugé « très complet, régulièrement mis à jour ».

> L'Année Céline
2012 & 2013

n°684, juin 2014

n°364, juin 2014

Hors-série « Une vie, une oeuvre » n°22, juillet-août 2014

samedi 12 juillet 2014

« L'Enfant chez Céline » : XXème colloque international Louis-Ferdinand Céline (3-5 juillet 2014)

Les 3, 4 et 5 juillet 2014 à Paris, la Fondation Singer-Polignac accueillait le vingtième colloque international Louis-Ferdinand Céline de la Société d'études céliniennes. Plus d'une quinzaine d'intervenants ont disserté sur le thème retenu cette année : « L'Enfant chez Céline ». 


JEUDI 3 JUILLET 2014

14 h - Ouverture du colloque par François GIBAULT, Président de la Société d'études céliniennes :




Présidence : François GIBAULT
Johanne BÉNARD, Lire Shakespeare dans Guignol's band : un jeu d'enfants ? :




Anne SEBA-COLLETT, Céline : d'une enfance abjecte vers une poésie du dépouillement :




16 h 30
Anne BAUDART, Céline - Fellini : l'enfance des visionnaires :




Isabelle BLONDIAUX, La danse des mots ou l'étrange maladie de Céline :




VENDREDI 4 JUILLET 2014

10h - Présidence : Alice STAŠKOVÁ
Ana Maria ALVES, Souvenir d'enfance dans Mort à crédit : le décès de la grand-mère :




Véronique FLAMBARD-WEISBART, De l'éducation de Ferdinand et de ses traces dans l'oeuvre
Non disponible 

Pierre-Marie MIROUX, « Bébert et Bébert » :




14 h - Présidence : Pierre-Marie MIROUX
Émile BRAMI, L'enfant comme enjeu politique dans Les Beaux-Draps de L.-F. CÉLINE :




François-Xavier LAVENNE, « L'enfance, notre seul salut » : les utopies contre-éducatives céliniennes :




16h
Pascal IFRI, L'école dans l'oeuvre de Céline : de Mort à crédit aux Beaux draps :




Florence de MÈREDIEU, Artaud/Céline. Destins croisés : la « guerre continuée » :

Partie 1 :




Partie 2 :



SAMEDI 5 JUILLET 2014

9 h 30 - Présidence : Isabelle BLONDIAUX
David FONTAINE, Céline et le conte pour enfants :




Sven Thorsten KILIAN, Un imaginaire du début de siècle : La Légende du roi Krogold et L'Homme-orchestre :




11 h
Christine SAUTERMEISTER, Entre apocalypse et utopie : les scènes d'enfant dans la trilogie allemande :




Alice STASKOVA, La poétique du geste dans Nord et la question de la théâtralité :




14 h
Bianca ROMANIUC-BOULARAND, Jeux de cache-cache au pied de la lettre dans Voyage au bout de la nuit :




François GIBAULT, Céline dans la correspondance Morand - Chardonne :



16h
Débat entre Christine SAUTERMEISTER et Pierre ASSOULINE animé par François GIBAULT :


18 h Fin du colloque 


 Sociétés d'études céliniennes
3, rue Monsieur
75007 PARIS

Fondation Singer-Polignac
43 avenue Georges Mandel
75116 Paris

mercredi 9 juillet 2014

« Discours aux asticots » : le nouveau spectacle de Stanislas de la Tousche en Avignon

Après plusieurs représentations parisiennes, Stanislas de la Tousche s'installe en Avignon jusqu'au 27 juillet avec son nouveau spectacle « Discours aux asticots », joué en alternance avec « Y en a que ça emmerde...? ». Deux spectacles construits à partir de Féerie pour une autre fois, Guignol's band, D'un château l'autre, Rigodon et des derniers entretiens. Mise en scène Géraud Bénech. Lumières Rémy Chevillard. 


Théâtre du Bourg-Neuf
5-7 bis rue du Bourg-Neuf
84000 Avignon

Salle rouge - 12h30
Réservations
04 90 85 17 90 


Jours pairs : « Discours aux asticots »
L'abominable homme des lettres reçoit ! Céline en médecin misanthrope passe de l'ironie féroce à la compassion profonde pour l'homme souffrant. Un portrait inouï de l'écrivain, en un va-et-vient passionnant entre fiction et interviews, illuminé par une incarnation totale.

Jours impairs :  « Y en a que ça emmerde...? »
L'ermite de Meudon nous entretient en consultation : tout y passe, la clique germanopratine, les souvenirs burlesques et poignants de prison, l'hommage aux femmes de sa vie.




lundi 7 juillet 2014

Échos céliniens...

Dédicace de Céline à Mr Weinmann
> Théâtre : du 8 au 20 juillet 2014 en Avignon, au Théâtre La Condition des Soies, Philippe Calvario, Jil Caplan et Seb Martel interpréteront des textes des auteurs Raymond Carver, William Burroughs, Allen Ginsberg, John Fante, Henry Miller et Céline. www.laconditiondessoies.com.

 > En Italie, les éditions Einaudi rééditent une traduction de Nord par Giuseppe Guglielmi. www.einaudi.it.

> Le 17 juin 2014 à Paris la maison Millon a passé en vente publique une lettre autogaphe de Céline à Gaston Paymal, « secrétaire du docteur Destouches », et des exemplaires de Voyage, L'Eglise et Mea culpa dédicacés au couple Paymal. Télécharger le catalogue et les résultats de la vente.

> Ce même 17 juin 2014, l'étude Bailly a proposé à Drouot de nombreux documents et éditions originales dédiées à Elisabeth Craig, Karen Marie Jensen, Eugène Dabit, des exemplaires dédicacés à Mr Weinmann (ci-contre), au libraire parisien Tschann, à Germaine Constant, etc... Télécharger le catalogue et les résultats.

>  Arthur Larrue, ancien professeur de littérature à l'université d'état Herzen de Saint Petesbourg a disserté sur Céline le 18 juin dernier à la librairie La Manoeuvre à Paris : www.youtube.com.

> La RTBF propose "Les artistes sur le front", un extrait de l'émission "14-18" de Michel Franssen (1966) : www.rtbf.be.

>  Philipp Roth évoque Céline dans un entretien paru dans The Paris Review No. 93 Fall 1984 : www.theparisreview.org.

> Les céliniens lui doivent, entre autres, les deux volumes des Cahiers de l'Herne consacrés à Céline. L'équipe du Méridien Zero revient sur le parcours de Dominique de Roux en compagnie de Pierre-Guillaume de Roux, son fils, lors d'une émission diffusée le 5 juillet 2014 disponible à la réécoute sur www.meridien-zero.com.

>  Théâtre : Le jeudi 3 juillet 2014, dans le cadre du Festival de la Correspondance de Grignan, François Deblock et Denis Lavant ont proposé "Céline, par le cuirassier Destouches", une lecture spectacle composée à partir de Voyage au bout de la nuit et de la correspondance du jeune soldat à sa famille. Adaptation libre Nathalie Levy et Gérald Stehr, mise en lecture Jean-Philippe Puymartin. www.grignan-festivalcorrespondance.com.

dimanche 6 juillet 2014

Voyage au bout de la nuit par Raphaël Enthoven (France Culture, 2014)

Raphaël Enthoven dissèque Voyage au bout de la nuit pour "Le Gai savoir", émission diffusée en deux parties sur France Culture les 29 juin et 6 juillet 2014. Avec Paola Raiman. Lecture de Denis Podalydès. Réalisation : François Caunac.





jeudi 3 juillet 2014

Louis-Ferdinand CÉLINE : « Il partira quand je serai plus... »

C'est le mouvement sa nature... elle m'étourdit même je dois le dire... elle rebondit, pirouette en lutin... dans la pièce tout autour de moi... Quels jolis cheveux !... quel or !... quelle gamine !... Si je dis un mot, elle me regarde... elle me prend pas au tragique... je voudrais être tragique... je vois une malice dans ses yeux !... Je voudrais qu'elle sourie toujours !... même de ma bêtise... Je suis idiot avec mon complet !... Que je suis sorti exprès pour ça !... je me rends ridicule... avec le mercure en plus ! quel effet tout de même ! Voleur ! Que j'ai honte... je suis sur des charbons... Je rougis... je pourrais rien dire... je l'écoute elle... son babillage... c'est de l'oiseau anglais... je comprends pas tout... Elle parle un peu vite... c'est capricieux l'anglais, c'est joueur, c'est espiègle, celui des fillettes... ça rebondit aussi... tinte... rit d'un rien... cabriole... palpite... Quelle gaieté !... Quels bleus reflets clairs et puis mauves... ses yeux me prennent tout... C'est vite fait ! j'oublie... je ne vois plus rien... elle est trop agréable fleur ! oui fleur !... je respire... bleuet !... oiseau j'ai dit... j'aime mieux oiseau... tant pis ! Je suis ensorcelé... bleuets ses yeux... une fillette... et ces jupes courtes !... Ah ! c'est trop d'attirance cochon ! les cheveux blonds éparpillés... quand elle bondit, illumine l'air... Ah ! c'est trop beau !... je vais défaillir... C'est adorable !... Ah je me tranquillise !... merde tant pis !... Je devrais pas... Il nous laisse seuls l'autre biscornu !... Puisqu'on est là tous les deux !... Ah ! je me trouve trop bien dans le fauteuil... ça me fait un bien effrayant... Je palpite ! palpite !... Ah ! qu'elle est belle cette petite môme... ah ! que je l'adore !... Je la croquerais... Quel âge qu'elle a ? Je lui demande là voir chiche ?... Eh puis non ! j'ose plus !... je prends encore du thé... je mange peu... toujours pour la discrétion... je me souviens de l'autre fois. C'est affreux de mâcher sous son regard... là mastiquer, engloutir, sous ses beaux yeux adorables... je pourrais jamais... j'en mourrais ah !... une délicatesse qui me ronge... je ne veux plus, pendu pour pendu j'aurais pas mangé !... je serais mort délicat voilà !... tout par ferveur pour Virginie !... C'est bien son nom Virginie ?... Il faut que je lui demande si j'ose ?...
« Virginia ?... You Virginia ?
- Yes ! Yes !... »
Ah ! trop belle... tout est trop beau ! son regard ! son sourire ! ses cuisses ! Je les vois quand elle saute ses cuisses... elle se gêne pas... musclées là roses et brunies... sa robe est trop courte... Ah ! elle me tient bien compagnie... ou tout simplement elle me surveille... Ça faut pas que j'oublie quand même... c'est des hypocrites... mais j'ai pas envie de m'en aller... je suis pris !... elle m'a pris !... Ah ! j'ose plus bouger du tout... Elle aurait peut-être appelé « au secours » si j'avais bougé ?... quel tête-à-tête ! Je demeure bien sage... Je me fais charmer, je l'écoute, c'est des petits mots bien amusants, ses petites remarques merveilleuses à propos de tout... de rien... Je refuse les petits gâteaux... elle est pas contente... elle me gronde... je boufferais tout pour un sourire... tous les gâteaux, le plateau, la table... je suis déjà son prisonnier... dans la plus belle prison du monde !... Ah je resterais là immobile... Je fais :
« Oui ! Oui ! Yes !... Yes !...  »
Je veux bien tout ce qu'elle veut. Elle veut que je reprenne du thé... Je me remplis, je me gave... mais c'est elle qui me fait lever... elle me fait venir à la persienne... Elle veut me faire voir quelque chose... là dans la persienne... dans le lierre... Ah ! oui ! je vois dans la lueur... l'interstice... le tout petit oeil du moineau... Ah ! il guettait bien lui aussi !.. couii !... coui... si il la voit ! ça c'est vraiment extraordinaire ! un gros moineau ébouriffé et hardi en somme ! comme elle !... il attendait... il épiait... il nous jetait son petit oeil rond à travers la fente... minuscule oeil tête d'épingle... tout noir luisant et couic ! couic ! couic !...
« Il attend aussi »
Elle me renseigne... Ça c'était pour que je comprenne... que je soye aussi patient que le piaf. Elle rit.
C'est drôle à tant de payes de distance, de l'autre siècle pour ainsi dire, j'y pense toujours à ce piaf... C'est elle qui me l'a fait voir... Quand je vois une persienne, du lierre, j'y pense toujours à son petit oeil... Ah ! il vous reste pas grand-chose, quand on réfléchit, de toute une vie de micmacs, foires et promesses à se rappeler, je veux dire de choses agréables... c'est infime en somme... les occasions fourmillent pas... Chacun peut se rendre compte... Moi ce petit piaf-là c'est quelque chose que je me souviens toujours heureux... je voudrais pas qu'il s'envole... il partira quand je serai plus...

Louis-Ferdinand Céline, Guignol's band II, Pléiade, pp. 334-335.
Disponible sur Amazon.fr.


mercredi 2 juillet 2014

Le Bulletin célinien n°365 - juillet/août 2014

Vient de paraître : Le Bulletin célinien n°365. Au sommaire :

- Marc Laudelout : Bloc-notes [Société des études céliniennes]
- Frédéric Saenen : Les Entretiens avec le Professeur Y au miroir de Sainte-Beuve
- Philippe Alméras : « La littérature à travers Céline » ou les bonheurs et les tourments du célinien discret
- Éric Mazet : Voyages [mars-décembre 1926]

Le Bulletin célinien, c/o Marc Laudelout, Bureau Saint-Lambert, B. P. 77, BE 1200 Bruxelles.
Abonnement annuel : 55 € (onze numéros). Courriel : bulletinlfc@gmail.com

jeudi 26 juin 2014

« Céline, entre génie et provocation » : un numéro hors-série du Monde en kiosque

Sous la direction d'Emile Brami, Le Monde propose un numéro hors-série entièrement consacré à Céline. Vous trouverez au sommaire un portrait de Céline par François Gibault, suivi d'une chronologie. Une large place est laissée à l'écrivain avec une sélection d'extraits de l'ensemble de l'oeuvre par Emile Brami ; un entretien avec Henri Godard par Florent Georgesco précède un portfolio de dessins de six illustrateurs des livres de Céline : Marc Dautry, Jacques Tardi, Eliane Bonabel, Claude Bogratchew, Clément Serveau et Gen Paul. Une rubrique « Débats », principalement alimentée d'archives et de textes déjà publiés, expose les points de vue d'Hanns-Erich Kaminski, Emile Brami, Pierre-Antoine Cousteau, Julia Kristeva, Philippe Muray, Jean-Pierre Martin, Eric Melchior, Jérôme Sulim et Pierre Assouline. Et pour terminer, un éventail de personnalités viennent rendre hommage à l'écrivain : Yann Moix, Jean-François Balmer et Delfeil de Ton nous offrent un article écrit pour l'occasion ; Trotski, Jules Rivet, Pierre Bergé et quelques autres apportent leur contribution avec des textes parus entre 1933 et 2003...


 Le Monde hors-série « Une vie, une oeuvre » (juillet-août 2014)
Le numéro 7,90 € en kiosque ou sur



Présentation de l'éditeur
 Céline est toujours vivant : sans cesse réédité, il est aussi l’un des auteurs français les plus traduits. Entre morgue et provocation, il affirmait avoir démodé tous les écrivains de son temps. Et il avait raison. Il y a, en littérature, un avant et un après Céline. Mais ses pamphlets antisémites jettent sur l’œuvre une ombre qui fait qu’on ne peut l’admirer sans s’interroger. Ainsi, vouloir lui rendre hommage dans ce hors-série reste un exercice périlleux. C’est autour de ce constat que s’articulent les contributions que Le Monde publie, en particulier celles de Pierre Assouline, Delfeil de Ton, Jean-Pierre Martin, Yann Moix et de Jean-François Balmer, où chacun fabrique son Céline, avec une certitude : le bonheur de l’avoir lu et relu.
Le portrait
Auteur d'une biographie de Céline en trois tomes, François Gibault retrace les grands chapitres de La Vie et de l'œuvre de l'écrivain, d'un de ses premiers textes, La Vie et l'Œuvre de Philippe Ignace Semmelwels, rédigé pour sa thèse alors qu'il était étudiant en médecine, à Rigodon, le dernier opus de la « trilogie allemande ». Il met également en perspective le pamphlétaire dont les textes doivent se lire comme ceux d'un homme selon lui « chargé de haine pour les juifs mais aussi pour l'humanité tout entière ».
L’œuvre
Les extraits de textes proposés dans ce hors-série procèdent d'un choix subjectif mais rendent compte de l'œuvre de Céline. On y retrouve toujours la même voix ; entre les romans, les pamphlets ou les chroniques de la « trilogie allemande », seul le ton diffère. Au-delà des polémiques suscitées par l'écrivain, notre intention est de faire éprouver au plus grand nombre le plaisir intense et l'émotion que procure la lecture des romans et d'assurer ceux qui ne l'ont pas encore lu qu'ils ignorent le bonheur que les attend.
L'entretien
Spécialiste du roman français du XXe siècle, Henri Godard a consacré une partie de sa vie à l'étude et à l'édition, notamment dans « La Pléiade », de l'œuvre de Céline. Il a raconté dans son dernier ouvrage, À travers Céline, la littérature (Gallimard), sa recherche de la bonne distance avec l'écrivain, entre horreur morale et enthousiasme littéraire. Dans l'entretien que nous publions, il évoque ce qu'il reste à découvrir sur une écriture et un imaginaire devenus à ce point familiers. L'essentiel, peut-être, selon lui.
Débats et hommages
Il est difficile de ne pas admirer Louis-Ferdinand Céline, mais comment ne pas la haïr ? C'est autour de cette question que les textes prédentés dans les parties « Débats » et « Hommages » s'organisent, avec en toile de fond le bouleversement radical imposé à la langue par l'écrivain. Parmi les textes proposés, nous publions les contributions originales de quatre auteurs, Pierre Assouline, Delfeil de Ton, Jean-Pierre Martin et Yann Moix, et du comédien Jean-François Balmer. Des approches très différentes, chacun fabriquant son Céline.
Et aussi : chronologie, portfolio, lexique, bibliographie.

mercredi 25 juin 2014

« Au miroir de Céline » : Henri GODARD sur France Culture (2014)

« Au miroir de Céline », dernière partie de l'émission « La Grande Table » diffusée sur France Culture le 19 juin 2014. Invité : Henri Godard pour À travers Céline, la littérature (Gallimard, 2014).




A lire :
> "Lectures d'enfance" par Henri Godard
Interview par Joelle Smets (Le Soir, 2011)
> Entretien avec Henri Godard (Le Nouvel Observateur, 2011) 

A écouter :

mardi 24 juin 2014

Louis-Ferdinand CÉLINE mort et vif...! (RTBF, 2014)

Émission "Un jour dans l'histoire" diffusée sur les ondes de la radio RTBF La Première le 19 juin 2014. Animation Laurent DEHOSSAY. Invité : Jacques JOSET de l'Académie Royale de Belgique et Professeur à l'Université de Liège, auteur de Louis-Ferdinand CÉLINE mort et vif...! (2014).





A écouter :
> Conférence : « Louis-Ferdinand CÉLINE mort et vif...! » (Bruxelles, 2013)

mercredi 18 juin 2014

Vente d'une correspondance inédite de CÉLINE à Mme BAILLES le 5 juillet 2014 à Marseille

Mme Bailles, « Toulousaine, demeurant 21, place Dupuy, a été destinataire en janvier 1950 d'un acte d'acquittement de la Société Denoël ». C'est tout ce que l'on savait de cette mystérieuse correspondante jusqu'à aujourd'hui grâce au Dictionnaire de la correspondance. Le 5 juillet prochain à Marseille sera proposée à la vente par l'étude Dianous-Diard une série de neuf lettres inédites de Céline adressées à cette Madame Bailles (et une lettre à un destinataire inconnu) datées de juin 1947 à 1950 (1), « accompagnées de quatre enveloppes seulement aux timbres grossièrement arrachés » selon Jacques d'Aspect, expert de la vente, qui a retranscrit cette correspondance ; à laquelle vient s'ajouter un Mémoire en défense de L.-F. Céline composé de 10 feuillets dactylographiés datés du 6 novembre 1946.

Ce sont donc des lettres envoyées pendant la période d'exil de Céline au Danemark, dans lesquelles on retrouve un Céline souffrant de son déracinement forcé et où il se remémore quelques souvenirs consolant comme « ses études au laboratoire maritime de Roskoff » ou d'autres parfois plus ou moins « évaporés dans le temps ». Avouant au détour d'une phrase que les hommes réalisent souvent des « sottises politiques », c'est aussi le moment pour Céline, il le fera souvent, de distiller quelques conseils à sa correspondante :
« Ne quittez pas la France — coûte que coûte - accrochez vous – Il n’y a d’esprit pour nous que là, celtes - et de salut - Seulement évidemment avec des accommodements – avec le diable ! Ah il faut penser à lui – Si j’ avais a refaire ma vie comme je saurais bien m’arranger - J’écrirai un livre de bonheur de ma tombe ! »
Ou ses recommandations de santé qui ne sont pas sans nous rappeler celles données avant guerre à quelques amies étrangères :
« il ne faut tomber ni dans l’alcool ni dans les toxiques - ! ça n’arrange rien et aggrave tout - Il faut surtout je pense essayer de beaucoup dormir – on ne dort jamais assez longtemps assez profondément – le sommeil est vraiment la seule source de bonheur - Il donne seul la force de supporter la vie »
Aussi, plusieurs thèmes récurrents dans la correspondance célinienne reviennent dans cet échange avec Mme Bailles, comme l'argent :
Lettre de Céline à Mme Bailles du 20 juillet 1948
« La vie est hors de prix partout c’est le standard mondial la France peut se suffire toujours a elle même. c’est encore le pays où il fera le mieux vivre tout considéré, a condition de ne pas rêver Packard, chasse à courre, et diamants du Cap »
La sexualité :
« Foutre ! beauté, rigolade, affection sont plus importants que sexe ! Truc de mouches – Je serais même bien partisan que les femmes couchassent toutes ensemble par hygiène - Repos des hommes, bonheur des dames ! »
 La médecine :
« Si je n’étais pas entré dans la médecine par la toute petite porte […] j’aurais fait un psychiatre »
Il rappellera enfin son amour des danseuses et en particulier son attachement profond à Lucette : 
« ange de beauté, de vaillance, et grâce », « le coeur en personne - et sur la main »

Notes
1 - Dates rectifiées à la lecture de L'Année Céline 2013 (Du Lérot, 2014).

Samedi 5 juillet 2014
14h30
Marseille Enchères Provence
51, rue Alfred-Curtel -13010 MARSEILLE
04.91.79.05.11 - Courriel : g.dedianous@wanadoo.fr

Expert
Jacques d'Aspect - “L’Atrium” Saint-Barnabé-Village - 13012 MARSEILLE
04 91 85 36 55 – 06 20 72 19 88 - daspect.jacques@neuf.fr

mardi 17 juin 2014

Émile BRAMI sur Radio Libertaire (2008 & 2010)









Souvenirs du Paris d'après...

Les lendemains de la Libération ont été pour de nombreux français des années grises, des années de pénurie et du quotidien difficile. C'est ce qui est arrivé à Chantal Le Bobinnec qui a décidé de nous conter ces « années cabossés » de 1945 à 1957. 

Famille désunie et éparpillée à travers la France, la jeune fille de 21 ans se retrouve seule à Paris. Commence une sorte d'errance entre petits boulots comme il n'en existe plus et aventures sans lendemain.

Pour s'éloigner des tickets de rationnement et de la grisaille du quotidien, Chantal Le Bobinnec se tourne vers la musique, ce qui l'amènera très vite à fréquenter Montmartre, qu'elle découvre, les cours de guitare du célèbre Alexandre Lagoya, et l'atelier du peintre Gen Paul. « L'Araignée », c'est le surnom que lui colle Gégène, découvre Céline grâce à lui par la lecture de Voyage au bout de la nuit, apprend très vite les distances qu'ont pris les deux hommes et nous raconte le « coup de Trafalgar » que fût pour Gen Paul la sortie de Féerie pour une autre fois. Elle se plaît dans ce « cirque permanent » qu'est l'atelier et s'amuse à voir défiler tout cet aréopage hétéroclite.

Sans larmoiements mais avec humour (vous apprécierez Marcel Aymé en déboucheur de gogues) et émotion, Chantal Le Bobinnec nous dresse ainsi le portrait de toute une faune enthousiasmante de parisiens, et réussirait presque à nous rendre nostalgique d'un certain Paris... (MG)


Chantal Le BOBINNEC, Mes années cabossées 1945-1957, Les Ed. de Paris/Max Chaleil, 2014.
Disponible sur Amazon.fr.

lundi 16 juin 2014

Le Bulletin célinien n°364 - juin 2014

Vient de paraître : Le Bulletin célinien n°364. Au sommaire :

- Marc Laudelout : Bloc notes (Henri Godard)
- Henri Thyssens : Une bibliographie des Éditions Denoël et Steele
- Emmanuelle de Boysson : Le manuscrit de Voyage disponible
- M. L. : Le retour de l’agité du bocal
- Éric Mazet : Voyages [mai 1925 – février 1926]
- M. L. : In memoriam André Bernot

Le Bulletin célinien, c/o Marc Laudelout, Bureau Saint-Lambert, B. P. 77, BE 1200 Bruxelles.
Abonnement annuel : 55 € (onze numéros). Courriel : celinebc@skynet.be.

mercredi 11 juin 2014

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°54

Pour recevoir gratuitement par courriel à chaque parution notre lettre d'actualité, laissez-nous votre mail à l'adresse habituelle : lepetitcelinien@gmail.com.

Le Petit Célinien - Lettre d'actualité n°54.
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La bibliothèque célinienne de Paul CHAMBRILLON

Journaliste et critique de théâtre, Paul Chambrillon (1924-2000) est surtout connu des céliniens comme réalisateur d'enregistrements sonores. C'est lui qui fut à l'initiative du double CD Anthologie Céline. Pour ce travail de promotion de l'oeuvre, il nouera avec Céline une sincère amitié qui se dévoilera dans la correspondance qu'il échangera avec l'écrivain. L'étude Kapandji-Morhange organisera la vente le 24 juin 2014 à Drouot de sa bibliothèque, en grande partie célinienne. Vous y trouverez photographies, livres (souvent dédicacés), journaux et coupures de presse des années 30 à 60 et les correspondances avec Céline et de nombreux personnages gravitant dans l'univers célinien : Albert Paraz, Marcel Aymé, Arletty et Michel Simon, Alphonse Boudard pour ne citer qu'eux. Nous reproduisons ci-dessous le texte de présentation du catalogue de la vente disponible en version numérique ici.


Mardi 24 juin 2014 à 14h
Drouot Richelieu Salle 9


La bibliothèque de Paul CHAMBRILLON
La pensée contradictoire au quotidien.
Mais qui était donc vraiment Paul Chambrillon ?

Il fut sans conteste un des plus ardents promoteurs de l’oeuvre de Louis-Ferdinand Céline – autant que défenseur de l’homme – durant les cinquante dernières années. Réalisateur d’enregistrements sonores (sous le pseudonyme de François Gardet, puis sous son propre nom), il fait paraître en 1955 le premier disque réunissant un choix de textes de Céline, dits par Michel Simon et Arletty, et deux chansons de Céline interprétées par l’auteur lui-même. [Disque et Mort à crédit avec envois, photos dédicacées ]
Céline lui sera très reconnaissant d’avoir oeuvré en sa faveur, et l’amitié sincère qu’il portait à Paul Chambrillon transparaît dans les lettres qu’il lui adresse. [Lettres de Céline, dont liste des destinataires]
Critique de théâtre, il n’aura de cesse de suivre de près et de soutenir toutes les adaptations scéniques d’oeuvres de Céline, qu’elles soient le fait de metteurs en scènes reconnus ou de troupes discrètes.
Proche de Marc Laudelout et collaborateur du Bulletin célinien, il s’est toujours tenu informé des publications concernant l’auteur du « Voyage », dont il s’est procuré la majeure partie. Il constitua également des dossiers de presse réunissant des journaux d’époque, ou des coupures, touchant aussi bien l’homme que l’oeuvre. [Présentés]
Dès les années 50, et jusqu’à sa disparition, Paul Chambrillon, avant tout homme de plume, n’a jamais hésité à réagir par courrier ou par voie de presse, à toutes les critiques ou jugements dont Céline a pu faire l’objet.
Toute l’activité de Paul Chambrillon fut de près ou de loin empreinte de l’oeuvre de Céline et de l’univers célinien. Il fut l’ami d’Albert Paraz, et à ce titre obtint de Céline un texte d’hommage qu’il fit paraître peu après la disparition de l’auteur du Gala des vaches. [Texte autographe de Céline ; photos livres dédicacés, lettres de Paraz]. Il portait un vif attachement aux auteurs qui pratiquaient une langue verte, ceux qui ne mâchaient pas leurs mots, ceux qui témoignaient d’un monde attachant, tels Pierre Mac Orlan, ou le très original Renzo Bianchini avec lequel il entretint une importante correspondance. [lettres dans ce catalogue]
Proche de Marcel Jouhandeau également, durant de longues années, il réalisera en 1960 un disque 33 tours dans lequel l’écrivain lui-même dit ses textes ; un important ensemble d’ouvrages dédicacés par l’auteur à Paul Chambrillon, ainsi que quelques manuscrits de Jouhandeau, sont présentés ici pour en témoigner.
Il goûtait également l’art brut et fut proche du peintre et poète Robert Tatin. [importantes lettres illustrées par R. Tatin].
Enfin, cette vente offrira l’occasion de découvrir une autre amitié de Paul Chambrillon : celle qui le lie à Alphonse Boudard. À travers un ensemble de lettres de l’écrivain, sans doute les toutes premières de sa carrière, on assiste à la naissance de Boudard romancier. Les doutes, puis l’enthousiasme de l’écriture, même dans des conditions de vie difficiles, la rédaction des deux premiers romans, « La métamorphose des cloportes », puis « La cerise », l’enjeu du succès et de la reconnaissance, tout y est décrit avec une généreuse franchise, et bien sûr dans le langage très vivant d’Alphonse... Cet exceptionnel ensemble de lettres inédites, c’est « Boudard avant Boudard ».
La bibliothèque de travail du grand critique que fut Paul Chambrillon rassemble pêle-mêle un amoncellement considérable d’ouvrages qui peuvent sembler « accumulés en vrac », mais qui furent surtout de véritables compagnons de route pour celui dont le métier était de commenter et souvent de soutenir le travail de ses contemporains. La littérature, la poésie tout autant que le théâtre y tiennent une place de choix mais ils sont entourés de fictions policières et de publications et d’essais de criminologie qui ont aussi passionné Paul Chambrillon comme reflets de la misère humaine au sens célinien. [Elle sera dispersée en lots en fin de vente.]
Sans prétendre à une exhaustivité complète, il est notable que les opinions et tendances présentées dans les documents de la bibliothèque sont souvent contradictoires entre eux et sans aucun doute aussi avec les positions personnelles de Paul Chambrillon, illustrant son goût pour la controverse et peut être pour le paradoxe. Tous ces documents vont désormais être livrés à de nouveaux lecteurs et suivre une nouvelle route. Cette circulation des idées et leur confrontation à l’esprit du 21e siècle sont en accord avec ce pour quoi Paul Chambrillon a oeuvré pendant sa vie littéraire et gageons que cette nouvelle vie offerte à sa sélection personnelle lui aurait plu.

mardi 10 juin 2014

Henri GODARD sur Fréquence Protestante (2014)

A l'occasion de la sortie d'À travers Céline,la littérature, Henri GODARD était l'invité de Charles FICAT pour l'émission "L'amour des livres" diffusée le 7 juin 2014 sur Fréquence Protestante :




A lire :
> "Lectures d'enfance" par Henri Godard
Interview par Joelle Smets (Le Soir, 2011)
> Entretien avec Henri Godard (Le Nouvel Observateur, 2011) 

A écouter :
> Séminaire de l'IHA (2012)


dimanche 8 juin 2014

Vient de paraître : Céline à 20 ans, Au front en 1914 : le début du Voyage de Louis-Paul ASTRAUD

Les éditions Au diable vauvert publient dans leur collection « à 20 ans »,  Louis-Ferdinand Céline à 20 ans, au front en 1914 : le début du Voyage de Louis-Paul Astraud, une synthèse des années de jeunesse de l'écrivain. Ce travail biographique couvre donc les périodes de ses petits boulots parisiens et niçois, son entourage familial, ces voyages en Allemagne puis en Angleterre, son engagement dans l'armée en 1912, la guerre et l'Afrique jusqu'à sa soutenance de thèse de médecine en 1924.


Louis-Paul Astraud,
Céline à 20 ans, au front en 1914 : le début du Voyage, Au diable vauvert, 2014.
Disponible sur Amazon.fr.


 
Quatrième de couverture 
Avant Céline, il y a Louis, un garçon intelligent et fantasque qui, doté de parents aux ambitions trop étriquées pour son appétit de vivre, s'engage dans l'armée. Alors qu'il n'a que 20 ans en 1914, son expérience au front le marque à jamais. Elle le laisse sans illusions dans un monde dont il a constaté le cynisme. Désormais il n'en fera qu'à sa tête, vivra de divers trafics, une année à Londres, une autre au Cameroun. Dans un comptoir de brousse, il découvre la médecine. Mais comment devenir médecin sans argent ni diplôme ? Armé de sa jeunesse, il s'affranchit du passé, se tourne vers le littérature et invente ce style inédit qui va faire de lui l'écrivain le plus marquant de son époque, précurseur de la modernité littéraire.


Dans la presse :
> MyBoox, 11 juin 2014

samedi 7 juin 2014

Échos céliniens...


> Jusqu'au 15 juin, exposition « Gen Paul, intime » à Paris à la galerie Roussard. www.roussard.com

> Une lecture italienne de Mea culpa par Elisabetta Fadini accompagnée au violon et piano (2013) est à écouter sur http://lf-celine.blogspot.fr.

> 6 800 € : c'est le prix que propose la librairie Le Feu follet pour une édition originale de Normance, un des 45 exemplaires numérotés sur Hollande, tirage de tête. www.edition-originale.com. 

> La chaîne slovène Ars 3 a consacré une émission à Céline le 29 mai 2014. A réécouter sur http://ars.rtvslo.si/ 

> François Gibault répond aux questions de Julien Mucchielli pour Dalloz Actualité, « le quotidien du droit » : www.dalloz-actualite.fr.

> Arthur Larrue proposera une « leçon » autour de Céline et du Voyage le 18 juin prochain à 19 h à la librairie la Manœuvre (58 rue de la Roquette, 75011). http://remue.net/

>  "Céline romancier a gagné la partie", un article de Jacques Franck publié le 30 mai 2014 sur www.lalibre.be.

> Denis Lavant jouera du 5 au 27 juillet 2014 au Festival Off d'Avignon « Faire danser les alligators sur la flûte de pan », un spectacle écrit par Emile Brami à partir des correspondances de Louis-Ferdinand Céline. Mise en scène Ivan Morane. Reprise du spectacle donné en 2011 et 2012. www.chenenoir.fr.

> « Faire bouillir le chevreau dans le lait de sa mère », spectacle composé par Mikaël Hirsch et Emile Brami à partir de textes de Marcel Proust et Louis-Ferdinand Céline sera joué par Ivan Morane du 6 janvier au 28 février 2015 au théâtre Les Déchargeurs (3, rue des déchargeurs, 75001 Paris). www.lesdechargeurs.fr.

> Charles Ficat recevra Henri Godard le samedi 7 juin 2014 à 17h sur Fréquence Protestante.

mardi 3 juin 2014

Un nouveau voyage avec Céline : le manuscrit original de Voyage au bout de la nuit

Les éditions des Saints-Pères éditent ce qui constituera sans conteste l'évènement éditorial de l'année : la publication du manuscrit original de Voyage au bout de la nuit.

Un manuscrit qui a une histoire devenue presque mythique. Vendu par Céline en 1943 au marchand d'art parisien Etienne Bignon, il va disparaître pendant soixante ans. C'est seulement en 2001 que le célèbre libraire Pierre Berès fera ressortir, dans un voile de mystère, (le volume aurait été conservé par un collectionneur anglais) « l'ours» de Céline.

Acheté à l'écrivain 10 000 francs avec un petit tableau de Renoir, il atteindra le chiffre record de 12 millions de francs lors de la vente aux enchères du 15 mai 2001. C'est la Bibliothèque Nationale de France, en faisant jouer son droit de préemption, qui permettra au chef-d'oeuvre littéraire de revenir dans le giron national.

La version que propose l'éditeur est la première version manuscrite du roman de Céline, avant les dernières corrections apportées sur une version dactylographiée. Cette reproduction du manuscrit restauré est donc bien différente de la version publiée chez Denoël en 1932 : des mots ont été changés, des phrases modifiées, des chapitres entiers remodelés, le syle a évolué, Céline « abandonnant les conjonctions, privilégiant les juxtapositions », analyse Henri Godard. « Il a injecté les tics de l'oralité dans l'écrit » pour passer « en quelques mois du bon écrivain à l'écrivain de génie ». C'est en quelque sorte un nouveau voyage à accomplir à travers ces quelques mille pages fidèlement reproduites...

Jessica Nelson, des éditions des Saints-Pères, tient à préciser que le volume « n'est pas un fac-similé » mais que chaque feuillet a été numérisé puis restauré « comme un tableau, afin que le lecteur ait l'impression, en ouvrant le livre, que Céline vient tout juste d'écrire ces pages ». Si ce travail s'est révélé très couteux pour l'éditeur, le résultat pour le lecteur est fascinant : vous y découvrirez l'écriture (lisible) de Céline à l'encre noire sur le fond blanc de feuilles vierges ou parfois à en-tête de sanatorium ou d'association d'assistance aux « tout petits », l'évolution de cette écriture plus ou moins relâchée, ses ratures, ses reprises et corrections, ses numérotations aux crayons bleus ou rouges...

Le tirage annoncé est très restreint : 1 000 exemplaires numérotés d'une numérisation présentée dans un luxueux et imposant coffret (25x35cm), rapidement augmenté d'un second tirage lui aussi limité à 1 000 exemplaires imposé à l'éditeur par le succès rencontré avant même la sortie officielle du 2 juin. Un très bel objet bibliophilique qui sera très probablement vite épuisé et saura attirer collectionneurs et spéculateurs avertis... 

M.G.
Le Petit Célinien, 3 juin 2014 

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT
Manuscrit 
Editions des Saints Pères, 2014
1040 pages, 4 kg, format 25 cm x 35 cm x 7 cm
ISBN : 978-2-9542687-4-3
Prix : 249 € sur 

Dans la presse :
> Le Salon littéraire, 10 mai 2014
> Le Point, 12 mai 2014
> Le Parisien, 12 mai 2014
> Aleteia, 13 mai 2014
> ActuaLitté, 14 mai 2014
> Le Figaro Littéraire, 15 mai 2014
> AFP, 15 mai 2014
> Radio Classique, 14 mai 2014
> ActuaLitté, 2 juin 2014
> France Inter, 3 & 4 juin 2014
> Le Pariser, 4 juin 2014
> France Info, 14 juin 2014
> France Inter, 24 juin 2014
> Le Nouvel Observateur n°2593, 17 juillet 2014
> La Fringale culturelle, juillet 2014