mardi 18 décembre 2012

Sélection des faits de langue et style parlé : la prévisibilité phrastique chez Céline par M.-A. WATINE

Cette communication a été enregistrée dans le cadre du 2e Colloque de l'Association Internationale de Stylistique organisé par le LASLAR du 7 au 9 novembre 2011, qui s'est tenu à la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de l'Université de Caen Basse-Normandie. Marie-Albane Watine est Maître de conférence de Lettres Modernes à l'Université Nice Sophia-Antipolis et membre du laboratoire UMR 7320 Bases, Corpus, Langage. www.unicaen.fr.




Résumé de la communication
Dans les années 1930 s'élaborent en France les cadres syntaxiques d'un style parlé qui envahit non seulement les discours rapportés, mais aussi le récit - c'est ce que G. Philippe appelle le passage à l'âge « vocal » de la langue littéraire. Avec Céline, dans Mort à crédit en particulier, la stylisation du parlé n'opère plus seulement sur les traits lexicaux populaires, mais sur la syntaxe phrastique. Alors que les traits lexicaux populaires, l'hybridation des registres et les fautes grammaticales ont souvent été relevés, c'est la forme des phrases et la sélection qu'elles impliquent par rapport à la syntaxe du français oral que nous souhaiterions étudier dans cette communication.
Avec le développement de la linguistique de l'oral depuis les années 1980, il est à présent loisible de repérer avec précision les sélections opérées par la stylisation célinienne. Certains aspects liés à la temporalité de l'élaboration psycholinguistique du message sont négligés, comme la nomination multiple ou la rupture syntaxique - la rareté de l'anacoluthe par bifurcation est notable. La « petite musique » célinienne joue avant tout aux deux extrêmes de ce que nous appellerons la prévisibilité phrastique, notion que nous essayerons de définir et légitimer.
Certaines structures, comme les détachements à gauche, les clivages, les parallélismes ou la structuration par marqueurs énumératifs mettent en œuvre une hyper-prévisibilité - le lecteur étant guidé, dès le début de la phrase, vers un certain type de déroulement syntaxique et sémantique. Un autre type de phrase célinienne, au contraire, joue sur la sous-prévisibilité phrastique (hyperbates par rallonge, figures d'ajout, séries asyndétiques...).
Ces deux patrons phrastiques miment selon nous des schèmes psycholinguistiques propres respectivement à la production et à la réception des énoncés oraux. Le premier imite ainsi le modèle du sur-guidage de la réception orale et le deuxième le modèle réputé désordonné de la production orale.
Les faits syntaxiques propres à la langue parlée subissent ainsi un filtrage, au moment de la fixation d'un patron de style parlé ; ce filtrage évacue certains faits syntaxiques, et privilégie ceux qui ont une prégnance particulière dans la cognition de l'oral, du moins telle que les locuteurs se la représentent ou l'imaginent.

3 commentaires:

  1. J'entrave que dale à son largonji ! ses mots gelés... On doit pas être du même quartier ! J'ai pourtant fait la communale et la Sorbonne ! mais là, pas bézef dans mon répertoire.

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  2. Pourquoi ces jolies dames se tortillent-elles le cul pour parler de cul ? Eh bien parce que le mot "cul" est interdit dans un colloque. Tout le monde s'en fout : ces "communications" ne servent qu'à l'avancement de leur carrière. Tout de même, que veut dire Marie-Albane, que j'aurais certainement, quand j'étais jeune, sollicitée pour une interview de qualité, à propos d'une « prégnance particulière dans la cognition de l'oral » ? Marie-Albane, vous nous faites déjouir !

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  3. Je crois pour ma part, sans etre un érudit de la syntaxe, que tout simplement celine en est venu au langage parlé dans mort a crédit parce qu'il fait parlé un enfant. Ce parlé "enfant" devient le narrateur, celui qui nous parle à l'oreille. Combien ont vu que le langage syntaxique parlé évoluait avec l'age de l'enfant?

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