samedi 2 juillet 2011

Céline, un pamphlétaire en guerre - Radio Suisse Romande - 28 juin 2011

La Radio Suisse Romande a diffusé le 28 juin 2011 l'émission « Entre les lignes », animée par Christian Ciocca. Débat sur Céline avec Pierre-Guillaume de Roux, Jean-Pierre Martin et Jérôme Meizoz. www.rsr.ch


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Céline, un pamphlétaire en guerre
Depuis sa mort, le 1er juillet 1961, Louis-Ferdinand Céline alias Docteur Destouches, a été panthéonisé en meilleur écrivain français du siècle dernier avec Proust. Cette sacralisation fait l’impasse sur l’antisémite forcené, hanté jusqu’à la fin par son racisme biologique. Outre ses pamphlets écrits de 1937 à 1941 que les librairies néo-nazies commercialisent encore, Céline n’a jamais abdiqué sur le front de la rancœur xénophobe dissimulée dans ses romans. Un styliste génial mais pour dire quoi, au fond ?

D’un côté « la petite musique », le « métro lyrique » céliniens et la rupture originale que l’auteur du Voyage au bout de la nuit initia en 1932 dans le champ littéraire francophone. Personne ne peut nier aujourd’hui l’incroyable souffle que Céline injecta dans l’écriture jusqu’à son autobiographie Mort à crédit publiée en 1936 quatre ans après le Voyage. Mais dès l’année suivante, Bagatelles pour un massacre suivi en 1939 de L’École des cadavres et des Beaux draps en 1941 activent la part d’ombre du lauréat Renaudot à travers ses trois pamphlets antisémites d’une violence inouïe. Par ailleurs collaborationniste zélé, Céline travailla étroitement avec le médecin suisse Georges Montandon qui théorisa l’ethno-racisme tout en octroyant durant l’Occupation les certificats d’aryanisation.

Jugé après-guerre après son exil et sa détention au Danemark, Céline ne s’est jamais renié bien que frappé d’indignité nationale pour collaboration active. C’est en rappelant cette peine sur intervention de Serge Klarsfeld que Frédéric Mitterrand a décidé de ne pas célébrer cette année le cinquantenaire de la mort de l’écrivain. En évitant ce faux-pas, le débat sur le rôle de Céline est relancé.

Jean-Pierre Martin ne s’appuie pas seulement sur les pamphlets mais décèle dans Rigodon, le dernier livre, les mêmes phantasmes où l’afro-asiate a, par transposition, pris la place de l’ennemi célinien : le juif. A ce titre, il n’est pas douteux que le pamphlétaire soit devenu durant la Deuxième Guerre mondiale un des petits rouages de la machine génocidaire nazie. Pourtant, ses laudateurs ne manquent pas et les nombreuses études critiques qui lui sont consacrées depuis des décennies renforcent plutôt la dimension géniale du styliste en minimisant sa part de responsabilité.

Jérôme Meizoz, auteur de plusieurs écrits sur la posture de Céline, s’y refuse en insistant sur la contextualisation de l’œuvre et sa dimension aussi bien historique que politique.



Pierre-Guillaume de Roux, éditeur d’une somme de témoignages à charge et à décharge, D’un Céline l’autre, publié dernièrement dans la collection Bouquins chez Laffont, tentera de faire la part des choses dans ce dossier décidément sulfureux qui donne aux mots leurs poids et rend aux écrivains la portée de leurs actes.


Avec Pierre-Guillaume de Roux, éditeur, Jérôme Meizoz, auteur de La Fabrique des singularités (dont Céline) chez Slatkine Edition et Jean-Pierre Martin, auteur de Contre Céline ou D’une gêne persistante à l’égard de la fascination exercée par Louis Destouches sur papier bible, José Corti, 1997.

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