Affichage des articles triés par pertinence pour la requête pamphlets. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête pamphlets. Trier par date Afficher tous les articles

lundi 3 septembre 2012

Publication des Écrits polémiques de Louis-Ferdinand Céline aux éditions Huit (Québec)

Ecrits polémiques - Louis-Ferdinand Céline - Editions Huit - 2012 - Régis Téttamanzi
Les éditions Huit (Québec) viennent d'annoncer la publication d'une édition critique des pamphlets céliniens avant la fin du mois de septembre 2012. En toute légalité, selon Rémi Ferland, responsable des éditions Huit, puisqu'au Canada, une oeuvre tombe dans le domaine public cinquante ans seulement après la mort de l'écrivain, contre soixante-dix ans en France.

Ce volume de 1040 pages regroupe les quatre textes de Céline parus entre 1936 et 1941 : Mea culpa, Bagatelles pour un massacre, L'Ecole des cadavres et Les Beaux draps ainsi que trois autres textes : Hommage à Zola, A l'agité du bocal et Vive l'amnistie, Monsieur !. Ce livre sera tiré à 400 exemplaires et diffusé uniquement au Canada : directement auprès de l'éditeur ou chez les libraires qui l'auront commandé. Impossible donc aux lecteurs français de s'en procurer un exemplaire. Seule solution : le réseau de l'occasion.

Cette réédition a été établie par Régis Tettamanzi, professeur de littérature française du XXè à l'Université de Nantes, et se veut une « une édition critique et scientifique des textes. » Il avait déjà consacré sa thèse de doctorat aux textes polémiques et publié en 1999 aux éditions Du Lérot une Esthétique de l'outrance, Idéologie et stylistique dans les pamphlets de L.-F. Céline, où il proposait alors l'ensemble de l'appareil critique des pamphlets.

M.G.
Le Petit Célinien, 3 septembre 2012

> COMMANDER AUX EDITIONS HUIT
 
 
Sortie : 14 septembre 2012. Prix : 60$.
Octobre 2012 : Déjà épuisé, un second tirage de 600 exemplaires est en cours...

> Télécharger tous les articles parus à l'occasion de cette parution ici.

> Les Entretiens du Petit Célinien (VII) : Régis TETTAMANZI
Les Éditions Huit
747, rue des Mélèzes
Québec (Québec) G1X 3C8
Canada
Tél. : (418) 659-7715
Téléc. : (418) 659-7715

remi.ferland@dgpc.ulaval.ca


Revue de presse : 
> Louis-Ferdinand Céline - Abus de mémoire ? (Le Devoir, 1er septembre 2012)
> Québec : les éditions Huit publieront les pamphlets de Céline (ActuaLitté, 4 septembre 2012)
> Les pamphlets antisémites de Céline réédités au Québec (L'Express, 4 septembre 2012)
> Les pamphlets antisémites de Céline bientôt réédités (bigbrowser.blog.lemonde.fr, 4 septembre 2012)
> Les pamphlets antisémites de Céline édités au Québec (Reuters via NouvelObs.fr, 4 septembre 2012)
> On réédite les pamphlets de Céline au Québec (Le Nouvel Observateur, 4 septembre 2012)
> Céline : réédition d'écrits antisémites (Le Figaro.fr, 4 septembre 2012)
> Les pamphlets de Céline vont être réédités au Québec (20minutes.fr, 5 septembre 2012)
> Les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline réédités au Canada (Le Magazine Littéraire, 10 septembre 2012)
> French-banned author to be republished in Quebec (The Canadians Jewish News, 11 septembre 2012)
> Le Québec réédite les pamphlets antisémites de Céline (Radio-Canada, 11 septembre 2012)
> Les pamphlets de Céline réédités au Québec (Arte, 13 septembre 2012)

dimanche 23 septembre 2012

Les Entretiens du Petit Célinien (VII) : Régis TETTAMANZI

Régis Tettamanzi est professeur et responsable de la section de Littérature française du département de Lettres Modernes à l’Université de Nantes. Il a consacré sa thèse de doctorat aux textes polémiques de Céline et publié en 1999 aux éditions Du Lérot Esthétique de l'outrance, Idéologie et stylistique dans les pamphlets de L.-F. Céline. La surprise de cette rentrée vient de la publication au Canada de la toute première édition critique des pamphlets céliniens.

Vous venez de publier aux éditions Huit, éditeur basé à Québec, une édition critique des quatre textes  « polémiques » de Céline. Comment s'est passée votre rencontre avec Rémi Ferland, responsable des éditions Huit ?
Rémi Ferland avait de toute façon le projet de rééditer les pamphlets au Canada, puisque, depuis le 1er janvier 2012, l’œuvre de Céline est tombée dans le domaine public canadien. Au cours de la phase de préparation, il a pris connaissance du travail universitaire que j’avais effectué sur ces textes auparavant, et a souhaité que je réalise l’édition critique. De mon côté, je me doutais bien qu’un jour il faudrait que je reprenne et actualise mes travaux antérieurs ; mais je ne comptais pas le faire aussi tôt. Rémi Ferland a su me convaincre, d’abord sur le plan scientifique, car c’est un éditeur d’un professionnalisme irréprochable. Mais aussi sur le plan moral, car nous sommes « sur la même longueur d’ondes » à propos de Céline, si je puis dire. Nous l’admirons comme écrivain évidemment ; mais nous condamnons avec la plus grande rigueur l’expression de la haine raciale, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne. De toute manière, en ce qui me concerne, je n’aurais jamais accepté de travailler avec un éditeur qui soit, de près ou de loin, complaisant à l’égard des idées d’extrême-droite.

Quel est l'objectif d'un tel travail ?
Le point le plus important est évidemment qu’il s’agit de la première édition critique des écrits polémiques de Céline. Il ne s’agit pas de « révéler » le texte des pamphlets, j’insiste là-dessus. Comme vous le savez, ces textes circulent depuis longtemps en éditions pirates, et depuis quelques années sur plusieurs sites Internet. Si l’on veut les lire, à l’état brut en quelque sorte, on le peut sans aucune difficulté ; et il va sans dire que je trouve cela extrêmement nauséabond. La différence vient précisément du fait qu’une édition critique est une mise à distance des textes. Elle implique un recul, absolument nécessaire quand on aborde ces écrits-là.
Il y a donc un double objectif : d’abord permettre de lire ces écrits polémiques de manière informée ; c’est l’aspect historique si vous voulez. Replacer les pamphlets dans l’histoire, l’histoire littéraire et culturelle aussi bien, en éclaircissant les multiples allusions à des personnes, des faits, des livres, des œuvres d’art, etc. Souligner aussi, bien sûr, ce que Céline emprunte à ses sources « documentaires » antisémites. Nous sommes un certain nombre de chercheurs (A. Kaplan, P. Roussin par exemple) à avoir insisté sur les relations entre Céline et les groupuscules de l’ultra-droite à la fin des années trente ; à cet égard, cette édition critique est aussi la résultante de ces recherches. Quelle meilleure condamnation du geste raciste, d’ailleurs, qu’un simple regard jeté sur les sources en question ! des brochures ignobles, des journaux d’une médiocrité crasse… Bref, lire ces pamphlets comme des documents historiques, sans dissimuler qu’ils ont leur part de responsabilité dans les mécanismes mentaux, idéologiques, ayant conduit au pire.
Le second aspect est bien entendu littéraire. J’aimerais montrer à travers cette édition qu’on ne peut pas balayer ces textes d’un revers de la main en décrétant qu’ils sont nuls et n’ont aucune valeur littéraire. D’abord, il y a une continuité évidente avec l’œuvre romanesque de Céline, en particulier à travers la figure du locuteur, et Céline s’emploie à souligner cette continuité. Ensuite, même si bien des pages sont consternantes, non seulement par le contenu mais aussi par la forme, d’autres sont du meilleur Céline. Cela peut choquer beaucoup de lecteurs, mais c’est ainsi. Et ce serait injuste de ne pas le dire. En fait, je voudrais que le lecteur soit sensible à tous les aspects de ces textes, sans en occulter aucun. 

En 1999, vous avez publié aux éditons Du Lérot Esthétique de l'outrance. Idéologie et stylistique dans les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline, en réservant un des deux volumes de l'ouvrage à tout un appareil critique des pamphlets : notes, fiches biographiques, documents, archives, etc. Que pourra trouver le lecteur canadien dans cette édition ?
C’est très différent, il s’agit d’un autre livre. Esthétique de l’outrance était issu de ma thèse de doctorat, soutenue dans les années 1990 devant un jury composé d’Henri Godard, Pierre-Edmond Robert, Jean-Louis Houdebine pour les littéraires, et de deux historiens : Pascal Ory et Me Serge Klarsfeld. Des personnalités irréprochables, comme vous voyez. Ce travail était divisé en deux parties : la première consistait en une mise en contexte historique, qui replaçait les pamphlets de Céline dans leur époque, et les confrontait avec leurs sources documentaires – cette « littérature des officines de propagande », comme je l’appelle parfois ; cette étude se proposait ensuite d’analyser la rhétorique et la stylistique des pamphlets. Cette première partie reste évidemment d’actualité. Si je devais la réécrire, je modifierais sans doute certains points, mais sur le fond, la réflexion que je menais il y a une quinzaine d’années me semble toujours valable.
En revanche les annexes, qui constituent la deuxième partie de cette thèse et donc du livre, étaient devenues obsolètes, pour plusieurs raisons. Les deux annexes les plus importantes étaient un dictionnaire des noms propres et une « annotation » sous forme d’extraits des pamphlets qui me semblaient nécessiter des commentaires. Mais elles avaient été réalisées en l’absence de toute possibilité de réédition, et par conséquent visaient un public de spécialistes. J’avais donc fait l’impasse volontairement sur beaucoup de notes historiques, pour privilégier l’étude des sources, en particulier le terreau ultra-droitier que j’évoquais précédemment. Tel quel, cela faisait néanmoins un très gros livre ; je tiens d’ailleurs souligner le courage de Jean-Paul Louis, le responsable des éditions Du Lérot, qui a toujours soutenu ce travail, et m’a permis de le mener à bien.
Par conséquent, si l’on veut aborder les pamphlets sous l’angle analytique, interprétatif, on peut se reporter au premier volume d’Esthétique de l’outrance. En revanche, Écrits polémiques est désormais l’édition critique de référence sur les pamphlets de Céline. La quantité de notes sur le texte est considérablement plus élevée ; je n’ai pas compté dans le détail, mais il y en a au moins deux ou trois fois plus. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de pouvoir résoudre (avec l’aide de Rémi Ferland) de nombreuses « énigmes » sur lesquelles les chercheurs butaient depuis longtemps.
On trouvera dans cette édition le texte des quatre principaux pamphlets : Mea culpa (1936), Bagatelles pour un massacre (1937), L’École des cadavres (1938) et Les Beaux draps (1941) ; j’ai ajouté trois textes complémentaires, pour montrer la continuité de la parole pamphlétaire chez Céline tout au long de sa carrière : Hommage à Zola (1933), À l’agité du bocal (1948) et Vive l’amnistie, Monsieur ! (1957), dont l’annotation a été complétée. Ce ne sont pas des fac-similés. Les textes ont été établis avec le maximum de précision, en tenant compte des manuscrits pour ceux qui sont connus. L’annotation proprement dite comporte par conséquent un aspect génétique, et, par ailleurs, elle s’attache bien évidemment à relever et à expliquer toutes les allusions historiques, culturelles, littéraires qui grouillent dans ces écrits polémiques ; des notes de langue explicitent également les mots rares (termes médicaux par exemple). À cela s’ajoutent plusieurs annexes, qui ne sont pas les mêmes que celles d’Esthétique de l’outrance ; enfin, pas toutes. Certaines devaient être maintenues, comme le synopsis des pamphlets ou le cahier photographique (les illustrations des rééditions de 1942 et 1943) ; d’autres ont été complétées, comme la table de concordance ; d’autres enfin sont nouvelles : un glossaire des termes argotiques et populaires, une chronologie, plusieurs index et j’en passe. Au total, en comptant l’introduction, on arrive, sur les 1050 pages du volume, à plus d’un tiers de notes. Mais c’était nécessaire. 

En France, une telle édition pourrait-elle voir le jour ? Des projets sont-ils en préparation ?
J’ignore s’il y a des projets en préparation. Mais si c’est le cas, ils auraient du mal, désormais, à éviter le plagiat… En tout état de cause, deux choses doivent être prises en compte. D’une part, la question du domaine public, qui, en France, est de 70 ans après la mort de l’auteur ; en principe, il est donc impossible d’envisager une réédition des pamphlets avant 2031. À cela s’ajoute ce qu’on appelle le « droit moral », qui est chez nous indépendant de la loi sur le domaine public, et non limité dans le temps. En clair : une œuvre qui tomberait dans le domaine public, mais dont les ayants droit ne souhaiteraient pas la réédition, ne pourrait être republiée. Or, au Canada, une œuvre tombe dans le domaine public 50 ans après la mort de l’auteur, et le droit moral est « aligné », si je puis dire, sur cette loi ; les textes juridiques sont très clairs sur ce sujet. Il n’y a donc pas d’obstacle à une réédition des pamphlets dans ce pays.

A la question du « droit moral », du respect de la volonté de l'auteur puis de ses ayants droit, Rémi Ferland répond : « C'est une bonne question ». Quelle est votre position sur ce sujet ?
Je vous l’ai dit : au Canada, le « droit moral » n’est pas perpétuel, il est plus restreint qu’en France. Par conséquent, cette réédition n’encourt aucun reproche à cet égard. Mais je ne voudrais pas pour autant que cette publication apparaisse comme une provocation à l’égard des ayants droit, de Mme Destouches particulièrement, pour qui j’ai le plus profond respect. En réalité, je pense que cette réédition joue non seulement en faveur de Céline, mais aussi de ses héritiers. Je vais peut-être me répéter, mais le « droit moral » n’est pas respecté, quand les pamphlets circulent, soit en éditions d’époque, soit en éditions pirates, soit sur Internet. C’est là qu’est à mon sens la véritable atteinte aux ayants droit. Il me semble que ces derniers devraient au contraire se réjouir de voir ces textes publiés dans une édition qui se distingue (à tous les sens du terme) ; car il ne faut pas se voiler la face : tous ces sites, toutes ces maisons d’édition diffusent les pamphlets de Céline dans un seul but, la propagande antisémite et raciste. Mon travail s’inscrit délibérément contre ces pratiques, en décryptant les textes, en les expliquant, au sens propre (expliquer vient d’un mot latin qui veut dire déplier, exposer). Je serais vraiment heureux si Mme Destouches pouvait en venir à considérer que cette édition est utile à la connaissance que nous pouvons avoir de l’œuvre de Céline ; et que, par conséquent, elle ne nuit pas à la volonté de Céline ni à la sienne. 

Vous avez co-organisé le colloque « Céline à l'épreuve », qui s'est déroulé à Paris et à Nantes les 25, 26 et 27 mai 2011. Était-il important qu'un travail universitaire soit présenté au public l'année du cinquantenaire de la mort de Céline ?
Évidemment. Les commémorations ont ceci de bien qu’elles voient fleurir de nombreuses publications ; mais elles ont pour inconvénient aussi de susciter des travaux sans intérêt, simples compilations qui se complaisent dans l’anecdote (en 1935, Céline portait-il un pardessus ou une gabardine ? information capitale évidemment…) ou enfoncent des portes ouvertes : sur un sujet beaucoup plus sérieux, il est ahurissant de voir encore paraître des livres qui prétendent « révéler ce que tout le monde cache », à savoir que Céline était raciste et antisémite. Franchement, tout le monde (justement) le sait depuis longtemps, non ? Sur ce sujet, il s’agit, non de passer à autre chose évidemment, mais d’aller plus loin.
Pour en revenir à ce colloque international, qui a été organisé en collaboration avec le CNRS et l’Université de Paris-3, je dirais qu’il avait un double objectif, deux volets scientifiques : d’une part établir un bilan des études sur Céline depuis sa disparition, en donnant la parole tant à des chercheurs confirmés qu’à des doctorants qui assurent la relève. D’autre part, tenter de cerner l’influence de Céline sur la littérature contemporaine (pas seulement en France) ; vaste sujet, très complexe, dont on présente ici une première approche à travers des communications scientifiques, mais aussi une table ronde associant des écrivains français d’aujourd’hui : je remercie d’ailleurs Mickaël Ferrier, Hédi Kaddour et Yves Pagès d’avoir fait le déplacement jusqu’à Nantes pour cette intervention.
Je ne suis évidemment pas hostile à une critique littéraire plus « libre », une critique d’humeur comme on disait autrefois. Mais en tant qu’universitaire, je reste attaché à l’idée que la connaissance sur un domaine, sur un auteur, progresse aussi de façon cumulative, par le biais de travaux qui se complètent les uns les autres. C’est sûr, cela prend du temps ; et cela contrevient au « temps court », voire au « temps immédiat » qui est le propre des sociétés contemporaines… Ce colloque est donc une étape dans la réflexion contemporaine sur Céline, rien de plus, mais rien de moins ; les actes seront publiés en 2013.

Revenons maintenant à vos travaux antérieurs, et plus particulièrement à Esthétique de l'outrance. Les différentes biographies consacrées à l'écrivain, ainsi que sa correspondance, mettent en évidence son engagement volontaire dans le combat politique, concrétisé notamment par sa tentative, sous l'occupation, d'unifier les différents partis antisémites. La rédaction des pamphlets répond-elle à la volonté de vulgariser les croyances politiques et idéologiques de l'époque ? 
Hélas oui ! C’est même ce qui m’apparaît comme le plus détestable dans le « geste pamphlétaire » de Céline à partir de 1937. Les officines de propagande dont je parlais tout à l’heure n’étaient que des groupuscules. Il est assez difficile de mesurer l’influence qu’elles ont pu avoir dans la société française de l’époque, mais cette influence était sans doute assez faible. Avec Céline, il s’agit d’autre chose, puisque, de facto, l’antisémitisme bénéficie de la caution d’un auteur connu, bien que controversé. Ce n’est pas tant qu’il met à la portée du plus grand nombre des idées qui seraient confidentielles : l’antisémitisme, comme vous savez, était malheureusement répandu largement avant la guerre. Non, il lui donne une légitimité, du fait de son statut d’écrivain. Pire encore : il met cette langue extraordinaire, forgée dans Voyage au bout de la nuit et dans Mort à crédit, au service de la haine. Ce style qui brise tous les tabous, qui démonte les idoles, qui détruit toutes les fausses illusions, et qui de plus nous fait rire, bref, cette langue qui a libéré d’une certaine façon le français écrit, elle tombe maintenant en servitude. Il y a une lettre terrible, adressée par Céline en 1938 au responsable d’une officine de propagande : en substance, il lui explique qu’il faut rendre l’antisémitisme populaire, c’est-à-dire renoncer à une phraséologie savante, type « racisme scientifique », pour se mettre au niveau du public moyen. Pour ma part, c’est vraiment une des choses que je lui pardonne le moins. Et je précise : les trois principaux pamphlets (Bagatelles, L’École, Les Beaux draps) sont impardonnables en tant que tels ; mais ceci plus particulièrement. 

Le style « ordurier » des pamphlets est-il à l'origine de l'accueil mitigé de Bagatelles pour un massacre par certains milieux de l'ultra-droite ?
Il faut distinguer deux choses. Les pamphlets ont été bien accueillis dans l’ensemble, par ces forcenés d’extrême-droite. Ils se reconnaissaient dans les « idées » de Céline, et pour cause : c’étaient les leurs. Mais effectivement, on sent chez certains d’entre eux des réticences liées à l’emploi d’un vocabulaire du bas corporel. À mon sens, il y a aussi autre chose : dans cette mouvance idéologique, il est nécessaire de parler et d’écrire un « bon français », afin de « rénover la France », de « restaurer les vraies valeurs ». Par conséquent, Céline contrevient sur deux plans à ce beau programme : en utilisant des termes « orduriers », mais aussi en imposant un style oralisé, à des années-lumière du « bon français », ou du français soutenu qui reste de mise à l’écrit.

Vous recensez dans votre ouvrage les convergences et les différences entre la propagande antisémite de l'époque et ce que l'on peut trouver dans les écrits politiques de Céline. L'anti-christianisme et le racisme biologique seraient les principales « originalités  » de Céline ?
Je ne dirais pas cela, et je nuancerais un peu ce que j’écrivais là-dessus autrefois. Il y a plusieurs « sensibilités » dans l’extrême-droite de l’époque. Même si le vieux fond antisémite chrétien y reste très répandu, il existe également un antisémitisme agnostique, voire athée, auquel on peut rattacher Céline. Il faut préciser que certains, même s’ils ne sont pas du tout croyants, peuvent parfois reprendre les références à la religion pour des raisons de circonstances, par opportunisme si l’on veut. Ce n’est jamais le cas de Céline, bien entendu, pour qui la question de Dieu ne se pose pas.
Quant au racisme biologique, j’ai longtemps été d’accord sur ce point avec certains chercheurs, mais je serais plus mesuré aujourd’hui. Il me semble que, là-dessus non plus, Céline n’invente pas grand-chose. Il reprend des idées éventées qui sont apparues au XIXe siècle, dans le sillage de l’anthropologie naissante, de l’eugénisme, et du darwinisme social. Ce racisme « scientifique » à fondement biologique, on le trouve par exemple chez Vacher de Lapouge, et bien sûr chez Montandon un peu plus tard. Il serait nécessaire d’en reprendre un peu la genèse intellectuelle.

Les arts, notamment la danse, sont présents dans les pamphlets. Quels rôles peuvent jouer les trois ballets dans Bagatelles pour un massacre ?
C’est une question très complexe. Les deux premiers (La Naissance d’une fée et Voyou Paul. Brave Virginie) figurent dans la première séquence, l’ouverture du texte ; le troisième (Van Bagaden) clôt le volume. Tous trois ont été écrits indépendamment du pamphlet, et Céline, on en a la certitude, a voulu les faire jouer. Il les a proposés à l’Opéra, à l’Exposition internationale de 1937, et même à l’étranger ; mais sans succès. Très rapidement, on pourrait distinguer plusieurs niveaux d’interprétation : d’abord, les ballets représentent les « bagatelles » du titre, c’est explicite dans le texte à un moment donné, noir sur blanc. Par conséquent, ces ballets font partie de ces choses que le pamphlétaire dresse en vain (bagatelles !) face au massacre, c’est-à-dire à la guerre qui vient. Mais ce n’est pas si simple. En effet, si l’on regarde ces petits textes en détail (cela a été fait il y a longtemps par des chercheurs, j’en donne les références dans l’édition), on s’aperçoit aussi qu’ils véhiculent certaines obsessions de Céline, à l’égard des étrangers par exemple. Et dans le même temps, j’insisterais sur ce point, ces ballets disent autre chose : sur la beauté du monde, sur la fragilité des êtres, sur le danger qui menace toute création. Ils sont donc ambigus, au sens le plus fort du terme. Rappelez-vous qu’ils ont été publiés après la guerre, en 1950, sous le titre Ballets sans musique, sans personne, sans rien. Céline considérait donc qu’ils pouvaient être réédités sans dommage, bien qu’ils fassent partie de ses écrits polémiques. Je ne pense pas qu’il faille lui supposer quelque intention sournoise ; les ballets représentent incontestablement une part de son imaginaire, et cette part ne se réduit pas, loin s’en faut, aux aspects les plus douteux de celui-ci.

Pouvez-vous nous présenter le concept de « macro-phrase » ? N'est-ce pas, avec la pratique du néologisme, notamment adverbial, la principale caractéristique du style célinien ?
Je n’ai pas inventé la notion de macro-phrase, qui figure dans un article d’un linguiste appelé François Richaudeau. Je m’en étais servi pour des raisons pratiques dans Esthétique de l’outrance, mais toute terminologie est en réalité discutable. Il faudrait peut-être aujourd’hui redéfinir de façon plus précise cet aspect, qui, effectivement, est la marque propre du style de Céline après la guerre. On en trouve cependant des exemples dès Mort à crédit. Il s’agit de ces phrases qui ne s’articulent plus selon les modalités habituelles de la grammaire et de la syntaxe, mais sont constituées de segments, le plus souvent courts, séparés par des points d’interrogation ou d’exclamation, ou encore par les fameux « trois points ». Leur particularité, de plus en plus évidente au fur et à mesure que l’œuvre de Céline s’est développée, vient aussi du renoncement au système des majuscules / minuscules. C’est très perturbant à la lecture, cela bouleverse complètement nos habitudes. On a l’impression d’un discours atomisé, disséminé, et la notion même de phrase « traditionnelle » tend à disparaître. Je connais des lecteurs, y compris des amis proches, qui ont bien du mal avec ce type d’écriture. Mais selon moi, c’est vraiment par là que Céline se révèle un inventeur de langue, un inventeur dans la langue. On pourrait employer également l’expression de phrase hypersegmentée, qui est plus proche de l’effet produit sur le lecteur.
Quant au néologisme, il est également très important chez Céline, mais je ne le restreindrais pas à l’adverbe ; toutes les unités constitutives de la langue sont concernées : substantifs, verbes, adjectifs. Et il faut bien le dire, les pamphlets sont de tous les textes de Céline ceux dans lesquels les néologismes sont les plus nombreux et les plus inventifs. Ce qui s’explique assez bien, car Céline n’y est pas assujetti à la narration d’une intrigue, il peut donc se concentrer sur la langue elle-même. Mais je m’empresse de dire que, si ces néologismes sont parfois inventés pour le meilleur, ils le sont la plupart du temps pour le pire, quand ils servent à attaquer les juifs ou les autres cibles de Céline ; ce qui les discrédite complètement, bien sûr. Tant d’intelligence et de sensibilité à la langue, gâchées, abîmées ainsi…

Quelle est la place des pamphlets dans l'évolution stylistique de Céline ? Selon vous, il y aurait continuité plus que rupture ?
Oui, si l’on pense à ce dont nous parlions plus haut : la posture du locuteur, ou la présence des phrases hypersegmentées. Mais il ne faut pas perdre de vue que, dans les pamphlets, il y a aussi des procédés de style qui entravent la libération de la langue : les répétitions par exemple, qui confinent au ressassement, et rendent insupportables tant de passages ; les citations aussi, tellement nombreuses qu’au bout d’un moment, on n’en peut plus ! Egalement un certain type de phrases, énumératives par exemple (cela va avec les répétitions) ; ou bien des espèces de périodes (dans Esthétique de l’outrance, je les avais appelées des « périodes orales-oratoires »), qui font penser à l’éloquence du tribun populaire, du haut de son estrade, en train d’haranguer la foule… Or, cette éloquence-là, c’est précisément celle à laquelle Céline veut tordre le cou dans ses romans ! Pour revenir à l’écriture romanesque, dès Guignol’s band, il a donc dû se débarrasser de certains tics, ou procédés, vers lesquels il avait été entraîné dans les textes polémiques.

Et Féerie pour une autre fois serait le roman-clé (vous parlez de « roman-pamphlet »), le texte qui ferait la fusion entre écriture pamphlétaire et écriture romanesque ?
Il me semble, oui. Surtout dans le premier volume, on ne sait plus très bien où on est, en termes d’espace et de temps, mais aussi de genre littéraire : est-ce un roman ? un pamphlet ? Dès qu’une intrigue romanesque se met en place, aussitôt la voix du locuteur évoque ses problèmes actuels, la prison au Danemark, ses ennemis dans le monde littéraire d’après 1945 ; quelques pages plus loin, c’est l’inverse, et ainsi de suite. C’est d’ailleurs ce qui rend la lecture de ce texte difficile, et explique sans doute le discrédit dans lequel il est toujours. À mon sens, ce n’est pas uniquement pour des raisons liées aux circonstances de sa réception en 1952. Bien sûr, Céline ne renie rien de ses engagements passés, mais en même temps, il revient dans le champ littéraire en usant d’une langue inouïe, d’avant-garde. Il fait tout ce à quoi l’on ne s’attendait pas.

Vous participez régulièrement aux travaux de L'Année Céline. Avez-vous un travail sur Céline en préparation ?
Comme je vous l’ai dit précédemment, les actes du colloque « Céline à l’épreuve » sont en préparation (sortie prévue : 2013). Je songe aussi à réunir en volume un certain nombre d’articles qui sont pour l’instant dispersés dans des revues ou des recueils collectifs.

Propos recueillis par Matthias GADRET
Le Petit Célinien, 23 septembre 2012.

> Télécharger cet entretien (pdf)

> BIBLIOGRAPHIE de Régis TETTAMANZI (pdf, 4 pages)

> Écrits polémiques (editions Huit, Québec, 2012), REVUE DE PRESSE

mardi 1 mars 2011

Faut-il publier tout Céline ? - Les Inrocks - 27/02/2011

Il y a cinquante ans mourait Céline mais pas les polémiques à son sujet. Sait-on seulement de quoi on parle ? Difficile puisqu’une partie de son oeuvre reste tronquée : ses pamphlets antisémites, écrits entre 1937 et 1941, sont interdits depuis l’après-guerre. N’est-il pas temps de les republier pour voir ce que fut une époque, ce que fut vraiment Céline, l’homme et l’écrivain confondus ?

Louis-Ferdinand Céline est mort le 1er juillet 1961. Cinquante ans après, on ne sait toujours qu'en faire. L'avocat Serge Klarsfeld, président des Fils et filles des déportés juifs de France (FFDJF), a récemment exigé et obtenu qu'il soit exclu du programme des célébrations officielles de 2011. Jusqu'à cet été, toute la presse rendra hommage à l'écrivain de génie que fut Céline. Même Nicolas Sarkozy clame qu'il s'agit de son auteur favori : "On peut aimer Céline sans être antisémite, comme on peut aimer Proust sans être homosexuel !" Et Carla aurait fait le pèlerinage jusqu'à Meudon pour baiser la bague de Lucette Destouches, la veuve de l'écrivain.

Mouton noir, auteur sulfureux devenu accessoire chic, écrivain maudit, incompris ou bien salopard, Céline reste la plaie qui fait tache sur le visage de la littérature française. Certains l'adulent en minimisant son abjection, d'autres le vouent aux gémonies en oubliant son style. Car la figure de Céline n'en finit pas de poser une question qui semble encore insoluble pour l'esprit français cartésien : peut-on être à la fois un écrivain révolutionnaire et une ordure antisémite ?

Le problème, c'est qu'aujourd'hui encore, on ne peut en juger : l'oeuvre publiée de Céline est en grande part tronquée. Ses pamphlets nous sont cachés. L'écrivain génial de Voyage au bout de la nuit (1932) et de Mort à crédit (1936) a commis quatre pamphlets, dont trois sont interdits de réédition : Mea culpa (1936, le seul à avoir été republié après la guerre), une charge anticommuniste à la suite d'un voyage de Céline en Union soviétique, et les violemment antisémites Bagatelles pour un massacre (1937), L'Ecole des cadavres (1938), Les Beaux Draps (1941). Bagatelles... étant le plus virulent, le plus abject.

Une interdiction exigée par Céline lui-même
D'aucuns disent que si les idées sont insoutenables, le style de Céline y est magistral. Sauf que comme disait Sartre, on peut aimer un roman écrit par un antisémite, pas un roman antisémite. Mais comment savoir ce que contiennent ces pamphlets puisqu'ils sont interdits ? Contrairement à ce que beaucoup pensent, ils ne sont pas frappés d'une "censure d'Etat" mais d'une interdiction de réédition exigée après la guerre par Céline lui-même, et depuis sa mort, par son ayant droit, sa veuve Lucette Destouches.

A 98 ans, Lucette Destouches vit toujours dans le pavillon de Meudon que Céline avait acquis en 1951 après que Gaston Gallimard lui eut acheté les droits de son oeuvre pour cinq millions de francs. Elle refuse de parler aux journalistes. On rencontre donc son ami et avocat François Gibault, auteur d'une bio imposante de Céline (trois tomes), qui gère les affaires de madame Destouches depuis 1962 :

"Face à l'exigence de Serge Klarsfeld, la réaction de Mme Céline a été d'y voir un événement typiquement célinien : en 1932, le jury Goncourt avait décidé de lui attribuer le prix et une semaine plus tard ils ont changé d'avis ; on a voulu classer la maison de Céline, puis on a décidé le contraire ; enfin on l'inscrit dans la liste des célébrations officielles puis on l'en retire. De toute façon, Céline n'avait rien à faire sur cette liste. Ce n'est pas un écrivain pour musées et autres célébrations. Il a toujours fait cavalier seul."

A la disparition de Lucette Destouches, c'est probablement François Gibault qui deviendra le légataire de l'oeuvre de Louis-Ferdinand Céline. "Comme Mme Céline, je suis contre la réédition de ces pamphlets. Ce serait même de la provocation, car ce sont des livres de circonstance écrits à une époque donnée. Je ne défends en rien les idées de Céline mais il faut rappeler le contexte historique très particulier. La majorité des Français et beaucoup d'écrivains étaient antisémites, il était très courant de l'être et d'exprimer ce type d'opinions. Céline naît avec l'affaire Dreyfus et il a toujours entendu ses parents tenir ce type de propos contre les Juifs. Lucette, qu'il rencontre en 1935, lui a toujours dit qu'il avait tort d'écrire ces pamphlets, qu'il aurait dû se consacrer à ses romans. Quand il les a écrits, Céline ne connaissait pas l'existence des camps de concentration. Il n'en aura connaissance qu'après la guerre, comme la majorité des Français."

"Pour bien rire dans les tranchées"
Pourtant, il avait connaissance de la rafle du Vél' d'hiv', et devait bien se douter qu'on n'arrêtait pas les Juifs pour organiser un bridge. Or c'est dans ce contexte, après la rafle, qu'il autorisera non seulement la réédition de Bagatelles... deux fois pendant l'Occupation, en 1942 et 1943, chez l'éditeur antisémite et collaborationniste Robert Denoël, mais ira même jusqu'à écrire personnellement à un occupant allemand, Karl Epting, lui demandant du papier pour la réédition de ses pamphlets. Bagatelles... sera un succès commercial effarant, se vendant à 86 000 exemplaires. "Difficile de mesurer exactement l'influence qu'a eue Céline sur l'esprit des Français avant et pendant la guerre, explique l'historien Zeev Sternhell, spécialiste du fascisme en France. Cette influence peut se mesurer au nombre d'exemplaires vendus, d'autant que Céline jouissait déjà du statut de grand écrivain depuis la publication de Voyage au bout de la nuit. Les gens ont voulu lire ses pamphlets. Sa responsabilité est donc très grande. En revanche, il avait une place spéciale parmi les autres écrivains antisémites. Ses pamphlets étaient d'une virulence peu commune, même par rapport aux grands classiques de l'antisémitisme, de Drumont à Maurras."

En se plongeant dans le passionnant recueil de la réception critique de Bagatelles pour un massacre, on plonge aussi dans une France effrayante, inimaginable aujourd'hui, où tous, de gauche comme de droite, encensent le livre ; on y découvre aussi que les pires auteurs antisémites l'adulent mais sans le prendre tout à fait au sérieux. Robert Brasillach dans L'Action française : "Avouons-le tout net : on peut s'en choquer, on peut s'en fatiguer, on peut le déclarer illisible ou idiot, il est impossible qu'un Français n'en lise pas quelques pages avec soulagement."

Quant à André Gide, dans La NRF, il croit à une farce grotesque, d'autant que le livre sort accompagné d'un bandeau "Pour bien rire dans les tranchées" :

"(...) Alors quand Céline vient parler d'une sorte de conspiration du silence, d'une coalition pour empêcher la vente de ses livres, il est bien évident qu'il veut rire. Et quand il fait le Juif responsable de la mévente, il va de soi que c'est une plaisanterie. Et si ce n'est pas une plaisanterie, alors il serait, lui Céline, complètement maboul."

Drôle, Céline ? Difficile de rire aux nombreux appels au meurtre contre les Juifs dans Bagatelles... : "Alors tu veux tuer tous les Juifs ?/Je trouve qu'ils hésitent pas beaucoup quand il s'agit de leurs ambitions, de leurs purulents intérêts... (10 millions rien qu'en Russie)... S'il faut des veaux dans l'Aventure, qu'on saigne les Juifs ! C'est mon avis ! Si je les paume avec leurs charades, en train de me pousser sur les lignes, je les buterai tous et sans férir et jusqu'au dernier ! C'est la réciproque de l'Homme."

Un fou qui hurlerait des obscénités racistes
Car Céline aurait écrit Bagatelles... par "pacifisme", marqué qu'il fut par la Première Guerre mondiale où il fut grièvement blessé et qui lui servit d'argument pour ses deux premiers romans : "Je veux pas faire la guerre pour Hitler, moi je le dis, mais je veux pas la faire contre lui, pour les Juifs... On a beau me salader à bloc, c'est bien les Juifs, et eux seulement, qui nous poussent aux mitrailleuses..."

Céline, maboul, comme le supposait Gide ? Ce serait encore trop le déresponsabiliser, même si Bagatelles... ressemble, à force d'invectives haineuses, obsessionnelles contre les Juifs, à un long monologue ratiocineur proféré par un fou qui parlerait tout seul dans la rue en hurlant des obscénités racistes avec rage.

Bagatelles... n'est pourtant pas un simple délire. C'est un livre de propagande criminelle, avec à l'origine la vengeance de Céline contre une critique "enjuivée" qui n'a pas aimé Mort à crédit - comme quoi, on peut être un grand écrivain et un petit Français acariâtre qui règle ses comptes de boutiquier -, mais aussi un texte d'une faiblesse littéraire inouïe. Bric-à-brac illisible débordant de sottises, mensonges, de clichés antisémites, misogynes, de points d'exclamation, de points de suspension, avec au début un argument de ballet des plus étranges, qu'on ne peut comprendre que comme l'installation de la scène sur laquelle le prophète antisémite va monter pour faire entendre sa voix, ou plutôt la dégueuler.

Ne pas publier les pamphlets de Céline, c'est le blanchir
Il n'y a pas deux Céline, l'écrivain génial, puissant, du monumental Voyage au bout de la nuit d'un côté et la faiblesse crasse du Céline de Bagatelles... de l'autre. Il faut peut-être cesser de croire que c'est l'intelligence, la raison qui sont derrière une oeuvre (auquel cas Céline resterait à jamais une énigme insoluble). C'est avec autre chose, une face plus sombre, que travaille l'écrivain. Dans le cas de Céline, il s'agirait de sa haine, à la base des romans comme des pamphlets. D'un côté, elle prend forme en devenant une langue ; de l'autre, elle se réduit à une voix - qui bafoue la forme, l'excède, pour le pire.

Ne pas publier les pamphlets de Céline, c'est donc aussi blanchir l'écrivain littérairement, ne donner à lire que la prose où il excelle. Idéologiquement, "Céline s'est bien rendu compte qu'il n'aurait jamais dû écrire ces pamphlets", souligne François Gibault. Il n'a plus eu, alors, qu'à procéder à leur effacement, pour mieux se blanchir politiquement.

"Il y a beaucoup de livres censurés en France, explique l'avocat Emmanuel Pierrat, spécialiste de la censure en littérature. Mais la plupart des auteurs antisémites des années 1930 et 1940 ont procédé à leur propre "censure" en demandant eux-mêmes que leurs livres ne soient pas réédités, en les retirant de leur catalogue, espérant que ceux-ci tomberaient dans l'oubli."

Sur le site de l'INA, on trouve un entretien avec un Céline hallucinant de déni, réalisé par Pierre Dumayet en 1957 pour la sortie D'un château l'autre. Dumayet interroge Céline sur le fait d'avoir eu beaucoup d'ennuis à cause de la publication de Voyage au bout de la nuit en 1932 (alors qu'il sait bien que les pires ennuis, dont la prison et l'indignité nationale, sont arrivés à Céline à cause des pamphlets) et la violence de son écriture. Céline répond :

"Je me suis permis de m'occuper de politique et ce fut le signal d'une maladie qui me poursuit encore. (...) je n'ai jamais été violent (...) les livres très fâcheux que j'ai pu écrire étaient faits justement contre la guerre. (...) j'étais comme une chienne de traîneau, je prévenais des dangers."

Jamais, entre Céline et Dumayet, les titres des pamphlets ne seront mentionnés. Les deux hommes continuent de faire comme s'ils parlaient de Voyage....

Pire encore, dans un entretien avec Céline datant de 1960, diffusé dans A voix nue sur France Culture récemment, l'écrivain se lance dans un monologue délirant où il pose en victime, en martyr, sans qu'aucun des deux journalistes ne le contredise. La machine de blanchiment de Céline par Céline est lancée. Et, aujourd'hui, il y a quelque chose de pesant, d'insoutenable à penser que la non-publication de ces textes participent encore d'une forme de "négationnisme" par omission, dans un pays où l'amnésie est encore de bon ton.

Et puis les lettres de Céline - dont certaines clairement antisémites - ont été publiées en Pléiade, éditées par le célinien Henri Godard. "Je ne souhaiterais pas que les trois pamphlets soient republiés séparément chacun sous son titre, nous répond Godard. J'imagine une publication collective en un seul volume sous le titre Ecrits polémiques, qui y adjoindrait quelques autres textes polémiques courts comme A l'agité du bocal. Les pamphlets eux-mêmes devraient faire l'objet d'une annotation qui éclaire les circonstances et allusions à l'actualité et mette en évidence les emprunts de Céline aux publications antisémites du moment diffusées par la propagande allemande. Cette annotation est d'ores et déjà largement réalisée par le travail de plusieurs chercheurs."

D'autant que cette interdiction de réédition est une tartufferie : Bagatelles... se trouve aujourd'hui dans les librairies d'extrême droite, et sur le Net, réédité et rediffusé depuis 2009 par les Editions de la reconquête dont le siège social se trouve au Paraguay et qui vendent aussi, en ligne, des objets de culte catholique et des textes de Lucien Rebatet. Ambiance.

"Je publie Bagatelles... depuis 2009, Les Beaux Draps depuis 2008, L'Ecole des cadavres depuis 2009. Je publie également la première édition de Bagatelles... en anglais, Trifles for a Massacre, depuis 2010, nous répond par mail le directeur de ces éditions, Philippe Régniez. Il est difficile de dire combien j'en vends par an. Chaque ouvrage est tiré à 5010 exemplaires et les tirages ne sont pas encore épuisés. Le pays le plus demandeur est la France, puis les pays francophones à travers le monde. Viennent ensuite des clients de pays aussi variés que le Japon, la Thaïlande, le Mexique, les Etats-Unis, Hong Kong, la Roumanie, le Qatar, etc."

Jusqu'à ce jour, il n'a pas été inquiété par l'ayant droit. De toute façon, Céline tombera dans le domaine public dans vingt ans et Gallimard pourra s'il le souhaite publier les pamphlets. "Sauf que s'ils étaient largement réédités, ils tomberaient immédiatement sous le coup de la loi de 1972 et pourraient être d'emblée censurés pour incitation à la haine raciale. Seulement si une association le demande...", précise Emmanuel Pierrat. Qu'en pense Serge Klarsfeld, président des FFDJF ?

"Je serai contre une publication des pamphlets. Si nous étions dans un monde pacifié, il n'y aurait pas de problèmes. Mais ces textes sont trop nocifs. Les republier serait dangereux."

Fin de la discussion ?

Nelly KAPRIELIAN
LesInrocks.com, 27/02/2011


- André Derval, L'Accueil critique de Bagatelles pour un massacre (Ecriture)
- François Gibault, Céline, 1894-1932 : Le Temps des espérances ; Céline, 1932-1944 : Délires et persécutions ; Céline, 1944-1961 : Cavalier de l'Apocalypse (Mercure de France)
- Emmanuel Pierrat, 100 livres censurés (Chêne).
- Louis-Ferdinand Céline, Lettres (La Pleiade).

Henri Godard publiera une biographie de Céline en mai chez Gallimard.

samedi 1 septembre 2012

Louis-Ferdinand Céline : Une édition critique des pamphlets annoncée au Québec

Illustration Christian Tiffet

Louis-Ferdinand Céline - Abus de mémoire ? 

 

Le retour inattendu des pamphlets interdits de l’écrivain français par un éditeur québécois


par Jean-François NADEAU

Les éditions Huit, un éditeur de Québec, entendent lancer dans quelques jours les pamphlets interdits de l’écrivain français Louis-Ferdinand Céline, tous réunis sous une même couverture. Ce petit éditeur artisanal, qui publie un ou deux livres par année, s’est employé à produire une imposante édition savante des pamphlets. Quelques autres textes rares seront aussi proposés du même souffle dans ce livre, a appris Le Devoir. 

En 1936, trois ans après avoir manqué de très peu le prix Goncourt pour son Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, est attiré par la polémique qui fait rage dans un contexte politique européen pour le moins sulfureux. Mort à crédit, son roman publié cette année-là, n’a obtenu qu’une critique globalement négative. En revanche, son pamphlet anticommuniste Mea culpa, lancé en fin d’année, lui vaut des fleurs de la part d’une société qui, dans un parfum d’avant-guerre de plus en plus étouffant, avance tête baissée vers sa propre mort. 

Les malaises sociopolitiques qu’éprouve Céline face à sa société produisent un fiel d’un nouveau genre servi par sa plume exceptionnelle. Ses considérations abracadabrantes partent en cavale sur tous les chemins sinueux où s’avance l’extrême droite. Céline délaisse même sa production romanesque pour mieux se consacrer à la distillation du vitriol dont il abreuve sa plume.
Bagatelle pour un massacre (1937), L’école des cadavres (1938) et Les beaux draps (1941), les trois pamphlets interdits de Céline, ont connu des ventes importantes ainsi que plusieurs rééditions au moment où l’Europe entière est soumise à la botte des nazis. 

Dans la correspondance qu’il entretient alors, Céline se présente comme l’ennemi numéro un des Juifs. « Les Juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides loupés, tiraillés, qui doivent disparaître », écrit-il. L’antisémitisme qui se propage alors en Europe sous l’impulsion des nazis et de divers groupes d’extrême droite lui apparaît trop doux, trop feutré, presque littéraire. Céline se présente comme un réaliste dur, désabusé et endurci. Personne ne lui semble trop radical à l’égard des Juifs, pas même Hitler qu’il soupçonne de molesse ! Il écrit néanmoins dans L’école des cadavres se sentir « très ami d’Hitler, très ami de tous les Allemands ». Cet ami de l’extrême droite, parfaitement impossible à encadrer, devient gênant même pour l’administration nazie. 

Les livres haineux de Céline n’ont jamais été réédités après la guerre. Parmi les écrivains capables de perdre toute référence historique devant la beauté d’une ellipse trempée dans l’acide, il s’en est trouvé quelques-uns pour défendre même ces livres-là de Céline. Comme s’il s’agissait uniquement de littérature, d’une musicalité et d’une poésie de la langue dont les thèmes importaient peu… Au sujet de ces livres sombres, les thèses et les analyses se sont multipliées. Les livres eux-mêmes n’ont jamais reparu. 

Après la guerre, Céline ne considérait plus ses positions politiques comme praticables, sans pour autant les renier, laissant même à l’occasion comprendre que son racisme et sa haine pointaient désormais dans une nouvelle direction, mais toujours de la même manière. Dans les années 1950, il affirme par exemple dans sa correspondance qu’il se méfie désormais beaucoup des Chinois. Le voici imaginant des hordes jaunes qui menacent l’Europe… L’idée d’écrire de nouveaux pamphlets lui est-elle venue dans l’après-guerre ? Sans doute les suites de ceux qu’il publia avant et pendant la guerre l’encouragèrent-ils à se montrer plus prudent afin de s’assurer de ruser au mieux avec la mort. 

Céline a échappé de peu à la mort à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il aurait pu, comme nombre d’écrivains de droite moins doués que lui peut-être, être condamné ou même assassiné à cause de ses positions et de ses fréquentations. Son éditeur, Robert Denoël, fut abattu en pleine rue, comme bien d’autres.
Qu’est-ce qui aurait pu arriver à Céline s’il n’avait eu l’idée de fuir la France ? L’écrivain est alors connu partout pour ses positions radicales. Au printemps 1938, on le trouve même en Amérique, en visite chez Adrien Arcand, le chef des fascistes canadiens. Dans une lettre privée, le chef du Parti national social chrétien se félicite de la visite que lui a rendue Céline. Arcand connaît alors très bien Bagatelles pour un massacre et les autres livres de l’écrivain qui circulent librement, tout comme Céline connaît vraisemblablement fort bien toute la littérature antisémite diffusée par ce genre de parti politique. « Il parle comme il écrit, dira Arcand : à coup de dynamite, mélinite, cordite et T.N.T. » Lors de sa visite éclair à Montréal, Céline explore la possibilité de s’établir en Amérique pour de bon. Il est photographié en compagnie de ses nouveaux amis dans une salle remplie de croix gammées. Cette photo, si elle avait été connue en Europe en 1945, aurait pu le conduire tout droit à la tombe. 

Si les pamphlets de Céline ne sont pas réédités depuis la guerre, ce n’est pas avant tout en vertu d’une disposition juridique particulière, contrairement à ce que plusieurs croient. La veuve de Céline, Lucie Almansor-Destouches, a tout simplement fait en sorte que l’on respecte, autant que faire se peut, le désir de l’écrivain de voir la réédition des pamphlets interdite. Sans mentionner bien sûr qu’une éventuelle réédition aurait pu être tout de suite frappée de mesures concernant la littérature haineuse. 

Tout de même, on trouve encore assez facilement des exemplaires d’époque des pamphlets de Céline chez les bouquinistes. Ces livres ne sont pas spécialement rares. Ils connurent de multiples rééditions. On les vendit jusqu’en 1944 à des dizaines de milliers d’exemplaires. Des versions numérisées circulent aussi via certains sites Internet qui s’emploient à propager les idées autant que les délires de l’extrême droite. 

Pourquoi rééditer ?
Pourquoi rééditer des textes pareils aujourd’hui ? En entrevue il y a quelques jours, l’éditeur Rémi Ferland expliquait que « plus ces textes sont cachés et plus ils deviennent attrayants. Ce sont bien sûr des textes haineux, mais datés et éventés ». Il lui importe de le montrer. Les rendre disponibles dans une édition critique conceptualisée lui semble obéir à la mission de sa maison, qui est de faire connaître « des écrits rares et difficilement accessibles ». Jusqu’ici, sa maison fondée en 1990 a surtout fait paraître des écrits du XIXe siècle ainsi que quelques livres contemporains, dont plusieurs titres de l’éditeur lui-même.
Comment un éditeur québécois en marge de l’édition courante peut-il se retrouver à rééditer des textes sulfureux d’un des monstres de la littérature du xxe siècle ? Tout simplement en vertu des droits en vigueur au pays, explique Rémi Ferland. « Au Canada, la Loi sur le droit d’auteur prévoit qu’une oeuvre tombe dans le domaine public cinquante ans après la mort de son auteur. Céline est mort en juillet 1961. Il y a donc plus d’un demi-siècle aujourd’hui. J’ai étudié la question et j’ai pris conseil auprès du conseiller légal des Presses de l’Université Laval ». 

Les éditions Huit considèrent donc qu’elles ont le droit de rééditer des oeuvres que Céline avait décidé de maintenir dans l’ombre. Qu’en est-il du droit moral de l’auteur et de ses héritiers, lesquels n’ont jamais souhaité que reparaissent d’autres éditions de ces ouvrages retirés de la circulation ? La question demeure. « C’est une bonne question », affirme l’éditeur. 

Une édition critique
Régis Tettamanzi, le responsable de cette édition critique, est un universitaire français qui a consacré sa thèse de doctorat au sujet des pamphlets de Céline. « Sous la direction d’Henri Godard, qui est le responsable de l’édition critique de Céline dans la bibliothèque de la Pléiade, il avait réalisé tout l’appareil critique des pamphlets. Il a publié un livre là-dessus, mais pas les pamphlets puisqu’ils ne pouvaient paraître en France. » Ils le seront donc au Québec dès septembre, explique Rémi Ferland, accompagnés d’une avalanche de notes et d’explications rédigées par le professeur. 

Tettamanzi a travaillé avec doigté, selon son éditeur québécois. Il a même « pris contact avec l’Alliance israélite universelle » afin de s’assurer d’une présentation mesurée du texte litigieux, selon une formule qui ne soit pas décontextualisée. « Il s’agit d’une édition critique et scientifique des textes. » Un bon tiers du volumineux ouvrage à paraître est d’ailleurs consacré à cet appareil de notes et à la reproduction de documents liés à l’édition des textes originaux, précise l’éditeur.
Comment l’idée de republier ces textes est-elle venue à Rémi Ferland ? « J’ai lu Céline jeune, mais j’étais plutôt attiré par des auteurs du XIXe siècle. Ça ne m’avait pas vraiment accroché. Je l’ai redécouvert et ça m’a passionné. Sa vie, son oeuvre, le contexte idéologique… Et j’ai rencontré Régis Tettamanzi. On a parlé de démystifier ces textes-là. » Et c’est dans cette perspective de démystification que l’éditeur assure que la parution de ce livre est envisagée. 

Fondées en 1990, les éditions Huit comptent moins d’une cinquantaine de titres à leur catalogue. « Nous publions seulement un ou deux titres chaque année, surtout des livres liés au XIXe siècle. » La maison n’a plus de distributeur depuis trois ans. « Je m’occupe de mon propre réseau de distribution, explique l’éditeur. En fait, l’édition est en plus un loisir pour moi, quelque chose à côté de l’enseignement. »
Les tirages des éditions Huit sont d’ordinaire très modestes. Dans le cas de ce livre sur Céline, une brique de plus de 1040 pages, l’éditeur n’envisage pas d’imprimer plus de 400 exemplaires. Le livre devrait apparaître sur les présentoirs de certaines librairies québécoises à compter de la mi-septembre. D’ores et déjà, on peut être certain que l’annonce de cette parution ne manquera pas de susciter les passions de part et d’autre de l’Atlantique.

Jean-François NADEAU

samedi 16 juillet 2011

Céline, la passion du noir - Politis - 30 juin/6 juillet 2011

Interview d'Henri Godard paru dans le magazine Politis n°1159 du 30 juin-6 juillet 2011.

Après les biographies, de Maurice Bardèche à Philippe Alméras, consacrées à Céline, pourquoi vous y êtes-vous « collé », après vos cinq volumes dans « La Pléiade » ?
Henri Godard : J'ai eu envie d'atteindre un public plus vaste. J'ai un certain nombre de choses à dire sur Céline, que j'exprimais jusqu'à présent sous une forme universitaire. Cela a été aussi une manière de considérer les choses dans le temps. Le travail autour de la correspondance permettait de ne pas seulement rappeler les faits mais de montrer les réactions par rapport aux faits puisque c'est à partir de là que s'opèrent les transpositions chez l'écrivain. Enfin, c'était l'occasion de consacrer quelques pages aux œuvres elles-mêmes, romans et pamphlets.

Du tome II en 1974 à la réédition du tome I en 1981, de la correspondance publiée en 2009 à aujourd'hui, votre perception de l'écrivain a-t-elle évolué ?
Elle a changé par à-coups. J'étais parti sur l'aspect positif, les romans, pour démontrer leur valeur, avec l'idée de dire que c'est bien à partir de là que le problème se pose. S'il n'y avait pas eu ces huit romans, que ce type soit un fou antisémite, tout le monde s'en ficherait. C'est donc sur la prise en charge des pamphlets que le travail a évolué. J'ai essayé de suivre deux lignes : la formation de l'écrivain et la progressive expression de l'antisémitisme.
Vous soulignez l'importance de la formation chez Céline... C'est un garçon né dans un milieu pour lequel la littérature n'existait pas. Il lâche l'école à 13 ans et n'a de contacts avec les grands auteurs qu'en dehors de la scolarité. C'est là que naît le désir d'écrire, de rivaliser avec des gens qui lui paraissent éminents. S'y ajoute une existence invraisemblable : son origine dans un milieu de petits commerçants, l'expérience de commis dans un magasin, la Grande Guerre, les milieux interlopes à Londres, l'Afrique, les États-Unis, la SDN. C'est un enchaînement de moments où tout est fait avec excès, jusqu'en 1936, avec l'échec public et critique de Mort à crédit.

Vous opérez un aller-retour constant entre la vie et l'œuvre. Tout se passe comme si l'une nourrissait l'autre.
Absolument. C'était la difficulté de cette biographie, de ne pas prendre pour argent comptant toutes les transpositions mais de confronter l'expérience aux textes tout en bénéficiant des recherches récentes et des lettres qui resurgissent. Dans un sens, travailler sur Céline, c'est toujours plus vivant que sur n'importe quel autre écrivain !

La complexité de la trajectoire de Céline et de son personnage ne peut s'appréhender qu'au bout de milliers de pages...
Il est vrai qu'il fiche le camp dans tous les sens. D'un côté, il est médecin des pauvres, à l'autre bout il écrit les pires horreurs. Sans prendre le cas extrême des pamphlets, il est aussi difficile à appréhender dans la différence entre les romans d'avant et d'après-guerre. Même les gens favorables à Céline ne sont pas tous sensibles au même Céline. Près de 80 % ne sortent pas de Voyage, d'autres voient dans la trilogie allemande l'aboutissement d'un style. Si Céline a un avenir, ce sera quand l'on prendra conscience de sa continuité et de sa discontinuité. Car dans l'emploi de la langue, tout est déjà dans Voyage et en même temps rien n'y est. C'est du populaire et du révolté qui n'existent plus dans les romans finaux, tournés vers la déconstruction, la segmentation de la phrase. Reste un fort sentiment de l'unité de l'œuvre.

L'œuvre n'est-elle pas souvent réduite à son désespoir, sans y voir la part d'humanité, de sens comique, de cœur simple ?
Il a fait ce qu'il fallait pour ça. Il existe en effet un aspect chez lui qu'on n'ose plus souligner parce qu'il a écrit tellement d'horreurs à côté, et qu'on aurait l'air de l'excuser. Il y a également chez Céline lui-même une espèce de pudeur à montrer ses bons côtés. "Il faut noircir et se noircir", disait-il. Mais il a assurément un autre pôle de sensibilité qui n'est pas moins puissant, qu'on observe dans tous les romans.

Des analyses que vous consacrez aux pamphlets jusqu'aux travaux déjà publiés, tout semble prêt pour une édition critique de ces pamphlets.
Je trouve que ce serait plus sain. Je ne crois pas que ce soit nocif, même si je peux me tromper. Il serait plus normal que chacun puisse prendre ses responsabilités. Quand j'étais à l'université, lorsqu'un étudiant me proposait de diriger sa thèse sur Céline, je lui demandais de lire d'abord les pamphlets puis de revenir vers moi s'il avait toujours envie de se lancer dans ce travail. Surtout, je souhaiterais que les pamphlets soient republiés avec un appareil critique et sous la forme d'un
volume collectif nommé « Écrits polémiques ». Je répugnerais à publier sous le seul titre Bagatelles pour un massacre. Car c'est une telle bombe, à cause de Céline bien sûr, mais aussi à cause du contresens que renferme le titre de ce livre, publié en 1937, et qui a été pris après-guerre pour le massacre des juifs. Un volume d'écrits collectifs aurait l'avantage de présenter un ensemble de textes formant une certaine unité, qui pourrait commencer par Mea Culpa (1936), consacré à son voyage en URSS, jusqu'à À l'agité du bocal (1948), destiné à Jean-Paul Sartre.

Quel regard portez-vous sur les polémiques, voire les guerres de tranchées que soulève Céline dans l'Université ?
Je ne vois pas tant de polémiques, à l'exception de Jean-Pierre -Martin [qui a publié Contre Céline, en 1996, chez Corti, NDLR]. On peut plutôt constater l'insuffisance de prise en compte de l'œuvre littéraire, si l'on en juge par la rareté d'inscription des romans dans les programmes – mis à part Voyage, à la rigueur Mort à crédit, les autres sont complètement ignorés –, la rareté également des séminaires de recherche, celle des collègues qui acceptent de diriger un travail. Céline est un écrivain qui reste tenu à distance.

La commémoration officielle avortée du 50è anniversaire de la mort de Céline a donné lieu à un nouveau débat. Avec le recul, qu'en pensez-vous ?
Il y a un an déjà, un comité décide d'inscrire ce cinquantenaire dans les commémorations officielles. On me propose alors de rédiger une notice. J'émets des réserves mais on m'assure alors que cette inscription a fait l'unanimité. Ma notice commençait justement par « doit-on, faut-il célébrer Céline ? ». Elle a été acceptée et appréciée. Le livre est sorti en novembre. En janvier, face à la polémique, le ministre de la Culture décide de retirer cette notice sans me donner d'explication. La masse de publications et d'articles qui paraissent maintenant prouve que Céline n'avait pas besoin d'une commémoration officielle. Même si, ce n'est pas absurde de le penser, j'ai cru que c'était l'occasion de commémorer Céline en tant qu'écrivain.

Propos recueillis par Jean-Claude RENARD
Politis n°1159 du 30 juin-6 juillet 2011.

vendredi 10 juin 2011

Faut-il rééditer les pamphlets antisémites de Céline ? - Télérama - 9 juin 2011

Deux articles de Gilles Heuré sont consacrés à Céline dans le n°3204 de Télérama (11-17 juin 2011) :
1- Faut-il rééditer les pamphlets antisémites de Céline ?
2- Céline, biographie d'Henri Godard

A télécharger ici : Télérama n°3204


Faut-il rééditer les pamphlets antisémites de Céline ? par Gilles Heuré

A la fois écrivain majeur et antisémite virulent, Louis-Ferdinand Céline suscite toujours autant la polémique cinquante ans après sa mort. Ses écrits les plus haineux ont-ils droit de cité dans les librairies aux côtés de “Voyage au bout de la nuit” ou “Mort à crédit” ? La question n'a pas fini de diviser.

Grand écrivain et authentique salaud. Ou l'inverse. On n'en finit pas, depuis la mort de Céline, en juillet 1961, de chercher à saisir le phénomène. Faut-il louer l'écrivain qui secoua le monde littéraire en 1932 avec Voyage au bout de la nuit ? Ou d'abord retenir le pamphlétaire antisémite parmi les plus nauséabonds, celui qui disqualifierait définitivement l'écrivain derrière le personnage haineux ? Et comment faire tenir les deux dans l'unité d'un homme, sans congédier ni minorer l'un ou l'autre ?

Au début de cette année, on entendit presque le ricanement de son fantôme, lors de l'épisode tragicomique des célébrations nationales. Rappel des faits : Céline fut d'abord inscrit sur la liste pour 2011, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort. Des voix se firent enten­dre pour s'y opposer, surtout celle de Serge Klarsfeld, président de l'association Fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF), qui s'en émut au nom des victimes de la Shoah. ­Finalement, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, retira in extremis le nom maudit de la liste. « Cette décision ne m'a pas surpris ni choqué, dit aujourd'hui François Gibault, avocat de la veuve de l'écrivain, Lucette Destouches, et en outre biographe de Céline (1) . Il fallait que le ministre éteigne le feu qui avait pris des proportions effrayantes, et il a finalement bien fait car Céline n'a rien à faire dans les célébrations nationales. Le principe même des célébrations devrait d'ailleurs être remis en cause : le bien, le mal, le talent ou le génie... ce n'est pas au ministère de la Culture de les établir. Céline est célébré par ses lecteurs et ceux, étudiants ou professeurs, qui travaillent sur son œuvre dans le monde entier. C'est la seule célébration qui vaille. » Henri Godard, professeur émérite de littérature à la Sorbonne, éditeur de Céline en Pléiade et auteur aujourd'hui d'une biographie remarquable (2) , regrette les conditions dans lesquelles a eu lieu l'éviction de l'écrivain : « Au titre d'écrivain, il devait être sur la liste. En revanche, il n'avait évidemment pas sa place en tant qu'homme exemplaire aux hautes vertus morales. »

Style explosif
Polémique moisie, cette histoire ? Pas sûr, car les motifs qui y président sont encore virulents. Céline, aujour­d'hui, c'est le grand écrivain par excellence, celui qui bouscula la littérature d'avant-guerre avec Voyage au bout de la nuit. Ce livre phare, paru en 1932 (qui se vend encore aujourd'hui en moyenne à 40 000 exemplaires par an, rien qu'en édition de poche), a déployé de terribles ondes de choc et conféré à son auteur une réputation sulfureuse. Son style explosif, sans concession pour qui que ce soit, rompt avec un académisme « trop lisse », selon Céline qui, dans des pages tourmentées, jette des cauchemars de la guerre des visions de machinisme destructeur et montre une humanité souffrante qui n'en deviendra pas meilleure pour autant : trentenaire, le XXe siècle y est déjà ago­nisant.

Quatre ans plus tard, tout bascule : 1936 ouvre la période noire. Dépité par l'échec de Mort à crédit, Céline publie Mea culpa, le premier de ses pamphlets, son « retour de l'URSS » à lui, texte très anticom­muniste et déjà antisémite. « Il me manque encore quelques haines, écrit-il. Je suis certain qu'elles existent. » Elles vont se déverser en 1937 dans Bagatelles pour un massacre (réédité en 1943), qui atteint des sommets de vente dans la bonne France du président Albert Lebrun : 90 000 exemplaires, et encouragements de son éditeur Denoël à poursuivre l'aventure pamphlétaire sur un thème en vogue. Suivront L'Ecole des cadavres, en 1938, et Les Beaux Draps, en 1941. Déjà, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit étaient des œuvres contaminées par une écriture du désastre, mais les pamphlets, même s'ils par­ticipent de cette même frénésie de tout dénoncer - armée, politique, littérature officielle, bidasse de base ou bourgeois frileux -, ont une cible privilégiée : les Juifs, ceux de « l'autre race » qui conspirent à « la dictature juive ». « Je le dis tout franc, comme je le pense, je préférerais douze Hitler plutôt qu'un Blum omnipotent. Hitler encore je pourrais le comprendre, tandis que Blum, c'est inutile, ça sera toujours le pire ennemi, la haine à mort, absolue », écrit ainsi Céline dans ­Bagatelles pour un massacre. Vitupérant « la France juive et maçonnique », Céline hurle contre « la furie you­trissime » et voit les avenues parisiennes grouiller de « rats juifs » dans L'Ecole des cadavres.

Faut-il rééditer les pamphlets ? « Céline, après la guerre, a interdit toute nouvelle publication, rappelle François Gibault, et madame Destouches [98 ans] s'y est toujours opposée. Elle a eu raison. Ce sont des écrits qui doivent être resitués dans l'époque. Rééditer ces textes aujourd'hui, dans un contexte totalement différent, serait de la provocation. Dans vingt ans, quand les œuvres tomberont dans le domaine public, et même avant qu'il y ait des publications sauvages, j'espère qu'il y aura une édition scientifique. Dans la mesure, toutefois, où ce sera possible, puisque je rappelle que c'est contraire aux lois de 1972, 1990 et 1992 réprimant les propos racistes, antisémites et xénophobes. La situation est ambiguë, car on laisse publier certains de ses textes. Dans l'édition de la correspondance de Céline parue en édition de la Pléiade, il y a des quantités de lettres antisémites. Dans ma bio­graphie, j'en avais également publié, ainsi que des extraits des pamphlets. On pouvait me poursuivre, comme on pourrait poursuivre La Pléiade. Mais, pour le moment, la question de la réédition des pamphlets ne se pose pas, car telle est la volonté de madame Céline. Il y a encore aujourd'hui, en France, un antisémitisme dormant. La polémique récente l'a réveillé. Après le retrait de Céline de la liste des célébrations, j'ai reçu beaucoup de lettres qui disaient : "Vous voyez ? ça continue !" »

A propos des bagatelles et du massacre
Henri Godard plaide, lui, pour une réédition plus rapide : « Les pamphlets sont certes interdits à la réimpression, mais c'est devenu une fausse question puisqu'ils sont consultables sur Internet. J'estime qu'il pourrait y avoir une édition, intitulée Ecrits polémiques, contenant Bagatelles pour un massacre, L'Ecole des cadavres et Les Beaux Draps, avec un appareil ­critique indispensable qui indiquerait notamment les emprunts que Céline a fait à d'autres livres ou à l'actualité de l'époque. » Henri Godard y voit aussi l'occasion de préciser certains points : « Il y a, par exemple, un contresens sur le titre du pamphlet de 1937 : le "massacre" dont il est question est celui qui, dans l'esprit de Céline, se produira lors de la guerre à venir, une guerre poussée selon lui par les Juifs. Et "bagatelles" désigne les arguments de ballet qu'il inclut dans le texte. Il faut bien admettre que c'est un titre catastrophe, qui continue à le poursuivre. »

Le 21 janvier, date du tonitruant retrait de Céline de la liste des célébrations nationales, la romancière et essayiste Catherine Clément estimait, elle aussi, nécessaire la réédition des pamphlets : « Seule cette publication, qui me paraît essentielle, permettra de faire toute la lumière sur un écrivain qui, pour l'instant, bénéficie d'un flou qui sert sa réputation littéraire et gomme la virulence de son racisme. » Quant au journaliste Antoine Peillon, auteur de Céline, un antisémite exceptionnel (3) , il a un avis plus tranché : son livre, écrit-il, porte sur « l'ignominie célinienne [et] entend confirmer une indignation sans partage face à la persévérance d'une sous-culture haineuse, très "idéologie française", qui vire trop souvent au culte suspect d'un mauvais écrivain qui n'était en réalité qu'un ­raciste délirant. »

Le délire, justement, est souvent invoqué pour justifier Céline, emporté par son style, une suite ravageuse de trouvailles et de formules langagières. Pourtant, après-guerre, Céline continue à adjurer, à éructer, à vomir et à soupirer, ne cessant de déverser sa haine que pour gémir sur son sort de victime expiatoire. Durant son exil forcé au Danemark, bénéficiant d'un retard de procédure qui contrarie son extradition vers la France, il cherche des soutiens, écrit, sollicite. Il sera condamné en France par contumace en 1950 pour avoir « accompli sciemment des actes de nature à nuire à la défense nationale ». Son avocat, Jean-Louis Tixier-Vignancour, futur candidat d'extrême droite à élection présidentielle de 1965, obtiendra son amnistie en 1951. Céline s'isole alors à Meudon et, sous les couches de vieux vêtements râpés qu'il revêt désormais et qui lui donnent une silhouette d'ermite déchu, il se dit encore persécuté, bouc émissaire, toujours victime des jaloux qui n'ont jamais digéré le succès foudroyant de Voyage vingt ans auparavant.

Contre la guerre, donc contre les Juifs
Des remords à propos de ses textes haineux ? Aucun. Mais une théorie : par pacifisme, il aurait « chargé » les Juifs, jugés responsables de pousser à la guerre – argument en d'autres temps utilisé contre les Templiers ou les Jésuites. Et voilà le syllogisme posé : j'étais contre la guerre, or les Juifs voulaient la guerre, donc j'étais contre les Juifs. Juste un regret cependant, qu'il confia à l'écrivain et journaliste Albert Zbinden en 1957 : « Là, j'ai péché par orgueil, je l'avoue, par vanité, par bêtise. Je n'avais qu'à me taire... Ce sont des problèmes qui me dépassaient beaucoup. Je suis né à l'époque où on parlait encore de l'affaire Dreyfus. Tout ça, c'est une vraie bêtise dont je fais les frais. » Seule compterait donc la littérature – même si ­Céline suspecte encore le théâtre de Racine, auteur assez connu du XVIIe siècle, d'être « une fougueuse apologie de la juiverie »...

Chaque époque a sa lecture de ­Céline. Roger Nimier, son corres­pondant chez Gallimard au seuil des années 1950, lui-même agacé par le « résistancialisme », c'est-à-dire une France dont il estimait, comme quelques autres, qu'elle était livrée aux seuls résistants, tenta de réhabi­liter un Céline qu'il admirait à une époque où, déjà, on jugeait possible de passer l'éponge. La polémique de janvier dernier montre à l'envi que la réconciliation de l'auteur de Voyage au bout de la nuit avec celui des pamphlets antisémites reste difficile. Dans les années 1950, lors de ses apparitions à la télévision, dans les documentaires de Louis Pauwels ou les entretiens avec Pierre Desgraupes ou Pierre Dumayet, Céline évoquait plus volontiers les trois cent soixante becs de gaz du passage Choiseul où il avait grandi que les six millions de victimes de l'Holocauste sur lesquelles, d'ailleurs, on ne l'interrogeait pas.

Les deux Céline pourraient-ils être enfin rassemblés, dans l'unité d'un homme de lettres qui eut aussi une destinée idéologique ? Pour Bernard Chambaz, professeur d'histoire au lycée Louis-Le-Grand et ­romancier, la réponse est presque simple : « Quand on en parle aux élèves, on ne peut pas séparer l'homme de l'œuvre, et on doit obligatoirement replacer celui-ci dans son contexte historique. Les mots ont un sens, et l'antisémitisme porté par Céline nous concerne tous. Il faut bien admettre qu'il a poussé l'ignoble jusqu'à l'extrême. Il ne s'agit pas de l'enfermer dans un manichéisme simpliste : ce n'est pas uniquement un parfait salaud et un homme sans cœur ni uniquement un grand écrivain qu'il faudrait exonérer de certains écrits. C'est une figure singulière de la collaboration, qui s'inscrit dans une galaxie idéologique propre aux années 1930 et 1940 et qui scandait : plutôt Hitler que le Front populaire. » Léon Daudet, virulent polémiste de l'Action française, avait écrit, pour défendre et justifier le style de Céline dans Voyage au bout de la nuit : « La vraie bibliothèque n'est pas rose. » La vraie Histoire ne l'est pas non plus. Céline est tout un, grand écrivain et odieuse icône du passé qui ne passe pas. Son œuvre est essentielle et purulente. Et pour la comprendre, il s'agit ni de la nier, ni de l'amputer. Il faut faire avec.

Gilles HEURE
Télérama.fr, 9/6/2011

(1) Ed. Mercure de France, trois volumes (1977-1985).
(2) Ed. Gallimard, coll. NRF biographies.
(3) Ed. Le Bord de l'eau, 72 p., 6 € (le livre, qui connaît aujourd'hui une nouvelle édition revue et augmentée, rassemble un dossier documentaire rédigé par Antoine Peillon en 2001 pour Georges Charpak, qui devait participer à l'émission “Bouillon de culture”, de Bernard Pivot, consacrée à Céline).