vendredi 7 février 2014

Elizabeth CRAIG, la belle américaine

Élizabeth Craig est le nom qui apparaît aux yeux de tout lecteur qui ouvre pour la première fois Voyage au bout de la nuit. Mais pour qui ne s'est pas plongé dans la biographie célinienne, ce nom reste pour le moins énigmatique. Élizabeth Craig sera la première femme a fortement marquer la vie de Céline, son premier grand amour, celle qui verra naître le premier roman de Céline.
En 1919, Elizabeth Craig prend des cours de danse à Los Angeles. On pourra la voir ensuite à Hollywood à l'affiche du film Manslaughter de Cecil B. de Mille en 1922, puis danser à New York aux Siegfeld Follies en 1924, pour rejoindre ensuite Paris avec ses parents pour y prendre des cours de danse.
Elizabeth et Louis se rencontrent en 1926 dans une librairie de Genève. Céline est médecin et travaille à la Société Des Nations, il est seul, loin de sa femme Edith Follet restée en Bretagne. Elle a 24 ans, américaine et danseuse. En 1927, le contrat avec la SDN n'étant pas renouvelé, Céline retourne vivre en France, d'abord à Clichy puis à Paris pour s'installer rue Lepic. Elizabeth le suit malgré l'avis de ses parents. Ils vivront ensemble jusqu'en juin 1933.
Peu après la publication de Voyage au bout de la nuit, la rupture est consommée, et mal vécue par Céline pour qui cette histoire restera « humainement infecte, vraiment américaine, hélas ! ». Il tentera de reconquérir « L'Impératrice » lors d'un voyage californien en 1934, où il approchera aussi Hollywood pour y vendre les droits cinématographiques du Voyage. Sans succès. Le mariage d'Elizabeth en 1939 avec un juif, Benjamin Tankle, agent immobilier, sera pour certains une des sources de l'antisémitisme de l'écrivain.
Plus de cinquante plus tard, Jean Monnier décide de partir à sa recherche pour recueillir le témoignage de celle qui « contribua peut-être à sa manière à la métamorphose du médecin en écrivain » (Frédéric Vitoux). Il finit par retrouver sa trace mais apprend qu'un autre universitaire, Alphonse Julliand, l'a précédé de quelques jours. Ce dernier en publiera un livre, Elizabeth & Louis, qui sortira en 1994 chez Gallimard.
Quelques extraits des entretiens avec Jean Monnier seront diffusés sur TF1 le 9 novembre 1988 dans l'émission littéraire de Patrick Poivre d'Arvor Ex Libris, que nous vous proposons aujourd'hui :


4 commentaires:

  1. Bravo pour avoir retrouvé ce court et unique film connu d'Elizabeth Craig. Je le croyais disparu. Mais quelques précisions. Après de longues recherches, Alphonse Juilland a rencontré Craig exactement le 10 mai 1988. Les "grands céliniens parisiens" en furent informés. L'un d'eux poussa Jean Monnier à aller à son tour interroger et filmer la vieille dame qui le reçoit le 6 août 1988, pendant trois heures, après avoir demandé son avis à Juilland qui entre temps, le 3 juillet, avait fait une communication au Colloque international Céline de Londres : "La voix que vous venez d'entendre est celle d'Elizabeth Craig..." Juilland avait longuement interrogé Craig sur sa famille, son enfance, sa jeunesse et sur Céline, préparait un livre minutieux et volumineux, abondamment illustré, qu'il publia d'abord à ses frais en Amérique et en anglais en 1991, les éditions françaises renâclant... Le 3 novembre 1988, Jean Monnier publia un petit livre, dit "premier entretien", aux éditions de la Société d'études céliniennnes, alors nommées BLFC, sous la direction de Jean-Piette Dauphin. Elizabeth Craig aurait donné son autorisation en signant non pas Tankel, son vrai nom, mais Tankle, en recopiant le nom écrit sur le bordereau de demande qu'on lui avait envoyé. Le neveu d'Elizabeth douta de l'authenticité de la signature. Depuis, le petit livre fort précieux de Jean Monnier n'a pas été réédité. Les éditions Gallimard publièrent, traduit, le gros livre de Juilland le 24 janvier 1994, pas même broché, mais collé... Est-il réédité ? Les deux livres se complètent et sont riches d'informations. Quant au film de TF1, on n'en connaît que ce court extrait. Dommage... Rien n'est simple en célinie. De quoi dégoûter les chercheurs...

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  2. Ce petit film est bien attrayant mais pourquoi lui avoir collé une traduction simultanée qui couvre sa voix ? Jean Monnier, qui n'a rien commis d'autre, fut expédié dare-dare par un « grand célinien parisien » (1 m 80, en effet) aux USA pour créer un scoop français et publier illico presto son entretien avec Craig, sachant que Juilland, lui, prendrait le temps de confectionner un vrai livre. Son petit volume bâclé est un ouvrage de commande. Reste le film, le seul document un peu valable de cette cavalcade célinienne sans grandeur. Juilland avait le tort d'habiter en Amérique. Lors d'un colloque célinien, il me souffla : « Avez-vous aimé Elizabeth ? » Je lui dis : « Laquelle ? » et nous pouffâmes, sous le regard sévère du maître-célinien (1 m 65) qui dirigeait la séance.

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  3. Ce qui m'inquiète le plus dans le petit livre qui est très riche de renseignements, c'est que je me demande si c'est l'exacte transcription d'une interview ou si elle n'a pas été une peu trop revue et corrigée. Il y a certains passages qui me semblent "littéraires", peu nombreux et très courts, mais qui sonnent bizarrement. Et ce qu'on entend dans le film n'est pas retranscrit dans le livre... Bizarre... Et puis l'intro et la conclusion de l'interviewer sont très "littéraires"...

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  4. Toujours très attendus, les commentaires de MM Mazet et Thyssens sont toujours instructutifs. Pour les simples amateurs, il faudra peut-être dresser la liste des tailles des "grands mètres céliniens" parisiens, belges ou autres.
    MERCI à tous les deux !

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