mardi 17 décembre 2013

Du pamphlet en bibliothèque...

Dans son Mémoire d'étude pour le diplôme de conservateur des bibliothèques, Une approche du livre litigieux en bibliothèque : le cas des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline (2013), Amaury Catel s'interroge sur la place des trois pamphlets de Céline dans les bibliothèques publiques françaises. Après avoir mené l'enquête auprès des différents acteurs de la profession, il peut restituer dans une première partie une cartographie de la présence des écrits polémiques dans les bibliothèques, selon le nombre d'exemplaires et en fonction du type d'établissements. On se rend compte alors que ces textes (les trois pamphlets Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres et Les Beaux draps) sont d'abord très peu présents aux catalogues et mal répartis sur le territoire, ensuite très peu demandés ou empruntés, que ce soit par les chercheurs (premier public intéressé), par les étudiants (qui ne les demandent quasiment pas), ou par le grand public.

Dans un second temps, l'auteur analyse les comportements et les réflexions des professionnels sur ces textes dits « litigieux ». Que faire face à ce genre de livres ? Doit-on les rendre disponible à tous dans un établissement public ? Comment les présenter à un public multiforme ? Le Code de déontologie de la profession est pourtant très clair sur le sujet : aucune censure, respect d'un strict légalisme, aucune opinion personnelle des fonctionnaires dans l'exercice du métier. Et pourtant, les pratiques que recense l'auteur entrent parfois en contradiction avec ces règles. Face à ce flou, un encadrement juridique résoudrait-il le problème du comportement à adopter face aux « livres litigieux », faciliterait-il la profession de bibliothécaire ? Pas si sûr selon l'auteur, pour qui la liberté du bibliothécaire vient parfaitement répondre à la vocation première de tout établissement : la diffusion du texte. Et s'il existe des textes pour lesquels cet « Encyclopédisme » est nécessaire, c'est bien pour les pamphlets céliniens dont la mise à disposition aux chercheurs vient contrer les « effets pervers induits par la non-réédition des textes » depuis plus de cinquante ans.

Reste alors à étudier les modalités de communication au public, que l'auteur expose dans une dernière partie et dévoile les différentes armes du bibliothécaire pour, s'il le souhaite, mettre en contexte, mettre à distance ces ouvrages : rédaction de notices, classement particulier, insertion au sein d'un « tissu documentaire », politique d'acquisition, actions culturelles.
A la lecture de ce Mémoire, on le voit, la responsabilité du bibliothécaire est grande et son espace de liberté bien maigre face aux exigences croisées du public, de la loi, de sa tutelle et de sa propre éthique personnelle.

M. G.
Le Petit Célinien, 17 décembre 2013.

Disponible en téléchargement gratuit sur www.enssib.fr.

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