lundi 8 avril 2013

Dominique de ROUX, l'homme des extrêmes par Jean-Luc BARRÉ (2013)

Les éditions Perrin éditent ce mois-ci dans leur collection de poche Tempus la biographie de Dominique de Roux par Jean-Luc Barré, Dominique de Roux, l'homme des extrêmes, parue initialement chez Fayard en 2005. De nombreuses références à Céline dans ce texte de plus de 600 pages pour évoquer notamment l'influence de Céline sur l'écrivain, la fondation des Cahiers de l'Herne ou encore la rédaction de La mort de L.F. Céline publiée  aux éditions Ch. Bourgeois en 1966. Extraits :

« Seul ou presque, un Louis-Ferdinand Céline paraît vouloir se tenir à distance de tout, après avoir signifié à Louis Aragon, en janvier 1934, son refus sans appel d'un quelconque engagement politique. L'auteur de Mort à crédit sera l'un des rares écrivains de cette époque à trouver grâce, après coup, auprès de Dominique de Roux, non seulement pour la supériorité de son génie littéraire, sa volonté désespérée de "tout savoir et raconter" des miasmes de son temps, mais aussi pour sa lucidité de "voyant", "sûr de l'histoire fatale, bien avant ses contemporains" - quand la quasi-totalité de ses pairs, Malraux en tête, qui "prenait des clichés dans son zinc", n'auront droit qu'aux sarcasmes virulents du directeur des Cahiers de l'Herne. Replacée dans le contexte politique de la fin des années trente, une telle prédilection pour le "sublime contemplateur de la désolation" n'a rien de surprenant. Dominique de Roux se reconnaîtra d'autant mieux dans la vision célinienne que celle-ci, avant tout dictée par le constat implacable d'une faillite générale, procède d'un même rejet des idéologies totalitaires que de l'ordre bourgeois. "Dernier représentant de l'Ancien Monde, Céline en incarne tous les désastres", résumera t-il. Rien ici qui ne soit conforme au climat de pensée qui a imprégné sa jeunesse et inspiré pour partie sa conception tout aussi fataliste du monde contemporain. »

« Sa découverte de l'oeuvre de Louis-Ferdinand Céline, au même moment, n'est sans doute pas étrangère au surcroît d'inquiétude et de fébrilité qu'on ressent alors chez lui si fortement, à cette lucidité acerbe qu'il cherche à affirmer à tout propos, à cet acharnement à faire tomber les masques, à traquer la vérité quoi qu'il en coûte. "Céline est magnifique", répète t-il à ses proches, en les abreuvant de longs extraits de Voyage au bout de la nuit qu'il joint à sa correspondance. [...] La révélation, durant son passage en Allemagne, des oeuvres du plus sulfureux des écrivains français contemporains agit sur ce lecteur de vingt-trois ans comme un véritable révélateur de sa propre instabilité, de son déséquilibre croissant, de la fuite en avant où il se trouve lui-même engagé. Au ton désabusé, facétieux de ses premiers textes se substitue déjà, dans ses envois à Jacqueline Brusset ou Georges Bez, une écriture plus sombre et corrosive. »


Jean-Luc BARRÉ,  Dominique de Roux, l'homme des extrêmes, Perrin, 2013.
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A lire :
Entretien avec Dominique de Roux (1966)
Dominique de Roux, La mort de L.-F. Céline, La Table Ronde, 2007.
Dominique de Roux, Il faut partir : Correspondances inédites (1953-1977), Fayard, 2007.
Philippe Barthelet, Dominique de Roux, Coll. Qui suis-je, Pardès, 2007.

A voir :
Dominique de Roux (1935-1977) (Documentaire)


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