dimanche 3 mars 2013

Louis-Ferdinand CÉLINE : « La critique italienne » par Paolo CARILE (1988)

La fortune littéraire de Céline en Italie est désormais chose acquise, elle est fondée sur un intérêt à peu près constant de la critique, des éditeurs, de la presse et d'une partie considérable des lecteurs de mon pays depuis au moins un quart de siècle. J'en ai retracé I'historique à trois reprises, en 1969, cn 1974 et en 1976 (1), il est donc inutile de répéter ce que j'ai déjà exposé.
Dix ans après le dernier bilan on ne peut que conlirmer que I'auteur de Voyage demeure l'écrivain français contemporain le plus cité dans la presse(1), le plus traduit (2), celui dont on parle le plus souvent dans des émissions de radio et de télévilion et dont on a tiré le plus grand nombre d'adaptations théâtrales (3), Céline, « personnage maudit », « cas littéraire », symbole ambigu de révolte, pour différentes raisons continue à attirer l'attention, à faire parler de lui et de son oeuvre.
Si l'analyse de cette fortune italienne (4) et de son évolution a fait l'objet de mes études précédentes, il reste maintenant à l'interroger surtout sur les raisons qui ont pu faire de l'Italie le pays où l'oeuvre de Céline a été le plus favorablement accueillie et sur les caractéristiques spécifiques d'une telle fortune.
En effet, Céline, l'homme du Nord qui n'aimait pas le soleil, le barde celte possédé par un tropisme septentrionale n'éprouvait aucune attirance pour les pays méditerranéens. Il avait même échafaudé une sorte de théorie imaginaire opposant au « complexe thématique négatif : soleil-chaleur-relâchement-liquéfaction » (6) décadence, qui caractériserait, selon lui, le Sud, un ensemble de valeurs positives « froid-pâleur-dépouillement-solidité-durée » localisé dans les pays du Nord. Cependant, l'écrivain reçoit, paradoxalement, sa plus remarquable consécration littéraire posthume dans un pays méridional, tout à fait étranger à son inspiration (7) et qu'il n'avait visité qu'une seule fois, fugitivement, dans sa jeunesse, avant d'entreprendre sa carrière littéraire.
Si l'on s'intéresse à l'évolution des goûts littéraires, des idées, des relations interculturelles, aux mutations de la psychologie profonde des peuples, aux politiques des maisons d'édition des pays occidentaux pendant ces dernières décennies, il est peut-être utile de dessiner la carte de la réception critique d'un grand écrivain dans les différents pays et de tenter d'établir les causes qui ont produit telle ou telle variation dans son accueil.
Un écrivain comme Céline peut constituer un cas emblématique, par la singularité de son existence et le caractère exceptionnel de son oeuvre qui se situe au centre même des questions que notre époque se pose, par les vives réactions que suscitent encore certains de ses écrits qui renvoient à la période la plus trouble de l'histoire récente de son pays. Une période dont, somme toute, l'Europe actuelle a hérité bien des contradictions et des ambiguïtés, mais dont elle a perdu (est-ce un bien ou un mal je ne saurais le dire), la plupart des illusions, des certitudes présumées.
L'oeuvre de Céline se situe donc à un carrefour historique et constitue un carrefour littéraire. À travers elle, comme à travers celle de Proust, de Joyce et de Kafka, passent les nouvelles voies où parfois s'engage le roman moderne. Le problème de sa réception est par conséquent un des grands problèmes de la littérature comparée actuelle. Sans vouloir l'affronter de manière rigoureuse et exhaustive dans un article de ce genre, je me contente, au moins de le poser et de fournir quelques éléments pour une meilleure compréhension.
On peut se demander pourquoi l'Italie occupe une place si particulière dans la réception de l'auteur de Mort à crédit. De façon tout à fait générale, à mon avis, ce succès est certainement lié à l'histoire récente de ce pays et à la manière particulière dont elle a été vécue par rapport aux autres grandes nations européennes (8). Les Italiens aussi ont été confrontés au fascisme et à l'antisémitisme, qui constituent les thèmes implicites ou explicites de l'oeuvre célinienne auxquels les lecteurs des autres pays semblent réagir plus vivement, mais les habitants de la péninsule les ont vécus d'une façon moins dramatique, moins déchirante ; probablement sans des bouleversements émotifs aussi profonds qu'en France ou qu'en Allemagne.
Ce qui explique qu'ils n'ont pas senti le besoin, la guerre terminée, de tourner la page d'une façon aussi brusque et radicale, en rejetant en bloc tout ce qui pouvait se rapporter de près ou de loin à l'expérience passée, y compris, en l'occurrence, l'oeuvre d'écrivains remarquables.
L'Italie des années Soixante a tendance à ne pas trop s'embarrasser de son passé ou bien à le regarder sans complexes. Engagée à achever sa reconstruction, elle est surtout tournée en avant, pour s'ouvrir économiquement et culturellement au monde. Elle veut gagner le temps perdu, sortir de sa « marginalisation » d'avant-guerre. Elle ne se sent pas coupable ou gênée et a tendance à charger des erreurs de son passé récent la classe politique du régime qu'elle a défenestrée.
L'Italie de l'époque est donc un pays disponible envers tout ce qui paraît intéressant ou nouveau dans la mode, les arts, la musique, le cinéma et la littérature.
Bien entendu ce que je viens de dire est très schématique mais peut être suffisant pour comprendre dans quel contexte général se situe le « repêchage » d'un écrivain qui, avant la guerre avait déjà fait une apparition éphémère grâce à la traduction de Voyage et de Bagatelles. Contexte général qui me semble différer sensiblement de celui des autres pays européens. En Allemagne, par exemple, Céline reste encore relativement inconnu pour le grand public et les spécialistes qui l'étudient se comptent sur les doigts de la maine (9) bien que cette nation se trouve au centre de l'inspiration d'une grande partie de ses romans d'après-guerre. L'explication doit se trouver dans le processus de refoulement dont Céline a dû être l'objet ainsi que tout ce qui concerne la sombre époque nazie. L'Allemagne des années Soixante n'a pas encore réglé ses comptes avec son passé, elle tente alors de l'oublier. Ainsi que l'a remarqué Philippe Alméras, un complexe de culpabilité et le réflexe démocratique se conjuguèrent pour établir une sorte de conjuration du silence vis-à-vis d'une oeuvre qui, évoquant la débâcle du troisième Reich, rappelait l'horreur de cette page d'histoire. Ce n'est que tout récemment que l'intérêt pour Céline s'est accru et que l'on commence à le lire en faisant abstraction des implications idéologiques du cauchemar qu'il évoque.
L'Espagne franquiste, fermée sur sa culture clérico-fasciste, méfiante vis-à-vis de la production littéraire française, ne pouvait certes pas être le pays qui contribuerait à la diffusion d'un écrivain aussi déroutant, aussi iconoclaste que Céline (10). Là aussi ce ne fut qu'après la mort du Caudillo et grâce au mouvement de libéralisation culturelle qui en suivit, que Céline prit place parmi les auteurs étrangers les plus traduits. Si son oeuvre, éditée en partie même dans des collections de poche, doit avoir une audience non négligeable, la réception critique par contre, ne dépasse pas encore, à ma connaissance, les articles de journaux et les préfaces à certaines traductions. Les travaux universitaires importants font défaut. Il m'est difficile d'expliquer, dans le climat actuel, cette inattention des spécialistes à l'égard d'un écrivain dont l'oeuvre romanesque possède des caractéristiques stylistiques et structurales qui me semblent se retrouver, parfois, tout particulièrement dans la littérature espagnole.
Quant à l'Angleterre, n'ayant pas connu directement le fascisme et l'antisémitisme virulent, pour elle Céline fut assez tôt un grand écrivain auquel elle commença à s'intéresser avant la guerre sans se laisser emporter par la vague d'émotion que celui-ci avait soulevée dans sa patrie. Cependant, d'après la bibliographie des traductions et des études critiques (11) au cours des années Soixante-dix cet intérêt semble s'être transféré en grande partie aux États-Unis, où il est très vif.
Ce rapide panorama ne voulait servir qu'à faire ressortir les causes majeures de la spécificité du cas italien avant de voir de plus près comment Céline est entré dans la culture de mon pays.

À côté de ces raisons historiques et politiques un climat culturel favorable a aussi certainement contribué à la fortune italienne du médecin-écrivain de Meudon. En effet, les maisons d'édition et leurs comités de lecture, en Italie, ont généralement fait preuve d'une grande attention à la production littéraire étrangère et d'autonomie par rapport aux conditionnements idéologiques. L'initiative de publier des traductions d'oeuvres céliniennes revient, par exemple, à douze éditeurs différents, d'orientations politiques parfois opposées. C'est grâce à ce climat culturel somme toute assez ouvert et à l'esprit entreprenant d'un grand nombre d'éditeurs toujours à l'affût d'une oeuvre présentant quelque singularité, que parfois des auteurs étrangers ont reçu une consécration en italien avant de l'obtenir dans leur propre langue.
Si cette absence totale de chauvinisme chez les opérateurs culturels italiens est incontestablement un fait positif qui favorise la circulation des oeuvres et donc l'élargissement du débat culturel, par contre, il me semble que ceux-ci manifestent la tendance à n'être pas toujours assez sélectifs dans leurs choix, à suivre parfois de trop près l'actualité éphémère, à se laisser emporter par une certaine « boulimie éditoriale » qui inonde le marché d'une masse hétéroclite de livres. Quoi qu'il en soit Proust et Céline n'auraient probablement pas eu chez nous les difficultés qu'ils eurent dans leur pays, à leurs débuts, pour se faire éditer, et Gramsci, s'il avait été étranger, n'aurait pas attendu près d'un demi-siècle pour être traduit, comme cela est arrivé en France. Cette disponibilité ambiante favorisa la diffusion d'un auteur tel que Céline sans provoquer les réactions et les intolérances que l'on a vues ailleurs.
D'autre part, à une époque où les jeunes romanciers italiens cherchaient de nouvelles voies narratives à travers l'expérimentation, l'exemple précurseur de Céline ne pouvait pas être négligé. Les milieux littéraires d'avant-garde se confrontèrent avec la modernité de son écriture, les critiques militants essayèrent de l'interpréter. Il devint un point de référence. Trente ans après Viaggio al termine della notte, on recommença à traduire les autres romans. La tâche fut confiée le plus souvent à des poètes ou à des romanciers tels que Caproni, Celati, Guglielmi, car il fallait recréer, réinventer une langue et un style littéraires à partir de registres linguistiques fort différents. Le traducteur devait être, lui aussi, un artiste, un habile jongleur verbal. Ce travail fut aussi un test très important pour notre langue littéraire qui manifesta, au début, son insuffisance à faire passer l'idiolecte célinien.

Le résultat du travail de réinvention et de mixage auquel furent contraints les traducteurs constitua un exemple qui ne fut pas sans influence. Il contribua d'un côté à assouplir et à rénover le langage romanesque italien, de l'autre à modifier l'horizon d'attente des lecteurs qui s'habituèrent au style haché, pulsionnel, aux ruptures syntaxiques, à la fantaisie verbale, qui apprirent à se laisser séduire par la somptuosité et la magie d'une écriture plutôt que de chercher dans les textes des peintures réalistes ou des analyses psychologiques. L'activité de traduction, recommencée en 1964 avec Morte a credito et poursuivie jusqu'à nos jours, permet désormais de lire en italien vingt-quatre textes céliniens; c'est-à-dire presque toute son oeuvre à l'exclusion de Féerie pour une autre fois, deL'Ecole des cadavre et d'une partie de la correspondance. Cela fait de l'Italie le pays où Céline a été le plus traduit, car les pays anglo-saxons et ceux de langue espagnole n'ont publié qu'onze ouvrages chacun, tandis qu'en Allemagne les traductions sont encore moins nombreuses.
À cette richesse d'initiatives éditoriales, à cette attention des hommes de lettres et des critiques correspond, en premier lieu, un intérêt soutenu des médias.
Le romancier, si longuement contesté en France et refoulé en Allemagne, est présenté avant tout, comme un « cas » socio-politique à travers lequel on met en discussion le comportement des intellectuels pendant les années noires et les responsabilités sociales de l'écrivain. La presse à grand tirage et la télévision s'emparèrent de ce « cas » tout de suite après la mort de Céline pour souligner également la destinée picaresque d'un auteur qui ne sut ou ne voulut jamais s'intégrer à aucun système socio-professionnel et idéologique, et dont l'existence même, profondément mêlée aux grands bouleversements de la première moitié de notre siècle, avait été un passionnant roman d'aventures où le grotesque côtoyait parfois le tragique. Le ton de ces articles ou de ces émissions est, en général, moins passionné, moins partisan que celui qu'on peut trouver en France à la même époque, même si les jugements idéologiques l'emportent encore souvent sur les analyses littéraires.
Dans une perspective moins éphémère et avec des buts moins sensationnels, c'est la critique militante et universitaire qui n'a pas tardé à dégager l'écrivain génial de l'auteur à la biographie tumultueuse. Certes séparer l'homme (un homme si encombrant et inconfortable !), de l'oeuvre, pour ne s'attacher qu'à celle-ci et essayer de l'analyser dans sa spécificité était une opération beaucoup plus facile en Italie, pays non directement concerné par les événements troubles auxquels Céline avait été mêlé et qui avaient laissé tant de blessures ouvertes dans l'âme d'un grand nombre de ses concitoyens.
C'est dans la terre (12) de Malaparte et de Pavese, marginale mais non étrangère au vécu dont l'oeuvre de Céline s'inspire, que celle-ci pouvait plus facilement se détacher de son auteur, de ses choix idéologiques, de ses actes, qu'elle pouvait progressivement se situer dans l'histoire de l'évolution du roman occidental au XXè siècle, le seul contexte pertinent pour une oeuvre littéraire de ce genre.
Dans ce climat d'ouverture Céline a été racheté et a pu trouver sa place parmi des écrivains dont les actes et les idées parfois condamnables ou méprisables ne peuvent cependant pas effacer le génie qui les habitait.
L'apport italien à la fortune de Céline est donc des plus importants. Cela dit, il faut ajouter que la critique célinienne en Italie, sans se caractériser par des approches méthodologiques particulières, s'est pourtant différenciée de celle d'autres pays surtout par le fait qu'elle a négligé les études biographiques (13) et, sans effectuer aucune censure, a centré son intérêt principal sur les aspects stylistiques de l'oeuvre de Céline, aussi bien que sur les problèmes de sa réception.
Son attention, portée plutôt sur le signifiant somptueux que sur le signifié problématique, lui a permis d'avoir une part non négligeable, à mon avis surtout dans les années 1965-1975, dans la transformation, auprès du lecteur moyen, ainsi qu'auprès de nombreux spécialistes, d'un auteur contesté en un grand écrivain. Cette critique en affirmant la primauté de l'écriture a contribué à faire de l'oeuvre de Céline un des sommets de la littérature européenne.
En effet, ainsi que l'a fort bien souligné Roland Barthes, en parlant de Léon Bloy, un autre halluciné de la parole, « les illusions, ce sont les contenus, les idées, les choix, les croyances, les professions, les causes, la réalité, ce sont les mots, l'érotique du langage » (14), cette érotique que Céline a pratiqué avec fureur et délicatesse à la fois et dont « il nous fait encore aujourd'hui partager l'emportement ». 

Paolo CARILE 
La Revue des Lettres Modernes n° 849-856, 1988, « L.-F. Céline (5) : Vingt-cinq ans d’études céliniennes ».

> Télécharger cet article (pdf, 7 pages) 

A lire :
> « La critique anglo-saxonne » par Leslie DAVIS (1988)


Notes 
l. « La Fortuna di Céline in Italia », pp. 109-91 in L.-F. Céline, un allucinato di genio (Bologna, Pàtron, 1969); Céline oggi (Roma, Bulzoni, 1974) ; « Editeurs, critiques et public italiens face à Céline », Australian Journal of French Studies, vol.XIII, nol-2,1976, pp.150-61. Ces études comportent aussi, en appendice, une bibliographie sur les travâux des célinistes italiens et un tableau des traductions italiennes des oeuvres de Céline jusqu'en 1975.
2. Nous avons répertorié une centaine d'articles de journaux dans cette dernière décennie, consacrés totalement ou partiellement à I'auteur de Rigodon.
3. Depuis 1975 la traduction en italien de textes céliniens s'est poursuivie régulièrement, ainsi que le montre la bibliographie en appendice à cet article.
4. En novembre 1983 la compagnie Teatro in aria a présenté au Théâtre de la Piramide de Rome une adaptation de Voyage avec mise en scène de A. Berdini et de C. Paini. En novembre 1984 la compagnie Nuova scena du Théâtre Testoni de Bologne a présenté une adaptation de Le Docteur Semmelweis, mise en scène par E. Vetrano et S. Randisi. A la première de cette représentation ont assisté Mme Lucette Destouches et M. Gibault.
5. Dont les Français ne semblent pas s'être rendus tout à fait cornpte, car leurs études n'accordent pas beaucoup d'attention aux travaux étrangers, notamment à ceux publiés en ltalie et en Allemagne, ainsi qu'au succès des traductions de Céline. En général, ils ne se sont pas montrés (à l'exception de J.-P. Dauphin, très attentif aux publications étrangères), soucieux du problème de la réception. Læs spécialistes allemands, par contre, ont manifesté bien plus d'intérêt pour I'activité critique et d'édition qui a lieu dans mon pays, ainsi qu'en témoignent les deux études solides et fort documentées de Margarete Zimmermann, « Céline et les céliniens : un bilan » (Romanistiche Zeitschrift fur Literaturgeschichtel / Cahiers d'histoire des littératures romanes, Heft 314,1982, pp.459-89); et de Joseph Jurt, « Céline prophète de la modernité et pierre d'achoppement. La critique célinienne aujourd'hui » (Oeuvres et critiques, Vll, n°2, 1982-83, pp.33-55). De son côté la critique italienne n'a pas négligé l'imporfance de l'étude de la réception de l'auteur de Bagatelles en Allemagne, ainsi que le montre le volume de E. Fiorioli, Céline e la Germania (Verona, Libreria Universitaria Editrice, 1982).
6. Les deux voyages de jeunesse en Afrique plutôt que des exceptions à ce tropisme, pourraient au contraire avoir contribué à le déterminer, étant donné la négativité, pour Céline, de son expérience africaine.
7. Voir l'article fort intéressani de Philippe Alméras, « Tropismes céliniens » (Esprit, n°416, sept. 1972, pp.3l2-19), d'où j'ai tiré cette courte citation. J'ajoute que pour Céline tous les voyages réels ou imaginaires vers le bonheur, vers le salut, étaient orientés au Nord. Déjà à la fin des années Trente l'écrivain évoquait fréquemment tel ou tel pays nordique (Jersey, Angleterre, Irlande, Canada), comme des lieux salutaires d'exil. En 1938 il se rendit à Saint-Pierre-et-Miquelon, l'épisode ne fut pas sans importance car dans D'un château l'autre le narrateur-auteur se réjouit d'une prétendue nomination, pendant la guerre, au poste de gouverneur de ces îles septentrionales. À la Libération, quand il s'enfuit de la France, Céline a comme destination le Danemark, encore une fois une terre nordique.
8. Je n'ai pas d'éléments suffisants pour élargir la confrontation avec la réception dont est l'objet Céline dans les pays extra-européens, mais il n'en demeure pas moins que sa fortune au-delà des océans me paraît beaucoup plus récente.
9. Voir la thèse de Geneviève Guth-Kitts, Céline und Deutschland [...] (Mayence, 1976) et l'étude de E. Fiorioli, déjà citée.
10. Il est intéressant de remarquer que la première traduction en espagnol, mais publiée en Argentine, est celle du pamphlet anti-soviétique Mea culpa (1937), suivie de celle du Docteur Semmelweis. Ce qui revenait à présenter un Céline anticommuniste et humanitaire.
11. Voir Stanford LUCE et W.K. BUCKLAY, A Half-century of Céline. An annotated Bibliography 1932-1982 (New York and London, Garland, 1983).
12. Où pourtant, et ce n'est pas le seul des paradoxes de ce pays, un étrange amalgame de dogmatismes clérico-marxistes, de mythes et de croyances provenant de l'idéologie fasciste, demeure encore, malgré l'action courageuse des élites intellectuelles, le fond sous-jacent d'une partie considérable de la culture moyenne.
13. La monographie de M. Rago (Céline [Firenzs, La Nuova Italia, 1973), dans une collection de poche constitue la seule exception. Toutefois, plutôt que d'une étude biographique originale il s'agit d'une synthèse intelligente des connaissances déjà acquises sur la vie et l'oeuvre de céline afin de les diffuser en Italie.
14. R. BARTHES, Le Bruissement de la langue (Paris, Seuil, 1984), p.224.
15. A l'exclusion des comptes rendus.
16. Des journaux tels que Tutto Libri en 1979 et II Manifesto en 1981 et en 1982 ont consacré des séries d'articles au père de Bardamu.

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