vendredi 9 décembre 2011

Sarkozyste et célinien - Minute n°2541 - 7 décembre 2011

Où comment on peut être l’une des éminences grises de l’Elysée et rendre un fort bel hommage à Louis-Ferdinand Céline.

Patrick Buisson n’est pas seulement le « monsieur sondage » ou la « conscience de droite » du président de la République. Le conseiller de Nicolas Sarkozy est aussi un journaliste et un historien – auteur, entre autres ouvrages, des deux tomes de 1940-1945, Années érotiques (Albin Michel). Le chemin parcouru en quarante ans par l’ancien responsable de la FNEF (La Fédération nationale des étudiants de France) à la faculté de Nanterre est un bel exemple de continuité du combat métapolitique : adepte d’un gramscisme de droite, il sait qu’il n’existe pas de victoire politique sans imprégnation culturelle préalable.
Directeur de la chaîne de télévision câblée Histoire, Patrick Buisson vient de terminer son premier film. Il s’agit d’un documentaire intitulé « Paris Céline », consacré au souvenir de l’auteur du Voyage au bout de la nuit, qui sera diffusé pour la première fois le mardi 13 décembre prochain sur Histoire.
Le 21 novembre, pour l’avant-première, plusieurs centaines de personnalités se pressaient au cinéma Gaumont Capucines, à une encablure de l’Opéra, à Paris. On y trouvait des politiques : le ministre des Transports Thierry Mariani, chef de file de la Droite populaire, les anciens ministres chiraquiens Hervé Gaymard et Frédéric de Saint-Sernin, ou l’ancien député européen Paul-Marie Coûteaux, devenu porte-parole de Marine Le Pen. Côté journalistes, Etienne Mougeotte, patron du « Figaro », naviguait entre les membres de sa rédaction et d’anciens collègues de Buisson à « Valeurs actuelles », « Spectacle du monde » ou « Minute » – tels Bruno Larebière, ancien rédacteur en chef de « Minute » devenu conseiller en communication, ou Emmanuel Ratier. La salle accueillait également le gratin célinien : l’avocat François Gibault ou Marc Laudelout, directeur du « Bulletin célinien ».

Lorànt Deutsch sur les pas de Bardamu
Mais revenons à Paris Céline. Pour nous mener du passage Choiseul à Clichy et de Montmartre à Meudon, Patrick Buisson a choisi l’acteur Lorànt Deutsch. Le jeune auteur du best-seller Métronome est un amoureux de Paris, mais aussi un anticonformiste récidiviste. Ainsi, il n’hésite pas à se proclamer partisan d’une monarchie constitutionnelle, affichant ses sympathies pour le prince Jean d’Orléans, assistant à la messe annuelle pour Louis XVI célébrée en l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Le choix de Patrick Buisson se révèle excellent, et Deutsch, titi parigot par excellence, nous guide avec entrain à la découverte des lieux de mémoire céliniens d’Ile-de-France. Sa manière « stacato » et gouailleuse de citer Céline nous ferait presque oublier Fabrice Luchini, c’est dire !
Ainsi que l’a noté Francis Bergeron dans « Présent », « cette promenade littéraire est accompagnée de nombreux extraits de films, de spectacles, ou de scènes de rues. Et aussi de beaucoup de chansons d’époque. Drôles et grinçantes, plus qu’émouvantes. Le tout extrêmement bien choisi et bien monté. On y voit notamment ce fameux extrait du film de Jacques Deval, tourné en 1935, Tovaritch, où Céline fait le figurant pendant quelques secondes. Et puis tous les amis de la saga célinienne apparaissent dans le film : Arletty, Le Vigan, les peintres Mahé et Gen Paul, Marcel Aymé. Ses femmes, aussi : Elisabeth Craig, Lucette Almansor… »
Né à Courbevoie en 1894, mort à Meudon en 1961, fils de petits commerçants, Céline était un vrai parisien, un citadin gouailleur, un médecin de banlieue et un artiste bohème. Il grandit au coeur du Paris des grands boulevards de la Belle époque.
A Montmartre, durant l’Occupation depuis ces hauteurs du nord de Paris, il est aux premières loges pour contempler l’ampleur des destructions causées par les bombardements alliés sur le quartier de la Chapelle. Après son exil au Danemark, il redevient, dans sa maison de la Route des gardes, à Meudon, le médecin des pauvres qu’il était au dispensaire de Clichy, à la fin des années 1930.
Buisson salue en Louis Destouches, avec l’aimable complicité de Lorànt Deutsch, un turbulent enfant de la Seine dont on s’étonne que certains s’évertuent à l’exclure de notre mémoire nationale. Mais l’on sort de ce film renforcé dans la certitude qu’il est des purgatoires qui valent des Légions d’honneur ou des Prix Nobel.

Jacques COGNERAIS
Minute n°2541, 7 décembre 2011.

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