mardi 17 mai 2011

L'homme en panne d'ascenseur par Olivier Bardolle

Si vous souhaitez faire une cure anti-droits de l'homme, prenez un bain de foule, c'est radical. Vous pouvez aussi lire la page des faits-divers de votre journal favori toujours parfaitement révélatrice de la nature humaine et des mœurs de l'époque. J'ai aussi mis mon nez dans un gros livre de Jared Diamond, intitulé avec malice, "Le 3è chimpanzé". Il est amusant de constater, après lecture, comme la longue et brillante analyse anthropologique corrobore ce que l'expérience de la vie nous révèle directement tous les jours par la simple force de la « chose vécue », à savoir que l'être humain n'est qu'un grand singe, instinctivement égoïste, cérébralement paranoïaque, et sensuellement jouisseur. C'est bien ce qu'avait perçu Cioran, en visite au zoo, où s'étant arrêté devant la cage aux singes et constatant leur chamaillerie et leur obscénité, très éloignés de la dignité des autres animaux, il se dit en les regardant que « l'homme n'était pas loin ». Bonne intuition, jamais des bêtes ne se comporteraient comme des singes. On ne naît pas homme, on le devient, et c'est ce qui rend caduc le concept des "droits de l'homme" si pratique pour masquer l'insuffisance congénitale de l'animal humain qui n'a pas fait l'effort de se hisser à la condition humaine. C'est ainsi, que tout le monde réclame tout le temps, tout et n'importe quoi, et se pose en perpétuelle victime du système. Dernièrement, nous avons vu un handicapé parisien se plaindre du fait qu'il avait été coincé dans son appartement du 2è étage à cause d'une panne d'ascenseur prolongée. Toutes les bonnes âmes se sont immédiatement « indignées » (comme le recommande M. Hessel) et se sont acharnées sur cette vilaine société immobilière incapable de faire réparer son ascenseur dans l'heure (alors que c'est l'ensemble du parc français qui est en voie de délabrement pour cause de vétusté). Bon, c'est vrai, un ascenseur en panne c'est toujours agaçant mais ne peut-on pas aussi se demander si la « victime » ne fut pas un tantinet inconséquente. Quelle idée d'aller s'installer au 2è étage lorsqu'on est en fauteuil roulant ? Pourquoi n'a-t-elle pas choisi un rez-de-chaussée ?
D'ailleurs, dans un esprit de solidarité pourquoi ne pas réserver en priorité les rez-de-chaussée aux handicapés, aux cardiaques, et aux vieillards. En résumé, le simple bon sens, sil était encore appliqué, nous préserverait de ces grandes envolées lyriques et creuses que sont ces « droits de l'homme» revendiqués à tort et à travers en toutes circonstances, et qui rendent assourdissant le silence qui se fait de plus en plus lourd autour des « devoirs de l'homme » qui ne sont tout simplement jamais évoqués. Comme le disait Céline : « les hommes, c'est comme les poules, pour les faire un peu décoller, faut leur flanquer un bon coup de pied au cul, alors ils volètent un peu mais l'effet ne dure pas ». Ils sont trop lourds, c'est ça le problème, trop lourds...

Olivier BARDOLLE*
Service Littéraire n°41, Mai 2011

Jared Diamond, Le troisième chimpanzé, Gallimard, 2000.

*Écrivain et éditeur, vient de publier Le petit traité des vertus réactionnaires chez l'Éditeur.

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