vendredi 11 mars 2011

Louis-Ferdinand Céline, férocement humain

Ma peau sur la table (féerie) d'après les romans, lettres et entretiens de Louis-Ferdinand Céline se joue jusqu'au 20 mars 2011 au théâtre du Hangar à Montpellier. Midi Libre consacre un article à cette pièce.

Honni pour ses violents pamphlets antisémites, Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, est aussi loué pour la qualité de son écriture. « Ma petite musique », disait-il, conçue dans un style parlé pour exprimer l'émotion, dotée d'un vocabulaire, à la fois argotique et érudit, pour dire (très) crûment son anti-militarisme, son refus du matérialisme ou même défendre les opprimés...

Un Céline aux multiples facettes qu'éclaire David Ayala. Le metteur en scène, avec ses compères Stanislas de la Tousche et Gérard Bénech, a pioché dans les romans, les lettres et les entretiens de l'écrivain médecin pour brosser son portrait et celui de son œuvre. Et comme pour sa précédente mise en scène consacrée à Guy Debord, il compose avec Ma peau sur la table, féerie,
vu au théâtre du Hangar, un spectacle visuel et charnel où les mots prennent de l'épaisseur.

La narration impressionniste proposée emprunte de multiples voix. D'abord, celles des quatre comédiens, tous impeccables. Stanislas de la Tousche a les traits et le phrasé du Céline vieillissant. Sophie Affholder, Hervé Jacobi et Nicolas Rappo endossent les autres rôles (collectionneur d'objets, Céline jeune, son épouse, des journalistes…) et parfois font résonner certains propos tenus par d'autres. Des voix qui sont aussi par moments amplifiées, enregistrées ou murmurées tandis qu'une bande-son très travaillée ponctue l'ensemble de bruits divers (trains, cloches, aboiements..) et de virgules musicales. Enfin, il y a les images projetées avec parcimonie sur l'écran en fonds de scène qui ajoutent une note poétique.

On est embarqué par cette mise en scène rythmée et fluide où Céline (et les autres) évoque tout autant la littérature que la place de l'artiste, les dentelles que travaillait sa mère ou l'amour qui s'en va. C'est un Céline bien humain (avec ses fulgurances et sa part d'ombre) que l'on découvre dans ce décor où il pleut des livres. De quoi donner envie de se plonger dans Mort à crédit et autre Voyage au bout de la nuit.

Mireille PICARD
Midilibre.com, 10/03/2011

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