samedi 5 février 2011

" Célébré ou pas, Céline, c'est la star de 2011, il n'y aura personne d'autre " par Marc-Édouard Nabe

C'est magnifique qu'un pays comme la France continue, sans vergogne, comme on dit en Italie, à se déshonorer de la sorte. En même pas un mois, vous l'avez vu jouer le fier-à-bras antiterroriste jusqu'à être responsable de la mort de deux otages au Niger, puis proposer de prêter main-forte à la police de Ben Ali pour tuer plus de manifestants en Tunisie et enfin refuser, sous les ordres d'un seul citoyen, Serge Klarsfeld, au plus grand écrivain français de tous les temps, mort il y a cinquante ans, la moindre considération !

J'ai envie de dire " merci, Klarsfeld ! ", car il a permis à Céline d'échapper à ces cérémonies grotesques de célébrations nationales. Il n'avait rien à faire là. Encore une fois, comme toujours dans son destin stratégique, Céline échappe au dernier moment à la salissure de la reconnaissance. Il est béni des dieux pour ça. Comme en 1932, il avait échappé in extremis à un grand prix littéraire. Avec cette histoire, on le retrouve en photo partout, jusqu'à la une du Monde, c'est la star de 2011, célébré ou pas, il n'y aura personne d'autre, il a gagné et sans se compromettre. Trop fort !

Que Klarsfeld répète le fameux cliché " Céline grantécrivain/ordurantisémite ", c'est presque " normal " mais je trouve en revanche bien honteux de la part de " céliniens " professionnels de s'aligner et même de surenchérir. Voyez le sinistre professeur Henri Godard, qui avait signé la notice du recueil des célébrations qu'il va falloir pilonner... Dire qu'il voulait me faire un procès chez notre éditeur commun, Gallimard, quand j'ai sorti mon livre sur Lucette et Céline en 1995parce que déjà je relevais sa faux-culterie ! Eh bien, ce Godard, qui vit grâce à Céline depuis quaranteans, ose le traiter de " pur salaud " comme le dernier des chasseurs de nazis !

Mais on ne peut pas être un grand écrivain et un salaud. Céline n'est donc pas un salaud dans le sens où ses pamphlets, qui s'inscrivent totalement dans sa littérature, n'ont pas été écrits pour servir une force gouvernementale ou policière, qu'ils n'ont été récupérés par aucun parti collaborationniste ni par les Allemands, qu'ils n'engageaient que lui seul avec tous les risques, et dont on surévalue aujourd'hui l'influence directe sur les vrais " salauds " actifs de la collaboration. Céline était pris au sérieux comme écrivain mais pas comme pousse-au-crime, il faut ne rien savoir de l'époque pour soutenir le contraire. J'entends des choses énormes répétées par les perroquets de Wikipédia : " Céline dénonçait des juifs pendant la guerre, c'était un collabo, un être abject ", etc. Mais pas du tout ! Il n'a jamais fait une seule action antisémite de sa vie. Tant que les esprits ignorants ou partisans n'auront pas compris ça, je ne leur trouverai pas le droit de s'exprimer sur la " saloperie " d'un homme pareil.

" Bagatelles pour un massacre ", dont personne ne comprend d'où vient le titre (y compris les céliniens), n'a pas poussé des gens à faire concrètement du mal aux juifs. Et je dirais même à en penser. Les franchouillards délateurs de l'époque n'avaient pas besoin de Céline pour ça, lui dont la prose complexe et humoristique fut reçue dès 1937comme contre-productive par les " vrais " antisémites, à cause de son outrance parodique.

Marc-Edouard NABE
Le Point, 27/01/2011

www.marcedouardnabe.com

13 commentaires:

  1. "Céliniens"??? "Professionnels"??? Nabe se définit-il comme "célinien amateur"?

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  2. très bonne analyse.
    d'accord avec Nabe

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  3. Tout à fait d'accord. Je suis, moi aussi, indignée qu'on puisse traiter de "pur salaud" un auteur dont on édite les oeuvres. Céline étant indissociable de ses écrits, il fallait s'abstenir.

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  4. D'où qu'il sort ce petit prétentieux pour affirmer comme ça que personne, y comprisles céliniens, ne connaissent d'où vient le titre de Bagatelles pour un massacre ? Affirmation gratuite et sans fondement. Qu'en sait-il cet énergumène si Bagatelles n'a pas inspiré un con ou un salaud, ne l'a pas poussé à des faire ou dire des saloperies ? Même si Céline fut mal perçu ou refusé par certains intellectuels de son temps qui le croyaient de leur clan. Pas tous ! Pas par Rebatet en tous cas. Mais Nabe assène comme toujours des affirmations, des généralités, péremptoires, sans nuances, sans preuves. C'est son style. Là où il me semble avoir raison, c'est lorsqu'il écrit que Céline n'a pas écrit ses pamphlets pour servir une force gouvernementale ou policière, ce qui le différencie d'un Brasillach et d'autres. Céline seul, toujours. "Pas fait une seule action antisémite de sa vie" ? Nabe y va vite... Céline a tout de même demandé d'appliquer la loi de l'époque pour maintenir l'exclusion du médecin en poste à Bezons avant lui. Nabe ne sait pas tout sur Céline, mais en parle comme s'il savait tout. Autre affirmation péremptoire et stupide : "le professeur Godard vit de Céline depuis 40 ans"... Godard a un métier (c'est bien payé, prof de fac) et d'autres publications que celles sur Céline. Enfin, c'est du Nabe... On peut aimer... C'est du pavé, de la danse de l'ours, un peu lourd et lassant, répétitif, rhétorique, cultivant le paradoxe pour être original. Vive le paradoxe ! Mais le paradoxe, avec Wilde, ç'est léger, pensé, pas avec Nabe.

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  5. Toujours quelques belles fulgurances chez Nabe, comme toujours... mais aussi beaucoup de cabotinage... sa vraie nature.

    "Ses pamphlets n'ont pas été écrits pour servir une force gouvernementale ou policière". C'est sûr et certain.

    Il est assez remarquable d'observer le manège et l'outrance de ceux qui traitent Céline de salaud. Qu'en savent-ils au juste ? Qui sont-ils eux-mêmes d'ailleurs ?

    Kerouac avait décelé la profonde humanité de Céline... et son oeuvre de géant somme toute le prouve amplement.

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  6. Excellent ce Nabe !
    Une petite précision toutefois: le titre de Bagatelles est à lire "Bagatelles pour un massacre [des Aryens]" Céline considérant le futur conflit mondial comme une guerre juive n'ayant pour but que de détruire le plus d'aryens possible.

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  7. "Céliniens"??? "Professionnels"??? Nabe se définit-il comme "célinien amateur"?

    Évidemment, toujours ce qui se passe après chaque intervention de Nabe, tout le monde vient lancer son invective en brassant tous les lieux communs antinabiens qui puissent exister. Bave de crapaud et jus d'égocentrisme, prétentieux, etc, etc.
    À propos du commentaire de L'ÉTERNITÉ ROMAN, oui, il existe des céliniens professionnels qui font de Céline un fond de commerce et qui jouent les céliniens de service, mais qui ne sont que des tartuffes. Il en donne même un exemple de célinien professionnel : Godard.

    "D'où qu'il sort ce petit prétentieux pour affirmer comme ça que personne, y compris les céliniens, ne connaissent d'où vient le titre de Bagatelles pour un massacre ? Affirmation gratuite et sans fondement."

    Évidemment que c'est fondé. Nabe connait très bien les céliniens. Mais je me demande, d'où qu'il sort ce petit prétentieux pour affirmer que l'affirmation de Nabe est gratuite et sans fondement ? Affirmation gratuite et sans fondement.

    "Qu'en sait-il cet énergumène si Bagatelles n'a pas inspiré un con ou un salaud, ne l'a pas poussé à des faire ou dire des saloperies ?"
    Nabe dit que les pamphlets de Céline n'ont pas été récupérés les pouvoirs nazis ou collaborationnistes, et donc que l'influence qu'on lui prête n'est pas justifiée. Une vraie argumentation gamine... Et à ce jeu là... Qu'en sait-on si les livres de Sade n'ont pas poussé au crime ? Ou bien on peut aussi sortir, pour prendre un exemple connu, les chansons des Beatles qui ont entrainé Charles Manson à commettre ses meurtres. Céline n'a pas à être responsable d'un quelconque idiot.

    Je m'épargne le reste.

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  8. A propos de Bagatelles.

    Lettre à Marie Canavaggia. Le 26 octobre 1937. (extrait)

    Chère Enfant,

    Mille grands mercis pour votre lettre. Je n'ai point dans ce livre d'autre souci que d'être à l'ultime désagréable... à tous ceux auxquels je peux penser... que mon souvenir effleure. Souvenez-vous? Qui m'a défendu pour M. à Crédit? Des tenants de la haute littérature? Qui? Ce fut n'est-ce pas l'hallali le plus lâche, le plus injuste, le plus écoeurant... Alors, je n'ai l'intention que du berger à la bergère... Je me fous cosmiquement d'être impartial ou même scrupuleux... Je suis en guerre contre tous. Comme tous furent solidaires pour essayer de me réduire à rien. Ceci est peut-être mesquin mais solide et pondérable. Ce n'est pas du vent. Tous ces "Soyez noble... soyez au-dessus... ne vous mêlez pas de ces bassesses, etc..." sont des propos de juifs. Pour que nous prenions les coups de pied au cul avec le sourire et que nous crevions en souplesse.
    On nous travaille à la "noblesse d'attitude" - Eux se foutent pas mal de la noblesse d'attitude et ils sont Rois du monde. Je veux les égorger dans leurs mesquineries mêmes. Ce livre est rédigé sous le signe du grand DESAGREMENT. Il n'est pas fait pour plaire - à personne -
    (...)

    Unique et irrécupérable Céline, cela va de soi. C'est pour cette raison que je l'aime. Après... la réception de son oeuvre, ça regarde chacun. Le travail de charcutier ne m'intéresse pas, cela dit sans vouloir vexer personne, et surtout pas les membres de cette courageuse corporation.

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  9. Sur l'influence de Bagatelles sur certains esprits faibles à l'époque, lire Le Procès Céline de Gaël Richard qui vient de paraître et où il est évident que la révolution esthétique proposée par Céline n'est pas le souci majeur de ses lecteurs. Et Céline n'eut qu'un regret après guerre: avoir entraîné certains lecteurs abrutis dans l'erreur. L'erreur ? L'antisémitisme - qu'il qualifie d'ailleurs d'idiotie ! L'antisémitisme qui n'est qu'une composante historique et limitée (Blum, la guerre, le Front populaire, le bolchevisme) de son racisme (esthétique, culturel, poétique). Il a même écrit : "S'il s'en foutent les Juifs de l'antisémitisme, c'est du racisme dont ils ont peur".... Voir les livres de Nicole Debrie là-dessus qui en apprennent plus que le derviche tourneur Nabe. Rien de spécial contre lui, il fait ce qu'il peut, mais il tourne en rond autour de lui-même. "Les céliniens" ? ça n'existe pas ! c'est un fantasme... "Célinien" ça ne veut rien dire ou n'importe quoi... Comment prétendre connaître les céliniens ? et surtout "très bien" ? Aucun ne se ressemble. Chacun a sa lecture, son approche de Céline. Un monde les sépare, les oppose même chacun. Et Nabe est l'un d'eux, ni plus ni moins, avec ses limites. Dire que Céline n'a pas été récupéré par les collaborateurs est une contre vérité : voir les publicités de ses livres dans les journaux et les ouvrages d'époque du Dr Querrioux, de Montandon, de Louis Thomas... Ainsi de ce dernier parut en 1942 "Les raisons de l’antijudaïsme", avec la dédicace suivante imprimée en caractères gras : « A Louis-Ferdinand Céline qui a vigoureusement dénoncé les Juifs, parce que médecin des pauvres, il les a vus très malheureux sous la domination des Yds qui s’étaient emparés de la France. » Evidemment, Céline, n'était pas responsable de la connerie de ses lecteurs, mais celle-ci est toujours à redouter, surtout quand elle s'exprime de façon péremptoire.

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  10. "Comment prétendre connaître les céliniens ? et surtout "très bien" ? Aucun ne se ressemble"
    Il parle juste de ceux qui vivent de Céline, de ses écrits, de sa bio etc.... pas des lecteurs.

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  11. Combien sont-ils ceux qui vivent de Céline, de ses écrits de sa bio ? Trois, quatre ? Et ils ont un autre métier pour vivre. On connaît leurs noms. Céline est-il vraiment rentable en comptant le nombre d'heures de boulot ? Ceux que Céline aiderait à "mettre du beurre dans les épinards" en attirant les passionnés ? Sans compter Nabe ? A peine huit, et ils y consacrent du temps... Est-ce rentable ? Ceux que Céline aide en leur carrière universitaire ? Peut-être dix. Et ils y consacrent des jours et des années... en risquant de voir leur carrière freinée. Que certains s'imaginent que Céline est un bon créneau et tentent de l'exploiter, que certains tentent de faire de la récupération, c'est sûr, mais y gagnent-ils vraiment ? Ces amateurs n'y reviennent pas à deux fois. On lit du Céline, mais des livres sur Céline, très peu. Est-ce parce qu'il y en a peu de bons ? Possible.

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  12. Les céliniens se rassemblent parfois (rarement) et ne se ressemblent pas, se regardent avec méfiance, jalousie, mépris, haine parfois même. A part l'admiration pour l'oeuvre de Céline et pour des raisons très différentes, voire opposées, ils n'ont aucun point commun, sauf dans l'imagination des autres. Aucun point commun entre Nabe (car il en fait partie), Dauphin, Godard, Alméras, Alliot, Vitoux, Louis, Richard, Laudelout, Mazet, Derval, Debrie, Gibault, Pagès, Tetamanzi, dont Nabe n'a croisé de loin que le quart ou le cinquième pour en tirer ses anathèmes de prédicateur. Il a surtout fréquenté Pierre Monnier et Jacques d'Arribehaude pour se fournir en maximum de souvenirs personnels, fréquenter Meudon (où les céliniens ne vont pas), se prendre pour un Pape, faire des bulles et excommunier cestuy, tel autre ou tous. Petit Marat de bains turcs.

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