samedi 23 octobre 2010

Louis-Ferdinand Céline est amnistié (1951)

Madeleine Jacob et autres épurateurs rémunérés de la « Libération » peuvent se mordre le front, distiller leur bile et vomir leur haine… trop tard : Louis-Ferdinand Céline est amnistié.
En effet, sur requête de ses défenseurs, MM. Tixier-Vignancour et Albert Naud, le tribunal militaire de Paris à décidé que la loi d’amnistie d’août 1947 pouvait s’appliquer au cas de L.-F. Céline, médaillé militaire, croix de guerre 1914-1918. Il est ainsi relevé de sa condamnation prononcée par la Cour de Justice de Paris le 21 février 1950, condamnation qui vouait Céline à un an d’emprisonnement par contumace, à la dégradation nationale, lui confisquait tous ses biens présents et à venir et lui réclamait en outre 50.000 francs de dommages et intérêts.
Il est amnistié, mais rentrera-t-il pour autant en France ? Cette amnistie, juste en soi, ne pourra cependant effacer les six années d’exil au Danemark, six années durant lesquelles Céline a lutté contre le cafard, la misère et la plus stupide des haines. Six ans loin de la Butte Montmartre, sans les copains, sans pouvoir ouvrir la bouche de peur d’être expulsé… C’est dur pour un homme, ce fut un calvaire pour Ferdinand. (…)
En 1946, en 1947, en 1949, nous avons dit ici ce que nous pensions des poursuites intentées contre Céline ¹ ; en 1950, lorsqu’il fut condamné, nous avons été les seuls – ou à peu près – à dire que cette condamnation ne déshonorait que ses juges à gage, asservis à l’exécutif. Aujourd’hui, où l’armée des plumitifs de tous poils reprennent leurs attaques contre Céline parce qu’il est l’objet d’une mesure qui n’est que justice, nous redisons clairement ce que nous pensons : on peut ne pas être d’accord avec « tout » ce qu’a écrit Céline, on ne peut nier ni son génie (je ne dis pas « talent »), ni son prophétisme, ni l’injustice dont il a été l’objet. Certaines attitudes de l’homme peuvent inviter à quelques réserves, il n’en demeure pas moins que ceux qui présentement signe des Manifestes pour sauver Mac Ghee ² et qui n’élevèrent pas la voix lorsque fut condamné Céline, ne sont pas dignes d’émettre une opinion sur l’auteur du Voyage au bout de la nuit. La trahison des clercs français n’est certainement pas là où une presse asservie a bien voulu la voir.

André BRISSAUD

→ Article publié le 13 mai 1951 sous la signature de « Denis d’Aubras », anagramme d’André Brissaud, dans l’hebdomadaire belge Le Phare dimanche dirigé par Pierre Fontaine. Brissaud avait correspondu avec Céline en exil et l’avait rencontré ensuite à Meudon à plusieurs reprises. Voir son témoignage, « Voyage au bout de la tendresse » dans les Cahiers de l’Herne consacrés à Céline (pp. 313-317) et l’entretien qu’il réalisa en 1954 pour une réédition de Voyage au bout de la nuit (Cahiers Céline 1, pp. 157-164).


1. Notamment dans les articles suivants : « Le pamphlétaire L.-F. Céline va-t-il ressusciter ? », 1er mars 1947 (sous la signature d’A[ndré] R[ezeau]) ; « Céline fait encore parler de lui », 25 mai 1947 (sous la signature de Louis Rezeau) ; « Le Gala des vaches par Albert Paraz », 30 janvier 1949 (sous la signature de D[enis] d’A[ubras]).
2. Willie McGee, citoyen noir américain (Mississipi), venait d’être exécuté, le 9 mai 1951, sur la chaise électrique pour le viol d’une femme blanche. Il avait fait l’objet d’une vaste campagne en sa faveur. Diverses personnalités, comme William Faulkner, Albert Einstein ou Josephine Baker, s’étaient mobilisés pour sa cause, ainsi que plusieurs partis communistes en Europe et bien entendu aux États-Unis d’Amérique.

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