vendredi 15 octobre 2010

"Dieu qu'ils étaient lourds", dialogue avec Louis-Ferdinand Céline

Le Point, 13/10/2010 : Cheveux ternes, plaqués sur le visage, corps voûté enfoncé dans un fauteuil, costume de laine sombre, mine sombre. L'homme qui se tient là, dans l'obscurité, c'est Louis-Ferdinand Céline. Vilipendé et critiqué de toutes parts pour sa conduite pendant la guerre, l'écrivain veut retrouver les faveurs du public, mais ne le caressera jamais dans le sens du poil. Il accorde plusieurs entretiens à la radio. C'est la matière de ce spectacle, où l'auteur se livre sur sa vie et son art. D'abord l'enfance, élevé dans les becs de gaz, passage de Choiseul, par une mère dentellière et un "pèèèère" licencié ès lettres, les petits boulots ("douze métiers, treize misères"), puis la guerre, la vocation de médecin, les idées, qu'il dit détester plus que tout et l'idéologie. "J'ai été antisémite dans la mesure où je pensais que les Sémites nous conduisaient à la guerre, argumente-t-il... J'ai péché par orgueil, par vanité, par bêtise, j'aurais mieux fait de me taire." L'écriture enfin, l'écriture surtout. Reprenant Descartes, Céline clame qu'il n'y a pas de génie seulement de la méthode. Lui est un travailleur acharné, obligé de pondre 80.000 pages pour 800 publiées.
Marc-Henri Lamande campe un Céline saisissant. Il en adopte les gestes, les hésitations, la voix nasillarde et aigrelette, les tics de langage (de n'est-ce pas ou hein marmonnés en bougonnements intempestifs). On est littéralement suspendu à ses confidences, être détestable et contestable, homme féroce et artiste grandiose, reclus haineux et lyrique, qui réaffirme inlassablement sa quête d'émotion pour faire "jouir" ses lecteurs.

Nedjma Van Egmond

Dieu, qu’ils étaient lourds !
Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Réservations : 01 45 48 91 10
www.lucernaire.fr
Du 15 septembre au 13 novembre 2010, du mardi au samedi à 19 heures.
Durée : 1 h 10

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