samedi 3 octobre 2009

Céline : "Dieu, c'est un truc"

Pauledel.blog.lemonde.fr, 1/10/2009 : "Dans son numéro d’octobre la NRF publie 32 lettres absolument inédites de Céline qui se retrouveront dans le volume des “lettres”(choisies) en pléiade à paraitre le 13 novembre prochain. Parmi ces lettres, celle à Mauriac, écrite le 14 janvier 1933, pour répondre à la lettre du marsupial Mauriac qui avait félicité Céline, auteur inconnu de 39 ans, pour son Renaudot, ce premier roman Voyage au bout de la nuit, paru en octobre 1932, écrit, selon les termes de Céline, “en état de transes..”

Réponse de Céline, jeune écrivain, à Mauriac :

Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre.(..)
Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher; vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix.
pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi même et pour ne pas penser aux hommes,pour déserter ,en somme, superbement.

Voyez combien je suis argileux et vulgaire!

je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever,le reste je m’en fous., je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse,mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.

bien sincerement je vous prie,

Destouches Céline

Voici un extrait d’une autre lettre inédite. Elle est écrite par Céline en 1949. Il a été arrêté en 1945 par la police danoise. Il vit dans la propriété de Thorvald Mikkelsen, son avocat, très francophile, à Klarsskovgaar, à 60 kilomètres de Copenhague. Maison rouge brique à l’orée d’une foret de chênes et bouleaux. Juridiquement, il est en liberté sous condition de ne pas quitter le Danemark.

Voilà ce qu’il écrit à Jean Paulhan, chez Gallimard le 17 janvier 1949 :

ah cette nénéref (il s’agit de la revue NRF) elle m’agace comme les filles qui parlent toujours d’amour et n’ont jamais joui! qui donnent des cours d’amour! Enfin c’est un tic, mais toute la littérature en général qui m’horripile. je vois et lis toujours dans l’horripilant! Tous ces romans y compris Balzac me semblent toujours autant d’impostures(mot souligné)- que dire de Gide ou Proust!!. Ce sont pour moi des plans de roman, mais tout reste à faire, l’essentiel, le rendu émotif!Tous ces gens bavachent à 25 kil du nerf, persuadés qu’ils y sont! et le nerf c’est la vie. Ils pérorent, rhétorent, moralisent, maximent, mais de musique point l’once. La musique seule est un message direct au système nerveux. Le reste blabla.

Rappelons que Céline s’expliquera longuement dans les entretiens avec le professeur, en 1954, dans ce dialogue très drôle, où il expose son art d’écrire et il précise ce qu’il entend par “rendu émotif” tout en se moquant de tout ce que publie son éditeur Gallimard ; enfin il avait pour livres de chevet un volume pléiade sur les chroniqueurs du Moyen âge et les poésies de Ronsard. Il ne s’est jamais considéré comme un romancier. Ajoutons qu’en 1949, il est en train de rédiger ce livre capital et méconnu Guignol’s band."

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