jeudi 20 août 2009

Louis-Ferdinand Céline : "l'envoûtement... l'ensorcellerie... c'est le mouvement de l'eau..."

Je suis tenté dès que je vois l'eau... La plus petite raison ça va !... je ferais le tour du bassin des Tuileries au moindre prétexte ! dans un verre de montre si j'étais mouche un tout petit peu... n'importe quoi pour naviguer ! Je traverse tous les ponts pour des riens... Je voudrais que toutes les routes soient des fleuves... C'est l'envoûtement... l'ensorcellerie... c'est le mouvement de l'eau... Là comme ça, sans vouloir, hanté, juste au clapotis de la Tamise... je restais là, berlue... le charme est trop fort pour moi surtout avec les grands navires... tout ce qui glisse autour... faufile, mousse... les youyous... l'abord sud des Docks..., cotres et brigantines au louvoye ... amènent... drossent... frisent à la rive... à souple voguent!... C'est la féerie !... on peut le dire !... Du ballet !... ça vous hallucine !... C'e§s difficile à se détacher... Avec le petit bac, le Dolphin on entrait un peu dans la danse... deux petits tours... d'un bord à l'autre... j'en ai repris des cinq ou six fois! comme à la Fête!... l'aller le retour!... Barbeley - Greenwich... à toucher presque les gros cargos... les poussahs colosses à la remonte, bouillonnants furieux des hélices... drossés aux remous... rugissants, grognants d'alarme... craintifs aux abords... Quelle beauté!... mouettes au vol! glissez au ciel ! assez de rêve ! à terre enfant ! Plus un penny dans la poche ! Allez hop ! Greenwich !... quelle tristesse ! Allons maintenant ! assez flâné ! musé... Il faut que je retrouve cette vache! C'était bien entendu, convenu! chez l'autre, l'« Affreux » en question.

Louis-Ferdinand Céline, Guignol's band I, 1944.

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