jeudi 23 juillet 2009

Louis-Ferdinand Céline au théâtre : "Et dans l'Off: Dieu, qu'ils étaient lourds!"

Blog.L'Express.fr, 21/7/2009, par Laurence Liban : "Dieu qu'ils étaient lourds!" Ainsi se termine l'interview imaginaire que Louis-Ferdinand Céline accorda, vers la fin de sa vie, à un journaliste inconnu.

Imaginaire? Pas vraiment, puisqu'il s'agit des Entretiens avec le professeur Y, l'un des derniers textes de l'écrivain, lequel, coupant le pied aux inquisiteurs de tous poils, s'auto-interrogea à sa manière, c'est à dire sans faux-fuyants. Son enfance, ses parents, la croûte à gagner, les gifles à recevoir, les petits métiers, la guerre, la médecine, l'écriture comme un travail de forçat (8000 pages écrites pour 80 publiées), le style (deux ou trois stylistes par génération), l'antisémitisme, les idées qui se ramassent comme des prospectus dans le Off, les philosophes qui séduisent la jeunesse adulée, la fidélité à soi-même (femme du monde, pas putain), la haine éprouvée, la haine inspirée, le désir de mort... et l'usage des points de suspension, tout y passe avec une férocité totalement assumée, entre lucidité sur soi et aveuglement sur la marche du monde.

Disons le tout de suite, ce spectacle est sidérant d'intelligence. Grâce à Céline lui-même, bien sûr, mais tout autant grâce à l'interprétation qu'en donne le comédien Marc-Henri Lamande, dans la mise en scène de Ludovic Longevin qui endosse également le rôle du journaliste. Tapi dans la pénombre, l'homme de Meudon se prête au jeu des questions et des réponses. Tout dans le vêtement du comédien, dans ses gestes, dans sa diction, hésitante un instant, puis précipitée, tout dans ses phrases entrecoupées de "n'est-ce pas" à demi avalés, tout concourt à faire sugir l'écrivain en personne et c'est stupéfiant.

Car pour jouer Céline, entrer dans sa voix, dans sa peau, il faut un sacré culot, un sacré travail et un sacré courage. Marc-Henri Lamande possède tout cela. Il ne se prend pas pour Céline, ce qui serait obcène, mais il l'interprète comme on dit d'une partition musicale. L'effet est saisissant. On se croirait vraiment face au reclus de Meudon. Et l'on goûte pleinement ce texte aussi saignant qu'une viande au croc.

Laurence Liban

Du 8 au 25 juillet > 16h15
La Manutention – salle de l’AJMI
4 rue Escaliers Saint-Anne
84000 AVIGNON
Réservation : 04 90 86 08 73

Cie Vues de ton Manège

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