lundi 27 septembre 2010

Le Petit Célinien n°64

Le Petit Célinien n°64 (11 pages) :

Épuisé
Le numéro 2,50 €.Par paiement sécurisé Paypal (colonne de droite sur notre site).

Le Petit Célinien n°64 - Semaine du 27 septembre 2010.

Au sommaire:
- Louis-Ferdinand Céline, écrivain de la langue par Pierre Lalanne
- Sur notre site...
- Voyage à Copenhague (photos de Marc Fischer, 2010)
- "Qu'on en parle plus"
- Voyage au bout de la haine... avec LF Céline (L'Express, 14/6/1957)
- Lucien Rebatet, critique cinématographique par Marc Laudelout
- Lectures

Céline et L’Oréal

Il a beaucoup été question, cet été, de l’affaire Bettancourt. Elle oppose, comme on sait, Liliane Bettencourt à sa fille, avec en outre des interférences avec le gouvernement français. Quel rapport avec Céline ? Le 17 février 1942, dans une lettre à Lucien Combelle, il eut des mots très vifs à l’égard du père de Liliane, Eugène Schueller (1881-1957) : « Votre Shoeller [sic] avec toutes ses pitreries me semble bien youtre. Il ne parle jamais des juifs dans ses livres. Il paraît que son conseil d’administration recèle de forts puissants youtres, anglais et américains. » C’est que deux jours auparavant, dans son journal Révolution nationale, Combelle avait publié un grand article d’Eugène Schueller sur « Le salaire proportionnel ». Dans une société libérée du capitalisme libéral et des syndicats, qu’il appelait de ses vœux, les ouvriers eussent touché un triple salaire : un salaire d’activité, un salaire familial calculé en fonction de leur nombre d’enfants, et un salaire de productivité. Schueller avait déjà traité ce thème dans son livre, La Révolution de l’économie, paru l’année précédente et que l’auteur des Beaux draps avait certainement lu. Si Céline se méfiait de Schueller, c’est parce qu’il participait à la direction du RNP de Marcel Déat. Lequel était également suspect aux yeux de Céline en raison de ses liens avec la franc-maçonnerie et de son appartenance au monde parlementaire de la IIIe République que l’écrivain n’avait guère en haute estime. Coïncidence : en exil, Céline sympathisera avec le représentant de L’Oréal au Danemark, Georges Sales, et sa jeune épouse. « Ma compatriote, la petite bretonne... » dira d’elle Céline (1).
Qui était Eugène Schueller ? Ce chimiste génial mit au point les premières teintures capillaires de synthèse puis créa en 1909 la Société française de teintures inoffensives pour cheveux, futur L’Oréal. Devenu riche, le père de Liliane Bettencourt finança la fameuse Cagoule dans les années trente. C’est après la victoire du Front populaire que Schueller s’intéressa au mouvement nationaliste et devint l’intime d’Eugène Deloncle, l’un des chefs cagoulards. Avec ce dernier, Jean Fontenoy et Jacques Dursort, il fonda en octobre 1940 le Mouvement Social-Révolutionnaire (MSR) qui fit long feu. Les réunions de la direction du MSR se tenaient au siège de L’Oréal (14, rue Royale à Paris) (2). L’année suivante, il devint le président de la Commission des Affaires Économiques du RNP. Après la guerre, nombreux seront ceux qui, soit épurés, soit ayant appartenu au mouvement cagoulard, se verront embauchés chez L’Oréal. Dont Pierre Monnier qui fit toute sa carrière dans ce groupe à partir des années 50. À propos de Schueller, Céline, qui l’avait rencontré avant guerre chez Denoël, lui dira : « Il était aussi intelligent et intuitif que vous le dites, et bien entendu paranoïaque !... ». À l’Oréal, Monnier eut comme patron François Dalle (1918-2005) auquel l’homme d’affaires Jean Frydman reprocha publiquement – mais en 1995 seulement – d’avoir fait de l’entreprise un refuge d’anciens cagoulards et de collaborateurs.
André Bettencourt (1919-2007) ne fut pas davantage exempt de reproches. On lui fit grief des articles parus dans La Terre française (dont il assurait la direction) qui soutenaient activement la Révolution Nationale. Et qui étaient parfois franchement antisémites. Ensuite, l’histoire de L’Oréal est intimement liée à celle de la IVe et de la Ve République. Si Bettencourt fut plusieurs fois ministre, ce fut aussi le cas de son ami de jeunesse (qui témoigna à la Libération en faveur d’Eugène Schueller) : un certain François Mitterrand, beau-frère d’une nièce de Deloncle. Et l’on sait qu’il dirigea pendant deux ans Votre beauté, mensuel du groupe L’Oréal. On imagine les commentaires sarcastiques que toute cette histoire inspirerait aujourd’hui à Céline !

Marc LAUDELOUT

1. Pierre Monnier, Ferdinand furieux, L’Age d’homme, 1979, p. 14.
2. Schueller faisait partie du Comité exécutif du MSR, présidait et dirigeait « toutes les Commissions techniques et Comités d’études » du mouvement (Révolution Nationale, n° 3, 26 octobre 1941).
Pour plus de détails, voir l’article de Bruno Abescat, « Les secrets de la première fortune de France », L’Express, 30 novembre 2000 (disponible sur http://www.lexpress.fr).

vendredi 24 septembre 2010

Michaël Hirsch - Le Réprouvé

A l'occasion de la sortie chez L'Editeur du Réprouvé, déjà présenté ici, voici un entretien accordé par Michaël Hirsch, l'auteur, au site WebTvCulture :

Philippe Chauveau (WebTvCulture) : Michaël Hirsch, nous sommes ensemble à l’occasion de la sortie aux éditions de l’Editeur de votre nouveau roman, c’est votre deuxième roman . Alors « Le réprouvé », on en saura un petit peu plus au fil des pages, c’est l’histoire de Gérard Cohen, un jeune garçon, coursier chez Gallimard. Nous sommes en 1954 précisément, à Paris, à la veille de la remise du prix Goncourt. Alors cette histoire, racontez nous brièvement l’intrigue, parce que c’est important , la date, le jour précis. Pourquoi avoir choisi ce moment-là ?

Michaël Hirsch: Alors je disposais d’une photographie, prise ce jour là, de la remise du prix Goncourt. Je ne savais pas exactement à quelle date cette photo avait été prise, et j’ai fait des recherches pour le découvrir. Et une fois que j’ai su que c’était le 6 décembre 1954, j’ai commencé à imaginer cette journée, à la rêver. Je me suis toujours un petit peu intéressé aux années 50, sans savoir vraiment pourquoi, et donc j’ai commencé à me documenter sur cette période, sur cette journée particulière, quel temps il faisait, qu’est ce que l’on jouait au cinéma, qui étaient les gens dont on parlait dans les journaux, ce genre de choses. Et après avoir fantasmé cette journée, j’ai décidé de raconter une histoire qui allait se dérouler durant cette journée.

Philippe Chauveau (WebTvCulture) : Donc Gérard Cohen est coursier chez Gallimard, et on lui demande d’aller porter un pli chez Louis-Ferdinand Céline qui vit à Meudon. On sait qu’à cette époque-là, il est un peu reclus, suite à ses prises de position pendant le conflit mondial. Et il y a aussi cette rencontre entre le jeune Cohen et Louis- Ferdinand Céline, et ça aussi j’imagine que pour un auteur, c’est sûrement délectable de peindre une figure emblématique comme Céline.
Michaël Hirsch: Pour un admirateur de Céline tel que je le suis, c’est à la fois un challenge, un défi. C’était effectivement aussi quelque chose d’assez jouissif. Le style de Céline évidemment est très reconnaissable, et de le pasticher au fil du livre, c’était me mettre un petit peu dans sa peau, c’était une expérience assez incroyable.

Philippe Chauveau: Alors justement, le personnage principal, c’est vraiment Gérard Cohen ?
Michaël Hirsch: Oui, Céline est là, c’est l’antagoniste . Céline, c’est l’image obscure, le côté obscur de la force -d’une certaine manière- de Gérard. Mais c’est vrai qu’on peut voir à la fois Gérard et Céline comme les deux pôles d’une même personne, d’un même individu.

Philippe Chauveau: C’est un roman dans lequel il y a plusieurs histoires finalement : il y a cette rencontre entre le jeune Cohen et Louis-Ferdinand Céline, il y a cette peinture de Paris, ce Paris des années 50. Et puis il y a aussi tout ce passage où l’on replonge dans les années de guerre, avec Gérard qui était réfugié dans la zone libre. Donc plusieurs histoires qui finalement s’intercalent les unes avec les autres ?
Michaël Hirsch: Voilà, en fait cette histoire, c’est l’histoire d’une rencontre. Mais c’est surtout ce qui précède la rencontre. Ce qui m’intéressait, c’est la tension qui anime le personnage avant de faire cette rencontre qui va être décisive pour lui.

Philippe Chauveau: Il y a aussi toute cette peinture du milieu littéraire des année 50. Et là, finalement la réalité rejoint peut-être un petit peu la fiction puisqu’on est au cœur des éditions Gallimard que votre grand-père connaissait, puisqu’il en était l’un des fondateurs. Ça aussi, c’était quelque part amusant d’essayer de dépeindre cette ambiance du milieu littéraire des années 50 ? Est ce qu’il y a quelques petits coups de griffes amicaux ?
Michaël Hirsch: Oui, coups de griffes, pas vraiment, parce que toutes ces choses-là on été dites, pas forcement de manière romanesque, mais dans des essais, dans des biographies. C’est un milieu qui est bien connu des spécialistes. Là, je m’adresse plutôt au grand public, donc j’espère que les gens auront l’occasion de découvrir cet univers-là, ces gens dans ce milieu. La rivalité, justement, entre la famille sartrienne, -Beauvoir et Sartre d’un côté, Céline de l’autre- qui est comme emmuré vivant dans son pavillon de banlieue, tandis ce que dans le centre de Paris, on fait la fête puisqu’on remet le Goncourt à Simone de Beauvoir ce jour-là.

Philippe Chauveau: Ce roman, il va prendre quelle place dans votre vie ? Bien sûr, il commence son parcours, il commence son existence. Un auteur qui écrit sur le milieu littéraire, qu’est-ce qu’on peut écrire après ?
Michaël Hirsch: N’importe quoi, je pense pas du tout que ce soit ni limitatif, ni une introduction à quelque chose d’autre. Ça a été un moment dans ma vie. J’ai éprouvé le besoin de raconter cette histoire, j’ai essayé de le faire au mieux. Mon premier roman ne traitait pas du tout du monde littéraire, il était très contemporain, il parlait de la société d’aujourd’hui. Le prochain parlera encore de tous autre chose.

Source

Michaël Hirsch, Le Réprouvé, L'Editeur, 2010.

jeudi 23 septembre 2010

Le Petit Célinien

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Entretien avec Ludovic Longelin et Marc-Henri Lamande pour « Dieu qu’ils étaient lourds ! »

LesTroisCoups.com, 22/9/2010 : « Dieu qu’ils étaient lourds ! », est repris au Lucernaire, à Paris, jusqu’au 6 novembre 2010. Ludovic Longelin, l’auteur et le metteur en scène de cette pièce stimulante, et Marc-Henri Lamande, l’excellent interprète de Céline, ont généreusement accepté de confier aux Trois Coups, par-delà leurs méthodes de travail et leur relation à Céline, leur vision exigeante de l’art. Entretien.

Les Trois Coups.— Dans quel esprit avez-vous abordé votre adaptation de ces « Entretiens radiophoniques » de Céline ?
Marc-Henri Lamande.— Les gens ont tendance à romancer les vies ou à les noircir. Ils n’acceptent pas la chose simple, telle qu’elle est. L’adaptation de Ludovic, c’est comme si l’on avait devant soi un homme de verre, dans lequel on pourrait entrer, sortir, voir de dedans, de dehors, ce qu’il pense, ce que la société pense de lui. Comme une espèce de télescope.

Ludovic Longelin.— Il était important pour nous de faire sortir du noir cet homme qui a parlé. Nous avons cherché à le signifier ne serait-ce que par la conception du plateau – même si celle-ci est très sobre. Il sort du noir, le noir du temps, le noir de l’histoire, mais aussi le noir dans lequel on l’a mis. C’est un homme qui nous apparaît, qui nous parle et puis qui s’efface. C’est un signe. Il était très important non pas de représenter Céline, mais de faire venir son parler.

Les Trois Coups.— En effet, cette pièce était une commande : il s’agissait, dans le cadre du festival Critique et culture à Boulogne-sur-Mer, en 2007, de monter les Entretiens avec le professeur Y. Mais vous avez décidé de prendre une direction différente…
Ludovic Longelin.— Lorsque j’ai relu ces Entretiens, je me suis dit qu’on y découvrait moins Céline que le personnage que Céline s’était créé, qu’il s’y mettait trop en scène. Ce n’était pas possible. Ce n’est pas du tout ma façon de travailler, tant sur le plan de l’écriture que de la mise en scène. J’ai donc dit au festival que ce qui m’intéresserait serait plutôt d’adapter les « Entretiens radiophoniques ». Donc, de partir d’une vraie parole.

Les Trois Coups.— J’ai reconnu pourtant des passages des Entretiens avec le professeur Y
Ludovic Longelin.— En effet, sur les messages, sur la jeunesse… C’était important de recadrer ses écrits et ses paroles, de montrer comment tout coïncide. Il ne se trahit jamais.

Les Trois Coups.— Comment, en tant qu’acteur, avez-vous abordé ce rôle ? Le fait que vous êtes aussi pianiste vous a-t-il aidé à entrer dans le texte de Céline ?
Marc-Henri Lamande.— Oui. Je trouve qu’il y a trop d’artistes à tiroirs. C’est-à-dire qu’on ne peut pas faire de la musique sans s’intéresser à la peinture ou à son propre corps, de la danse sans se cultiver solidement… Cette recherche artistique n’est ni plus ni moins qu’une recherche vitale, fondamentale, qui n’a rien d’extraordinaire ni de culturel. C’est aussi naturel que de respirer.

Ludovic Longelin.— Nous avons avant tout travaillé sur le rythme, sur le souffle… Marc-Henri a refusé d’écouter Céline. Nous avions devant nous comme une partition – même pour le journaliste qui l’interviewe. C’était comme de la musique.

Marc-Henri Lamande.— Ma manière de travailler consiste à regarder le texte, à regarder l’encre noire sur le papier blanc, et à me demander : pourquoi une virgule ? Pourquoi un point-virgule ? Pourquoi deux points ?… Et c’est dans le diaphragme que l’on sent si l’intention est suspendue, ou si elle est terminée, ou si l’auteur fait semblant de la terminer… On le perçoit très bien, rien qu’à des petits signes sur du papier…

Ludovic Longelin.— Pour moi, en tant qu’adaptateur et metteur en scène, il était important de travailler sur la voix, d’entendre la musique de Céline, et non pas de le lire intelligemment. Je n’ai donc pas relu les « Entretiens radiophoniques ». Pour percevoir son rythme, son souffle, je les ai écoutés et je les ai tous retranscris, le plus exactement possible. Sa façon de parler permet de comprendre ce que signifient ses trois points et ses points d’exclamation. C’est comme un électroencéphalogramme. On voit tout.

Les Trois Coups.— Qu’est-ce qui vous séduit, personnellement, chez Céline ?
Ludovic Longelin.— Moi, ce qui me séduit réellement, c’est son énergie. Quand je lis Céline, il y a une énergie telle qu’il me donne envie de vivre. On dit toujours de lui qu’il est sombre. Si on s’arrête à ce qu’il dit, c’est indéniable. Mais son écriture génère une forme d’une telle puissance – et, comme je le dis toujours, une forme n’a pas de contraire –, que, tout à coup, je me dis que d’autres formes vont s’épanouir à côté d’elle. Il y a des gens qui vont effectivement très loin dans l’ombre. Mais pour nous éclairer, nous. Quand quelqu’un y va, il n’y va pas pour lui, il y va pour tous. Sans demander qu’on l’imite. Tout cela se transmet, se donne.

Marc-Henri Lamande.— Son côté médical aussi est intéressant. Son regard sur le siècle est terriblement aigu. L’émotion du langage parlé à travers l’écrit…

Ludovic Longelin.— D’ailleurs, à ce sujet, on peut remarquer qu’aujourd’hui existe un style d’écriture qu’on pourrait dire de la parole ordinaire, de la parole des gens qui parlent. Cela, forcément, on le doit à Céline. Mais ce que Céline rajoute et qui est très important, c’est « à travers l’écrit ». Parce qu’il n’arrête jamais d’écrire. Alors qu’aujourd’hui on a un peu l’impression qu’on a oublié l’écrit : on en est resté à la parole. Et là, c’est plus délicat…

Marc-Henri Lamande.— Moi, ce que je trouve formidable, c’est sa grande attaque contre cette parole de l’Écriture qui dit : « Au commencement était le verbe ». Non. Au commencement était l’émotion. Le verbe est venu ensuite.

Les Trois Coups.— Il y a donc, pour chacun, quelques grandes références… Et même, peut-être, plus que des références : des amis ?
Ludovic Longelin.— Oui, des amis. Des potes. Quand on met en scène ou qu’on écrit, on a parfaitement conscience des auteurs qui nous ont fait vivre et qui nous ont portés au plateau. Et on revient généralement aux mêmes. C’est rare qu’il y en ait énormément. Borges, par exemple, a dit : « Vous savez, au fond, je n’écris que pour sept personnes ». C’est extraordinaire ! Il y a sept pierres qui l’ont fait passer !

Marc-Henri Lamande.— Comme Artaud. S’il n’y avait pas eu Artaud, je me serais beaucoup ennuyé… Je ne sais pas comment vous vous y retrouvez dans ce siècle et dans cette société, mais moi je ne survis que pour retrouver ma famille. Sinon, je n’ai rien à prouver. Mais retrouver des familles, des traces, des racines, alors ça, ça m’intéresse. Je me dis : « Ah oui ! Il y a des éclaircies ! ». Ou : « On réarrose la plante ! ». Peut-être que c’est cette fameuse plante qui va traverser les nuages, comme dans la légende ? Plus haut ! Les contemporains, il y en a six milliards, mais avec qui parle-t-on vraiment ?

Les Trois Coups.— Pour finir, votre adaptation met bien en lumière la finesse de Céline, l’aspect aristocratique de sa personnalité… avec ce que cela implique comme mépris du vulgaire, dans tous les sens de ce mot…
Ludovic Longelin.— Oui, c’est un prince. Même dans sa façon d’être.

Marc-Henri Lamande.— Un Don Quichotte. Et c’est ça qui est beau.

Les Trois Coups.— Céline serait donc, et tout à la fois, un naufragé de l’histoire et un prince de la littérature ?
Ludovic Longelin.— Oui. Il marque l’histoire de son empreinte. Et il est très vieux aussi, il vient de très loin. C’est toute une lignée qui se continue, et qui donne cette lumière, j’aurais envie de dire cette littérature. On ne vient pas tout seul. ¶

Propos recueillis par Vincent Morch
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com



Dieu, qu’ils étaient lourds !
Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Réservations : 01 45 48 91 10
www.lucernaire.fr
Du 15 septembre au 6 novembre 2010, du mardi au samedi à 19 heures, relâche exceptionnelle le 5 octobre 2010
Durée : 1 h 10

mercredi 22 septembre 2010

Le Bulletin célinien n°323 - Octobre 2010

Au sommaire du Bulletin célinien n°323 d'octobre 2010:

Marc Laudelout : Bloc-notes
M. L. : Les souvenirs de Naud et Tixier
David Alliot : Céline et ses juges
Thierry Bouclier : La défense de Tixier-Vignancour
André Brissaud : Louis-Ferdinand Céline est amnistié (1951)
Éric Mazet et Pierre Pécastaing : Naud le temporisateur
M. L. : L’accueil critique de « Bagatelles pour un massacre »
G. P. : Le paysage urbain crépusculaire dans « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit » (II)
M. L. : Céline et les châtaignes grillées

Le numéro 6 euros à :
Le Bulletin célinien
B. P. 70
B 1000 Bruxelles 22

Céline, fictions du politique

Les éditions Gallimard rééditent dans la collection Tel Céline, fictions du politique d'Yves Pagès, paru initialement sous le titre Les fictions du politique chez Louis-Ferdinand Céline.

L’ouvrage d’Yves Pagès marque une date pour les études céliniennes. Publié en 1994, il traite, sous un angle nouveau, une épineuse question rarement traitée par l’ensemble des études ou travaux parus depuis : quels sont la nature et le rôle des matériaux idéologiques, explicites ou implicites, à l’œuvre dans l’ensemble des écrits céliniens ?
Par-delà l’épisode traumatique de la Première Guerre mondiale, Céline conserve une grille d’interprétation du monde tamisée par le filtre déformant des clichés de la Belle Époque. Tour à tour, et parfois simultanément, il endosse un argumentaire conservateur et un discours libertaire. Ces chimères ambivalentes sont bouleversées dès lors que le catastrophisme droitier tarit l’imaginaire fictionnel pour privilégier une écriture ostentatoirement politique. Quant à la sensibilité réfractaire et subversive de Céline, devenue presque clandestine, elle ne se lit plus que dans l’écart existentiel incarné par tel personnage ou dans la morale insoumise de tel épisode romanesque.

Yves Pagès, Céline, fictions du politique, Gallimard, 2010.
Commande possible sur Amazon.fr.

lundi 20 septembre 2010

Le Petit Célinien n°63

Le Petit Célinien n°63 (10 pages) :

Épuisé
Le numéro 2,50 €.Par paiement sécurisé Paypal (colonne de droite sur notre site).

Le Petit Célinien n°63 - Semaine du 20 septembre 2010.

Au sommaire:
- Céline traduit (III) par Daniel Vaillancourt
- Céline à Montréal en 2011
- En images...
- "C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours"
- Une encyclopédie de l'exil danois par Marc Laudelout
- Lectures

dimanche 19 septembre 2010

Echos céliniens...

>>> Voyage en Babel par Pierre Lalanne : "Dès la parution de «Voyage au bout de la nuit», la volonté de plusieurs critiques, chroniqueurs et autres journalistes à vouloir incorporer Céline dans un carcan politique, est assez spectaculaire. La plupart des grandes familles idéologiques se persuadent qu’elles viennent de mettre la main sur un nouveau porte-parole et de haut niveau, celui-là". La suite sur L'ombre de Louis-Ferdinand Céline.

>>> Dieu, qu'ils étaient lourds... ! : Céline sur les planches. L'Express du 17 septembre consacre un très court papier à ce très bon spectacle. www.lexpress.fr.

>>> L'Alamblog consacre un article à L'accueil critique de Bagatelles pour un massacre d'André Derval : www.lekti-ecriture.com.

>>> Retour à l’Ouest, de Victor Serge : Rédacteur de L’Anarchie après la mort de Libertad et condamné à cinq ans de prison pour son refus de collaborer avec la police dans la célèbre affaire des “bandits tragiques” de la bande à Bonnot, Victor Lvovitch Napoléon Kibaltchitch, dit Victor Serge (1890-1947) se rallie aux bolcheviks dès son arrivée en Russie en 1919, travaillant notamment pour les services de presse de l’Internationale communiste en URSS puis en Allemagne. La suite sur www.millebabords.org.

>>> La longue marche du pelerin par Pierre Lalanne : « Voyager c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination, tout le reste n’est que déception et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire, voilà sa force. (…) Il va de la vie à la mort »… (Voyage au bout de la nuit) La vie de Céline se transpose entièrement dans son œuvre et s’apparente à un long voyage, ponctué de stations où il s’arrête pour soigner et écrire. La suite sur L'ombre de Louis-Ferdinand Céline.

samedi 18 septembre 2010

Louis-Ferdinand Céline à Meudon (VI)

Sixième et dernière partie de "Céline à Meudon", ensemble d'enregistrements réalisés à Meudon en 1960 par Jacques d'Arribehaude et Jean Guénot, publiés d'abord en cassettes puis en CD aux Editions Guénot. Ces entretiens, retranscrits par Jean Guénot, ont été publiés pour la première fois en 1973 dans Louis-Ferdinand Céline damné par l'écriture.




>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie I
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie II
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie III
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie IV
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie V

vendredi 17 septembre 2010

Céline à Clichy...

Suite à notre écho du 9 septembre "Céline à Clichy", nous vous proposons la plaquette édité par la ville de Clichy présentant les ouvrages de Céline présents dans sa collection. D'autres textes, beaucoup plus rares, ont été acquis depuis et n'y figurent pas. Nous vous en reparlerons très prochainement... (Pour un téléchargement plus rapide, "clic droit" puis "Enregistrez la cible du lien sous")

Une médiathèque qui voit d'un bon oeil notre auteur maudit puisqu'elle avait déjà organisé en novembre 2009 une rencontre avec Emile Brami et une lecture-spectacle de Voyage au bout de la nuit. (www.clichyevenements.fr).

Louis-Ferdinand Céline au Théâtre du Grand Rond à Toulouse

Du mardi 14 au samedi 25 septembre 2010 se jouera "Ça a débuté comme ça" pièce adaptée de Voyage au bout de la nuit, au théâtre du Grand Rond à Toulouse, à 21h.

Interprétation : Antoine Bersoux
Mise en scène : Chloé Desfachelle
Lumière : Clélia Tournay
Durée : 1H15

Théâtre du Grand Rond
(relâche dimanche et lundi)
23 rue des potiers
31000 Toulouse
Métro ligne B.
Arrêt François Verdier
Renseignements et réservations : 06.60.86.24.00

mercredi 15 septembre 2010

Vient de paraître

Sortie aujourd'hui 15 septembre aux éditions Ecriture de « L'accueil critique de Bagatelles pour un massacre » d'André Derval.

Présentation de l'éditeur
Un « pogrom de papier » face à la critique. Censuré depuis 1945 par son auteur et jamais republié depuis, Bagatelles pour un massacre sort le 28 décembre 1937 chez Denoël, en même temps que L’Espoir de Malraux. Ce n’est certes pas le premier pamphlet antisémite, mais c’est le plus violent, le plus grossier et –circonstance agravante – le plus talentueux jamais paru en France. Récompensé par d’excellentes ventes, il est aussitôt traduit en Allemagne. L’espace d’un pamphlet truffé d’épisodes narratifs, Céline abandonnait le roman pour s’égarer en politique et sceller son destin.
L’ambivalence de Bagatelles – essai polémique ou œuvre littéraire ? – est au cœur de la réception critique du livre. André Gide, dans la NRF, préfère croire à une énorme rodomontade (sans quoi Céline serait « complètement maboul ») ; tandis que Lucien Rebatet, dans Je suis partout, le félicite d’avoir « allumé le bûcher ». À gauche mais aussi à droite, on souligne souvent l’obscénité et la malhonnêteté du raisonnement, inspiré voire bassement recopié des prospectus de propagande, certains reprochant même à Céline de discréditer l’antisémitisme. Mais tous ou presque soulignent la truculence rabelaisienne de Bagatelles, dont l’extrême nocivité est rarement dénoncée, si ce n’est par la presse juive.
Ce dossier critique, souvent déroutant pour le lecteur moderne, regroupe soixante articles parus de janvier à décembre 1938, sous la plume de Marcel Arland, André Billy, Robert Brasillach, Léon Daudet, André Gide, Emmanuel Mounier, Lucien Rebatet, Jean Renoir, Victor Serge... On y voit avec effarement, explique André Derval en avant-propos, « la réalité virer au cauchemar, et des voix que l’on entendait sensées et mesurées verser dans les pires partis pris et dans l’outrance – épousant en cela le mouvement plus général de l’intelligentsia française au sujet des réfugiés juifs dans les années 1930».

L'auteur
Docteur en lettres, André Derval est responsable du fonds d’archives Céline à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) et édite les Études céliniennes au sein de la Société d’études céliniennes. A cet auteur d’études sur Wells, James, Lovecraft, Lamennais ou Gourmont, on doit un dossier critique de Voyage au bout de la nuit 1932-1935 (10/18-IMEC, 2005), ainsi que le dossier de presse d’En attendant Godot (10/18-IMEC, 2006). Il reprend en 2010, à la suite d’Émile Brami, la direction de la collection « Céline & Cie » , aux éditions Écriture.

André Derval, L'accueil critique de Bagatelles pour un massacre, Ed. Ecriture, 2010.
Commande possible sur Amazon.fr.

Morale de la critique, responsabilité du critique par Pierre Assouline

La République des livres, 15/09/2010 : [...] Il s’en sort bien, ce non-célinien croyant et pratiquant. Ce qui n’est pas le cas de tous les contributeurs involontaires de L’accueil critique de Bagatelles pour un massacre (297 pages, 23 euros, Ecriture). Un massacre, c’est le cas de le dire. Pourtant son éditeur André Derval, responsable du fonds Céline à l’IMEC, dont l’introduction à ce dossier est informée, édifiante et sans indulgence, ne fait qu’y rassembler la soixantaine d’articles suscitée par l’énorme succès du livre de Louis-Ferdinand Céline entre janvier et juillet 1938. Le genre même de ce « pogrom de papier », pour reprendre l’expression de l’un d’eux, est au cœur de la réception du livre. Après les avoir consciencieusement relus et annotés, M. Derval en est arrivé à cette constatation paradoxale : « Aussi étonnant que cela puisse paraître de nos jours, l’une des questions centrales sur laquelle la critique de l’époque se voit sommée de prendre position, consiste en ceci : est-ce vraiment un pamphlet politique ou n’est-ce pas plutôt un texte d’expérimentation littéraire ? ». A croire que la problématique du contenu avait été plus ou moins évacuée au seul profit de questions formelles. Que certaines critiques (celles de Lucien Rebatet dans Je suis partout et de Robert Brasillach dans l’Action française, notamment) soient aussi nauséeuses que le texte en question n’étonnera pas;le second trouve que Céline “exagère” avant d’engager ses lecteurs à lire et faire lire “ce livre magnifique” qu’il tient pour le premier signal de la révolte des indigènes, entendez : les Français. Nous ne serions pas surpris que certains lecteurs lisent ce recueil pour y trouver des morceaux d’anthologie d’un pamphlet en principe interdit à la vente selon la volonté de l’ayant droit. Mais qu’André “contemporain capital” Gide dans la Nouvelle Revue Française refuse de prendre ces appels au meurtre au sérieux, que le libertaire Jules Rivet dans Le Canard enchaîné l’estime « plus grand et plus pur qu’un chef d’œuvre » et que Marcel Arland dans la Nrf encore juge finalement « solide ce réquisitoire » malgré les inventions, mensonges, contre-vérités dont il est tissé, tout cela laisse sceptique. André Billy évoque “les variations épileptiformes” de l’auteur ; le monarchiste Pierre Loewel dénonce dans L’Ordre sa malhonnêteté intellectuelle et ses travestissements de l’Histoire (sur la nature des matériaux idéologiques dans l’ensemble de l’oeuvre, on lira avec profit Céline, fictions du politique -457 pages, 10,50 euros- d’Yves Pagès, publié une première fois en 1994 et réédité ces jours-ci par Tel/ Gallimard). Ceux qui le portent aux nues en voulant n’envisager que la dimension littéraire du texte en appellent aux mânes de Rabelais, Villon, Agrippa d’Aubigné, Léon Bloy… “Reste que la critique littéraire de 1938 dans son ensemble, si elle met en avant la puissance de l’innovation stylistique de Bagatelles pour un massacre, n’est jamais entièrement dupe, pense-t-on, de la portée dangereuse de ce type d’écrit” souligne M. Derval. La subjectivité prêtée au jugement littéraire, avec l’arbitraire et la mauvaise foi qui lui font souvent cortège, délivrent-elles le critique littéraire du souci de sa responsabilité ? Un journaliste écrit en croisant les doigts pour n’avoir jamais à rougir de ce qu’il a écrit. Un critique tout autant même s’il pratique un art de l’immédiat. Charles Plisnier, Victor Serge et quelques rares autres l’ont compris ainsi qui, dès sa sortie, ont violemment dénoncé cette apologie du pogrom. La campagne critique, favorable ou hostile, aura tout de même permis à Bagatelles pour un massacre, premier des trois pamphlets de Céline, de se vendre à 86 000 exemplaires dans les dix années de son exploitation commerciale, et d’être aussitôt traduit dans les trois pays d’Europe où une législation antisémite se mettait en place (en Allemagne sous le titre Die Judenverschwörung in Frankreich, en Pologne intitulé Pogromowe drobiazgi et en Italie)

Au fond, en l’absence d’un Ordre des Critiques comme il y en a pour les plaideurs et les apothicaires, les critiques littéraires devraient redouter de se retrouver un jour dans les implacables recueils concoctés par M. Derval (il en avait déjà consacré deux, tout aussi instructifs, à la réception d’En attendant Godot et du Voyage au bout de la nuit). Le procédé tient d’une rafle tranquille et tous azimuts qui mène le folliculaire de la tribune au tribunal. Encore que celui-ci est individuel et se tient à huis clos dans la solitude de la lecture. Le vrai tribunal où sont déférés les critiques siège publiquement, en permanence et à toutes heures y compris les jours fériés. C’est sur la Toile et c’est impitoyable.

Pierre ASSOULINE

lundi 13 septembre 2010

Le Petit Célinien n°62

Le Petit Célinien n°62 (10 pages) :

Épuisé
Le numéro 2,50 €.Par paiement sécurisé Paypal (colonne de droite sur notre site).

Le Petit Célinien n°62 - Semaine du 13 septembre 2010.

Au sommaire:
- Céline traduit (II) par Daniel Vaillancourt
- Céline et la méthode Coué (Ouest-France, 9/2/22010)
- En images : New-York 1937
- On demande la lune par Pierre Chalmin
- A paraître le 15 septembre
- Actualité théâtrale (Paris-Chelles-Toulouse)
- Jonathan Littel, lecteur de Céline par Marc Laudelout
- Lectures

Louis-Ferdinand Céline et Roland Cailleux

La création d'un site consacré à Roland Cailleux, www.roland-cailleux.weebly.com, écrivain méconnu, est l'occasion de rappeler le lien Céline-Cailleux.

Le volume Avec Roland Cailleux paru au Mercure de France (coll. " Ivoire ") en 1985, hommage à cet excellent auteur méconnu, comportait un important entretien de 1961 avec Céline que Philippe Alméras cite assez largement dans son Dictionnaire Céline. Mais au fur et à mesure de la mise à jour des archives Cailleux, d'autres commentaires apparaissent, dont celui-ci, daté du 19 juin 1957.
L’admiration pour le phénomène de la littérature française est, comme toujours, entière. Cailleux, cependant, place des bémols sur la sincérité de Céline, ses rapports à la chose littéraire, à l’argent, etc. Même plus que des bémols... Il s’exprime avec un excès de violence qui appelle une remarque : Cailleux souffrait de cyclothymie. Il subissait en alternance deux ans de déprime et deux ans de réactivité accrue. Très vraisemblablement se trouvait-il dans la seconde phase en abordant le cas Céline de la sorte. Cette notion précisée, la pièce n’en a que plus de spontanéité et, à ce titre, mérite d’être versée au dossier.
À cette occasion, il ne sera pas inutile non plus de rappeler le rôle que joua Roland Cailleux dans la genèse des Deux Étendards de Lucien Rebatet. Ils s’étaient connus à l’école Bossuet, où l’un était élève quand l’autre était pion. Une amitié de toute une vie s’en était suivie, indéfectible au point que Roland fut le plus fidèle soutien et visiteur de son aîné à Fresnes, extrayant de la clôture, page à page, le manuscrit du condamné. Il est le destinataire des Lettres de prison, de Rebatet, publiées en 1993 au Dilettante. Précisons toutefois que si la fidélité de Cailleux était légendaire, il n'approuvait pas les idées de Rebatet et, à plusieurs reprises par le passé, l'avait mis en garde.
Roland Cailleux (1908-1980) a partagé sa vie entre l’exercice de la médecine thermale à Chatel-Guyon pendant l’été, et une vie littéraire, l’hiver, dans les milieux de la N.R.F. Il fut le très exigeant et rare auteur de cinq livres: Saint-Genès ou la vie brève, Une lecture, Les Esprits animaux, À moi-même inconnu, et (posthume) La Religion du Cœur.

Christian DEDET


Le 19 juin 1957

Après avoir écrit à Nimier que je n'écrirai pas d'article sur Céline, j'ai envie de parler de lui aujourd'hui.
Il y a des mois, quand j'ai été le voir avec Nimier justement (je l'avais vu depuis la guerre une autre fois à Meudon, mais seul), il nous a lu le premier et le dernier chapitre d'Un château l’autre. On ne peut pas juger sur une lecture bien sûr (d'autant plus que Céline bafouille et accroche sans arrêt), mais il m'a semblé que je retrouvais l'auteur de Voyage et de Mort à crédit. Je suis sorti de là en disant à Nimier que c'était incontestablement le plus grand écrivain vivant. Je le pensais en entrant, et si la lecture avait été décevante je n'en aurais pas moins pensé la même chose. Mais j'aurais dit: le plus grand d'écrivain vivant baisse ou déconne, ce que j'ai dit pour pas mal d'ouvrages depuis Mort à crédit: les politiques avant tout, et ceux qui ont paru depuis son retour, excepté Casse-pipe. Mais j'ai beaucoup aimé des tas de morceaux des Entretiens avec le Professeur Y, et j’ai lu tout haut Normance (ça me paraissait mieux lu de cette façon, il est vrai que je ne l'ai pas terminé).
Entre-temps, Nimier l'a relancé, comme je lui écrivais hier, Céline lui doit une fière chandelle. J'avais moi-même écrit, quelques jours après ma visite à Céline, une lettre où je lui disais l'admiration profonde que j'ai pour lui et ma joie que c'était de connaître le plus grand écrivain français vivant, que, d'après cette lecture, on avait l'impression qu'on l'avait retrouvé.
Depuis, j'ai téléphoné à Nimier pour lui demander ce qu'il y avait dans l'intervalle, entre le premier et le dernier chapitre, et il ne m'a pas caché que c'était moins bon, il n'est pas fou, Ferdinand, en ayant l'air de feuilleter au hasard (tout en nous assurant avec un culot insensé, que tout était parfait dans son livre).
Depuis, le travail de Nimier a été effectif; le bouquin n'a pas encore paru et on ne parle que D’un château l’autre. C'est très bon pour Céline, mais c'est tout de même de curieuses mœurs. Ils me font chier avec leurs avant-premières; ça ressemble à de la publicité pour un savon gras qu’on lance. Ils vous détergent, c’est le meilleur, c’est insensé, quelle peau ça vous fait, oh, là, là, et personne ne s’est encore lavé, on n’a pas vu le produit. C’est du délire collectif. Faut-il que les gens soient bêtes et moutonniers ! Il doit bien rigoler Céline. Vous parlez d’un lancement. Tout ça n’est évidemment pas sérieux. Que Céline soit bien content parce que ça va se vendre, d’accord, mais que ça soit bon, j’attends de voir!
Oh, c'est très bien fait. Non seulement la presse de droite donne, dans Rivarol, Poulet qui avait été dur pour Normance et Féerie pour une autre fois, redélire (1). L'a-t-il lu, ce nouveau bouquin? Je n'en sais rien, car il n'en parle pas, ça sera pour un second article.
Dans la Nouvelle Revue Française, Nimier a fait un catéchisme tordant pour présenter Céline, et il y a un long extrait de Céline, c'est le début de son bouquin qu'il nous avait lu, avec: "À suivre" (2). Aujourd'hui, dans Arts, où on avait déjà reproduit la présentation presque intégrale de Nimier auparavant, il y a une interview de Céline, un très bon article de Bernard de Fallois sur le style de Céline (mais pas sur D’un château l’autre), et quatre jeunes romanciers parlent de lui aussi (3).
Enfin, ça c'est le plus beau succès de Nimier, j'imagine, il a trouvé le moyen de lui faire prendre un interview dans L’Express, où Céline met par terre tous les imbéciles du journal en dépit d'un chapeau dégueulasse de Françoise Giroud, d'un second chapeau avant l'interview et de dessins assez infâmes de Jean Eiffel (4). L'interview d'Arts est mauvaise, tandis que celle de L’Express est merveilleux car Céline y est prodigieux.

Céline a le front, dans Arts, aujourd'hui, de reconnaître qu'il est devenu le "faits-divers" à la mode et qu'il en donne aux interviewers pour leur argent. C'est bien mon avis, c'est pourquoi je n'écrirai pas d'article.
Autant il était bon d'en parler quand personne n’en disait rien, autant il est ridicule de prendre la suite du snobisme à la mode. Nous attendrons qu’il soit de nouveau dans la panade pour en reparler. En ce moment, il nous casse les pieds.
Et la panade d'ailleurs!...
Il se les est roulés pendant la guerre, et surtout pendant; il gueulait comme un sourd qu'il crevait de faim, et les gens marchaient. Je les connais, moi, les combines de Voyage et de Mort à crédit, et les éditions de luxe, et Gen Paul, qui bariolait avec un peu d'aquarelle ses gravures sur une édition de luxe pour la revendre un peu plus cher, sous les nazis, j'ai vu ça. Il y en avait d'autres qui crevaient de faim à ce moment-là, c'était pas Céline. Ça a changé quand il a foutu le camp, assez ignoblement, sans prévenir les copains, et puis, quand il a été en prison au Danemark. Mais à Sigmaringen, je connais la musique, moi, et il ne la raconte pas dans D’un château l’autre. Rebatet m'a raconté, j'en aurais, moi aussi, à dire. Seulement, moi je n'étais pas là-bas. Je comptais les tickets d'alimentation. J'avais pas des lingots de côté. Aussi je n'avais pas à les emporter avec les Allemands. Il avait un grand ami, Céline: Le Vigan. Il faut voir comment il l'a laissé tomber (5) . C'est pas croyable. Seulement, si moi, j'y étais pas, il y a des gens qui y étaient et qui sont encore vivants. Pour peu qu'ils parlent, on va voir déballer un joli linge sale. Je suis persuadé que Céline s'en fout, pourvu qu'il se vende. Mais il faut avouer qu'il s'est bien vendu, au sens précis du terme (au pluriel). Il nous fait suer, c'est le plus grand écrivain vivant, d'accord, mais c'est un beau salaud. Il a toute honte bue, le cochon, il a prétendu après guerre, qu'il avait pas été antisémite, qu'on avait mal compris. Aujourd'hui, il nous raconte dans Arts que c'était le plus grand ennemi d'Hitler. Je suis persuadé qu'il aimait pas Hitler, mais quand il écrivait dans les feuilles les plus antisémites et quand il publiait Les Beaux draps (là, il se retenait, il n'a pas pu trouver les vaincus), ça n'était pas joli, joli; ils étaient grassement payés, les articles dans les feuilles antisémites. Ne vous inquiétez pas, il n'avait pas de difficultés avec les tickets d'alimentation. D'ailleurs, il le sait bien, il le reconnaît qu'il est une ordure, aussi. Il n'y avait pas besoin de savoir non plus des détails sur sa vie privée (la façon dont il a traité ses enfants [sic] et ses petits-enfants qu'il ne voulait pas voir, qu'il ne recevait pas quand il crevait d'argent), pour le deviner, il n'y avait qu'à le lire (7). Le Bardamu, c'est aussi une crapule, un dégueulasse, ça n'est pas moi qui le dit: c'est lui. Et Robinson, qui est son double? Comme Monsieur Verdoux est le double du Charlot des Lumières de la ville, il est ignoble, et le fait de l'avouer n'enlève rien à sa saloperie.


Moi, pauvre idiot, quand j'ai appris qu'on fondait le prix des Écrivains médecins et que tous les médecins de un à cent dix ans pouvaient s'y présenter (il y avait Pierre Dominique (8) qui avait de la bouteille et le Doyen de la Faculté de Médecine, ce vieux con de Binet qui avait le front de se présenter aussi, et des tas d'autres, tous des merdes... tout de même Duhamel n'avait pas osé), j'ai été voir Mondor, et je lui ai dit: "Y en a qu’un, un seul, c’est Céline, c’est à lui qu’il faut donner le prix", il a été un peu épaté. J’ai l’impression qu’il ne savait pas très bien ce qu’était Céline à ce moment-là. J’exagère. D’ailleurs, il s’est rattrapé depuis, et il a fait pour Céline tout ce qu’on pouvait faire. Un homme admirable, Mondor (9).
Malheureusement, à ce moment-là, ce n'était pas possible, paraît-il, de lui donner le Prix, il était trop marqué pour le genre de Jury du Prix des Médecins Écrivains. On me l'a donné à l'unanimité quand Mondor m'a dit que je devais me présenter. Ça ne m'a pas rapporté la réédition de mon livre qui était épuisé. Les journalistes, à la sortie du Prix, n'ont pas pu le trouver chez Gallimard. J'avais une publicité formidable huit ans après la publication de Saint Genès, mais ça ne m'a servi rigoureusement à rien. Il n’est toujours pas réédité, Saint Genès. Alors, moi aussi, je l'aime Gallimard, comme Céline, seulement j'ai plus de raisons.
Ça m'a tout de même rapporté deux cent mille francs, ce Prix. Je n'avais pas beaucoup d'argent, j'étais criblé de dettes à ce moment-là, et puis, moi j'avais gardé mes enfants, pas comme Céline. J'ai tout de même téléphoné à Marcel Aymé pour lui demander si Céline n'était pas dans la panade, autant qu'on le disait, et pour savoir si je devais lui envoyer l'argent. Marcel Aymé m'a dit de ne pas faire une pareille sottise et que Céline se démerdait très bien, et c'était vrai qu'il avait touché des millions de ses éditeurs qu'il vilipendait. Moi, quand je touche cinquante ou cent mille francs d'avance, je suis bien épaté, et mon Saint Genès n’a été tiré qu’à six mille. Quant à Une lecture et Les Esprits animaux, il y en a encore plein les réserves. Et on les avait tirés pourtant qu'à trois mille, à 10 % que ça me rapporte, calculez combien je suis riche.

Alors, de la pitié pour Céline, je veux bien, mais c'est pas moi qui l'aie obligé à faire de la politique, il n'avait qu'à rester médecin comme moi. Paie un peu trop sa connerie, c'est vrai, mais pourquoi a-t-il été si con? Il gémit aujourd'hui dans Arts parce qu'il s'est trompé de cas. C'est un comble. Il voudrait la place de Mauriac, il est écœurant.

J'ai entendu aussi Rebatet raconter ça, qu'il s'était trompé de cas et que c'était sur Staline qu'il aurait dû miser. Ah, ils sont propres, nos pamphlétaires !

Mais ils ont des excuses. Le second surtout qui n'a aucun sens pratique, tandis que Céline est beaucoup plus roué. Il crie à la misère et à force de la crier, ça prend. Il peut pas manger, il faut qu'il fasse son marché lui-même, il n'a pas d'auto, il est vieux, sa femme travaille (ça c'est vrai, mais ça ne doit pas rapporter beaucoup, avec ses leçons de danse, à Meudon!), mais enfin il n'en serait pas là (si vraiment il en est là) s'il n'avait pas fait tout ce qu'il a fait. Oui, il a eu une vie difficile (mais pas en Amérique où il a épousé une femme américaine, qui était riche (11), mais pas à la Société des Nations où il avait une planque confortable, mais pas, encore une fois, au temps du succès et surtout au temps des Allemands). Où ils sont passés, ces lingots? Il se plaint qu'on lui ait tout barboté dans son appartement, même les murs. Tel que je le connais, quand il avait foutu le camp, il n'avait pas dû laisser grand-chose. Il n'a rien retrouvé quand il est revenu. Admettons-le. Il est déchu national (12). On s'en fout. Mais enfin, les millions qu'il a eus au retour, qu'est-ce qu'il en a fait? C'est une question que lui pose Parinaud dans Arts ce matin. Il prétend qu'il cherche une combine qui lui permettrait de gagner les vingt mille ou trente mille francs qui, en plus de sa retraite, lui permettraient de vivre. "— Mais votre éditeur vous a déjà avancé des millions et avec ce livre il vous fait une rente"; il ne trouve qu’à répondre, le Céline (c’est pas brillant): "Qui vous a dit ça?" Réponse de Parinaud: "C’est mon métier de savoir." Alors une dérobade insensée de Céline: "Cela ne m’empêche pas de manger des nouilles et de boire de l’eau", à quoi l’autre rétorque excellemment: "Le Docteur Destouches sait mieux que personne pourquoi Céline est au régime." Dernière riposte de Céline qui éclate de rire: "J’ai toujours été masochiste et con."

On ne peut pas mieux dire.
D'autre part, il a été grand mutilé de guerre de 1914, et il a des droits sur nous, mais peut-être pas le droit de s'engraisser sous les Allemands, pas le droit de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et de crier à la misère. Il l'a tout de même achetée, sa maison de Meudon (13) . C'est ce qu'il voulait dans Les Beaux draps, et que tous les Français aient un pavillon en banlieue et cent francs par jours. Maintenant, ça ferait trois mille francs. Je suis tranquille, il les a, et il a même un grand jardin. C'est lui qui nous prend pour des cons. Il a raison d'ailleurs, ça réussit toujours. Je ne donnerai pas cher de la reconnaissance qu’il aura pour Nimier (11) . On verra bien. Mais à la façon dont il a traité Paulhan qui a fait tout pour lui, au moment où c'était le plus difficile, et sur lequel il bave déjà dans le Professeur Y et plus encore dans D’un château l’autre, ça promet du joli. Nimier, d'ailleurs, s'en moque. Encore une fois, on verra bien.

Ceci dit, et les choses mises un peu au point, je me sens tout à fait à l'aise pour parler de mon admiration pour notre plus grand écrivain vivant. vais même faire une conférence à Cambridge sur lui. Tout ça c'est des intentions bien sûr, et je suis cossard. Je suis généreux, mais paresseux. Je suis généreux quand Céline est par terre, mais je suis aussi vaniteux, et quand Céline dans L’Express déclare qu'il n'y a pas un écrivain de la jeune génération qu'il connaisse et qui en vaille la peine, j'ai envie de lui foutre mon pied dans le cul. D'ailleurs, il ne lit pas, il écrit des sottises insensées sur Proust dans Bagatelles pour un massacre. En dépit de la citation que fait aujourd'hui Fallois sur le même Proust, dans les Voyages. Il n'y a que Céline qui compte. Aucune importance, c'est ce qui fait sa force.

Je suis injuste. Je ne crois pas lui avoir envoyé Une lecture, et je ne sais pas s'il a lu Les Esprits animaux. S'il les a lus, il a bien le droit de ne pas les aimer (quoique ça pourrait lui plaire). Mais pour Saint Genès je le lui ai envoyé en lui demandant de me dire ce qu'il en pensait. Et, direct, et sans fioritures, il m'a répondu. Une belle lettre.

Donc, il faudrait parler avant tout de son style. Fallois, qui prétend en parler, ne fait que des citations. Il y a eu un article de Claude Jamet pendant la guerre, que je voudrais me procurer, mais que je n'ai pas lu (14) . Je n'ai rien de sérieux sur son style, la seule chose sérieuse. D'ailleurs, aucun critique ne parle du style, il en serait incapable. Ou bien ils le pignochent au microscope, comme Marcel Berger. Ils n'y comprennent rien. C'est que c'est très difficile. Il n'y a que les auteurs qui pourraient bien en parler. C'est pour ça que j'aime tant quand ça arrive. C'est exceptionnel. Ils n'ont pas le temps. Ils y réfléchissent en écrivant. Pour leur propre compte. Ce ne sont pas des critiques. Mais il y a, heureusement, deux ou trois bouquins de Gide, et, les dépassant infiniment, le Contre Sainte-Beuve de Proust.
Et puis aussi quelques notes de Céline sur son style dans les Entretiens avec le Professeur Y.
C'est de là qu'il faudrait partir, car il sait tout de même de quoi il parle. Ce qui n'empêcherait pas de contrer tout ce qu'il y a de mauvais dans son style, sa facilité... son désossement, son manque de rigueur, tout ou à peu près tout ce qui a paru depuis Voyage et Mort à crédit. Il écrit ou il éjacule. On n'écrit pas un bouquin uniquement avec des cris de jouissance ou de torture. Ça fait poétique à bon compte. Lui aussi, il est responsable de la décadence de la langue française, il l'a désarticulée, liquéfiée, tout est à refaire; tu parles d'un trait de décomposition! Il faudra absolument que j'en parle de ce côté-là, c'est nouveau.

Et puis, il n'est pas unique, ça n'est pas un météore, on oublie que James Joyce avait commencé.
Dutourd, aujourd'hui, cite, ce qui est beaucoup moins profond, Vallès, Rictus, Barbusse et Vadé (!) au dix-huitième. Et Restif de la Bretonne. C'est bien facile.
Mais il n'y a pas que son style qui — j'y reviens, et ce n'est pas contradictoire — est admirable aussi. Dans Voyage, Mort à crédit, et Casse-pipe.
Il y a aussi son merveilleux bon sens, ça n'est pas d'aujourd'hui que les fous, les délirants, font sortir la vérité de leur bouche comme les enfants. C'est affolant, elle est toute nue, c'en est même obscène. Mais c'est ça. C'est criant, c'est scandaleux. J'adore ça. C'est vrai, ça me suffit. Pas: dégueuler, vomir. Chier à la face.
Montaigne, c'est très bien, mais c'est tout de même précieux par rapport à Céline. Au dix-septième siècle, n'en parlons pas. Ils ont tous des perruques dans leur style, et La Bruyère a des côtés petit marquis, Montesquieu est voltairien avant la lettre, il est persan à sa manière. Au dix-huitième, les encyclopédistes ont tout de même des crinolines. Et Rousseau est une chochotte, qui se balance majestueusement sur son escarpolette à la Gide. Ah, les belles tirades! Ah, je m'aime-t-y! Ah, je m'en fous! Au dix-neuvième, c'est le délire ou la comédie. Romantiques ou hérétiques, toujours moqueurs, ou presque tous. Depuis Rabelais, on n'avait plus entendu ça. Et encore Rabelais avait-il une bonne couche moyenâgeuse, des replis hercyniens de culture.
Oui, l'arrivée de Céline a été un grand moment de la littérature française.

Roland CAILLEUX
Source


Notes
1. Allusion au bref article de Robert Poulet paru le 13 juin 1957 dans Rivarol. La critique littéraire proprement dite parut le 4 juillet. À noter que le livre sortira le 20 juin, le lendemain même de la rédaction de ces notes dictées par Roland Cailleux à sa secrétaire.
2. "Céline au catéchisme", article sous forme de questions-réponses, par Roger Nimier, accompagné de bonnes feuilles de D’un château l’autre, La N.N.R.F., juin 1957.
3. Cette interview d'André Parinaud était accompagnée d'une enquête auprès de quatre jeunes romanciers : Jean Dutourd, Pierre Gascar, Jacques Perret et Roger Vailland.
4. Cette interview, faite (à l'instigation de Nimier) par Madeleine Chapsal et titrée "Voyage au bout de la haine ", parut le 14 juin 1957, soit une semaine avant la sortie du livre en librairie.
5. Robert Le Vigan fit pourtant l'éloge de Céline lors de son procès.
6. En réalité, Céline a toujours refusé d'être payé pour les lettres-articles qu'il donnait parfois à la presse.
7. "Colette [Destouches] vint voir son père à Meudon plusieurs fois, et ils se téléphonaient assez souvent, mais il lui interdit de lui amener ses enfants. Quand elle insistait, il répondait toujours qu'il était trop sensible, qu'il s'attachait trop facilement, surtout aux enfants. Il refusait d'aller au-devant de nouvelles affections et préférait les ignorer pour n'avoir pas ensuite à en souffrir" (François Gibault, Céline, III, Mercure de France, 1981, p. 306).
8. Pierre Dominique (1891-1973).
9. Henri Mondor, futur préfacier de Céline dans la Pléiade et témoin à décharge lors du procès devant la Cour de justice de Paris.
10. "Oh que cela est magnifique ! Quelle résurrection ! grâce à vous !...". Lettre de Céline à Roger Nimier (17 juillet 1957) in Lettres à la N.R.F., 1931-1961, Éd. Gallimard, 1991.
11. Allusion à Elizabeth Craig que Roland Cailleux croit donc avoir été l'épouse de Céline.
12. Céline avait été déclaré en état d'indignité nationale.
13. Le pavillon de Meudon fut acquis grâce à un héritage que fit Lucette Destouches.
14. Allusion à un article intitulé "Préliminaires à l'esthétique de L.-F. Céline" paru le 25 mars 1944 dans Révolution nationale. Cet article sera repris en 1948 dans le recueil d'articles de cet auteur, Images mêlées de la littérature et du théâtre (Éditions de l'Élan).

jeudi 9 septembre 2010

Echos céliniens...

>>> Céline à Clichy : La médiathèque de Clichy (98 rue Martre 92110 Clichy) présentera du 10 au 25 septembre 2010 les ouvrages de Céline présents dans sa collection ainsi qu'une bibliographie de ses oeuvres. Céline assura de janvier 1929 à décembre 1937 une consultation de médecine générale au dispensaire municipal de Clichy.

>>> Lecture par Denis Podalydès : Les 16 CD de la lecture de Voyage au bout de la nuit par Denis Podalydès sont téléchargeables à cette adresse (8 fichiers) : http://www.megaupload.com/?f=J2MJX9HJ

>>> Massacre pour une bagatelle d'Emile Brami : Une critique du roman d'Emile Brami par Juan Asensio est à lire sur http://stalker.hautetfort.com.

mardi 7 septembre 2010

Maud de BELLEROCHE : « J’étais avec CÉLINE à Baden-Baden en 1944 » (France-Info, 26 mai 2008)

Elle a été témoin d’un des épisodes les moins glorieux de la seconde guerre mondiale et de l’histoire littéraire française : la fuite à Baden-Baden, en Allemagne, d’une poignée de collaborateurs français, au moment du Débarquement de juin 44. L’écrivain Louis-Ferdinand Céline est là, lui aussi. Il évoquera ces moments dans ses trois derniers romans. Matthieu Aron a rencontré Maud de Belleroche. Elle se souvient...


L'enquête de Matthieu Aaron (5:05):



L'interview intégrale de Maud de Belleroche par Matthieu Aaron (6:53) :

lundi 6 septembre 2010

Le Petit Célinien n°61

Le Petit Célinien n°61 :

Épuisé
Le numéro 2,50 €.Par paiement sécurisé Paypal (colonne de droite sur notre site).

Le Petit Célinien n°61 - Semaine du 6 septembre 2010.

Au sommaire:
- Céline traduit (I) par D. Vaillancourt
- A voir sur notre site...
- Céline par Anna Baudart
- "que plus rien n'existe"
- Céline, auteur de ballets par Marc Laudelout
- Lectures

samedi 4 septembre 2010

Louis-Ferdinand Céline à Meudon (V)

Nous vous proposons aujourd'hui la cinquième partie d'un document assez rare, absent du net à notre connaissance. Il s'agit d'un ensemble d'enregistrements réalisés à Meudon en 1960 par Jacques d'Arribehaude et Jean Guénot, publiés d'abord en cassettes puis en CD aux Editions Guénot. Ces entretiens, retranscrits par Jean Guénot, ont été publiés pour la première fois en 1973 dans Louis-Ferdinand Céline damné par l'écriture.





>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie I
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie II
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie III
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie IV
>>> Louis-Ferdinand Céline à Meudon - Partie VI

Dieu Qu'ils Etaient Lourds ! au Lucernaire (Paris 6ème)

Du 15 septembre au 6 novembre 2010, du mardi au samedi à 19h, (relâches les 21 septembre et 5 octobre) sera joué le spectacle Dieu qu'ils étaient lourds...! au Lucernaire à Paris.

Conception, adaptation et mise en scène de Ludovic Longelin.
Avec Marc-Henri Lamande et, en alternance, Ludovic Longelin et Régis Bourgade.
Durée : 1h08.

Une rencontre loin des consensus et des coquetteries littéraires avec Louis-Ferdinand Céline, qui, seul sur scène, répond aux questions qui lui furent posées par les intellectuels de l’époque. Face aux spectateurs appelés ici à être des confidents privilégiés, Céline parle de sa vie, de son enfance, de ses dramatiques prises de position politique mais aussi et surtout de ce style fameux qui bouleversa la littérature...

Le communisme dans l'âme par Pierre Lalanne

«On ne devient pas communiste. Il faut naître communiste, ou renoncer à le devenir jamais. Le communisme est une qualité de l’âme. Un état d’âme qui ne peut s’acquérir. Rien ne peut modifier, atténuer, exalter le ton, la valeur, la joie d’une âme. Propagande, éducation, violences, intérêts, souffrances, et même le fameux Amour n’atteignent pas l’âme. L’âme s’en fout.»

Lire la suite sur L'ombre de Louis-Ferdinand Céline.



vendredi 3 septembre 2010

Louis-Ferdinand Céline : "Les raisons d'un succès" par Léon Daudet

[...] Céline écrit, et fort bien, un langage parlé et même rugi. Lorsque parut L'Assommoir de Zola (1875) j'étais un bien petit garçon. Mais j'écoutais les discussions tempétueuses, autour de la table familiale, à propos de ce livre, farci d'expressions populaires, et qui enchantaient les uns, en exaspérant les autres. Naturellement, chaque soir, entourant ma bougie d'un cône de papier, je lisais avidement les amours de Gervaise et les soûleries de Coupeau. Le livre de Céline [Bagatelles pour un massacre], à mon avis, recommence aujourd'hui l'aventure de L'Assommoir, avec un degré supérieur, non de talent, mais de virulence dans l'invective. C'est la pression supérieure des circonstances qui commande cette hausse de ton.

Léon Daudet, Les Nouvelles littéraires, 19/02/1938.
Repris dans "L'accueil critique de Bagatelles pour un massacre" d'André Derval à paraître aux éditions Ecriture le 15 septembre 2010.