vendredi 24 septembre 2010

Michaël Hirsch - Le Réprouvé

A l'occasion de la sortie chez L'Editeur du Réprouvé, déjà présenté ici, voici un entretien accordé par Michaël Hirsch, l'auteur, au site WebTvCulture :

Philippe Chauveau (WebTvCulture) : Michaël Hirsch, nous sommes ensemble à l’occasion de la sortie aux éditions de l’Editeur de votre nouveau roman, c’est votre deuxième roman . Alors « Le réprouvé », on en saura un petit peu plus au fil des pages, c’est l’histoire de Gérard Cohen, un jeune garçon, coursier chez Gallimard. Nous sommes en 1954 précisément, à Paris, à la veille de la remise du prix Goncourt. Alors cette histoire, racontez nous brièvement l’intrigue, parce que c’est important , la date, le jour précis. Pourquoi avoir choisi ce moment-là ?

Michaël Hirsch: Alors je disposais d’une photographie, prise ce jour là, de la remise du prix Goncourt. Je ne savais pas exactement à quelle date cette photo avait été prise, et j’ai fait des recherches pour le découvrir. Et une fois que j’ai su que c’était le 6 décembre 1954, j’ai commencé à imaginer cette journée, à la rêver. Je me suis toujours un petit peu intéressé aux années 50, sans savoir vraiment pourquoi, et donc j’ai commencé à me documenter sur cette période, sur cette journée particulière, quel temps il faisait, qu’est ce que l’on jouait au cinéma, qui étaient les gens dont on parlait dans les journaux, ce genre de choses. Et après avoir fantasmé cette journée, j’ai décidé de raconter une histoire qui allait se dérouler durant cette journée.

Philippe Chauveau (WebTvCulture) : Donc Gérard Cohen est coursier chez Gallimard, et on lui demande d’aller porter un pli chez Louis-Ferdinand Céline qui vit à Meudon. On sait qu’à cette époque-là, il est un peu reclus, suite à ses prises de position pendant le conflit mondial. Et il y a aussi cette rencontre entre le jeune Cohen et Louis- Ferdinand Céline, et ça aussi j’imagine que pour un auteur, c’est sûrement délectable de peindre une figure emblématique comme Céline.
Michaël Hirsch: Pour un admirateur de Céline tel que je le suis, c’est à la fois un challenge, un défi. C’était effectivement aussi quelque chose d’assez jouissif. Le style de Céline évidemment est très reconnaissable, et de le pasticher au fil du livre, c’était me mettre un petit peu dans sa peau, c’était une expérience assez incroyable.

Philippe Chauveau: Alors justement, le personnage principal, c’est vraiment Gérard Cohen ?
Michaël Hirsch: Oui, Céline est là, c’est l’antagoniste . Céline, c’est l’image obscure, le côté obscur de la force -d’une certaine manière- de Gérard. Mais c’est vrai qu’on peut voir à la fois Gérard et Céline comme les deux pôles d’une même personne, d’un même individu.

Philippe Chauveau: C’est un roman dans lequel il y a plusieurs histoires finalement : il y a cette rencontre entre le jeune Cohen et Louis-Ferdinand Céline, il y a cette peinture de Paris, ce Paris des années 50. Et puis il y a aussi tout ce passage où l’on replonge dans les années de guerre, avec Gérard qui était réfugié dans la zone libre. Donc plusieurs histoires qui finalement s’intercalent les unes avec les autres ?
Michaël Hirsch: Voilà, en fait cette histoire, c’est l’histoire d’une rencontre. Mais c’est surtout ce qui précède la rencontre. Ce qui m’intéressait, c’est la tension qui anime le personnage avant de faire cette rencontre qui va être décisive pour lui.

Philippe Chauveau: Il y a aussi toute cette peinture du milieu littéraire des année 50. Et là, finalement la réalité rejoint peut-être un petit peu la fiction puisqu’on est au cœur des éditions Gallimard que votre grand-père connaissait, puisqu’il en était l’un des fondateurs. Ça aussi, c’était quelque part amusant d’essayer de dépeindre cette ambiance du milieu littéraire des années 50 ? Est ce qu’il y a quelques petits coups de griffes amicaux ?
Michaël Hirsch: Oui, coups de griffes, pas vraiment, parce que toutes ces choses-là on été dites, pas forcement de manière romanesque, mais dans des essais, dans des biographies. C’est un milieu qui est bien connu des spécialistes. Là, je m’adresse plutôt au grand public, donc j’espère que les gens auront l’occasion de découvrir cet univers-là, ces gens dans ce milieu. La rivalité, justement, entre la famille sartrienne, -Beauvoir et Sartre d’un côté, Céline de l’autre- qui est comme emmuré vivant dans son pavillon de banlieue, tandis ce que dans le centre de Paris, on fait la fête puisqu’on remet le Goncourt à Simone de Beauvoir ce jour-là.

Philippe Chauveau: Ce roman, il va prendre quelle place dans votre vie ? Bien sûr, il commence son parcours, il commence son existence. Un auteur qui écrit sur le milieu littéraire, qu’est-ce qu’on peut écrire après ?
Michaël Hirsch: N’importe quoi, je pense pas du tout que ce soit ni limitatif, ni une introduction à quelque chose d’autre. Ça a été un moment dans ma vie. J’ai éprouvé le besoin de raconter cette histoire, j’ai essayé de le faire au mieux. Mon premier roman ne traitait pas du tout du monde littéraire, il était très contemporain, il parlait de la société d’aujourd’hui. Le prochain parlera encore de tous autre chose.

Source

Michaël Hirsch, Le Réprouvé, L'Editeur, 2010.

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